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Des choix "pas forcément lisibles": les Républicains poussés à une stratégie "désordonnée" pour éviter une déroute aux municipales

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Bruno Retailleau à Nantes le 14 janvier 2025

Bruno Retailleau à Nantes le 14 janvier 2025 - Loic VENANCE / AFP

À deux mois des municipales, le parti de Bruno Retailleau sort la carte du pragmatisme et multiplie les accords en fonction des forces locales. Le mouvement espère bien faire des municipales une rampe de lancement vers la présidentielle quitte à osciller entre macronistes et élus d'extrême droite.

Un test grandeur nature pour Bruno Retailleau. Dans une situation politique délicate depuis son départ du gouvernement, le président des Républicains joue gros sur le scrutin des municipales en mars prochain.

"Notre objectif, c'est de faire un maximum" pour emporter des victoires, a reconnu le patron de la droite ce mercredi lors d'un meeting à Nantes avec l'espoir de faire tomber dans son escarcelle la ville détenue par la gauche depuis 1989.

Faire mieux qu'en 2020

Après avoir retrouvé pendant quelques mois des couleurs au niveau national, le parti doit à tout prix réussir à montrer qu'il compte toujours localement, d'autant plus que les municipales en 2020 n'avaient rien eu d'un cru exceptionnel. Bye-bye Bordeaux par exemple, pourtant acquise à la droite depuis 1947, et Marseille, dirigée par LR depuis 25 ans. Ni Lyon ni Paris, avec déjà Rachida Dati candidate, n'étaient non plus tombées dans son giron.

Rare soulagement à l'époque: Toulouse et Nice étaient restées dans l'escarcelle des LR. Mais depuis, le centriste Jean-Luc Moudenc à la tête de la Ville rose s'affiche sans étiquette et le Niçois Christian Estrosi est passé dans le camp d'Horizons.

Seule vraie victoire: le bastion de gauche Saint-Étienne. Mais son maire Gaël Perdriau, un temps étoile montante des LR, dort désormais en prison. Le parti avait cependant conservé Orléans et Limoges, tout comme des centaines de communes de moins de 10.000 habitants.

Aujourd'hui, le mouvement de Bruno Retailleau ne compte plus qu'une seule ville de plus de 150.000 habitants dans l'Hexagone, Nîmes, dans laquelle la victoire s'annonce pour le moins compliqué avec le Rassemblement national en embuscade. Résultat: le parti a noué des alliances hétéroclites dans tout l'Hexagone, à l'exception de Rachida Dati à Paris, partie avec le Modem, un allié relativement classique pour la droite.

"Nos accords sur le terrain sont très variables. On prend les communes les unes après les autres et ça fait un jeu très variable, sans stratégie nationale, avec du cas par cas", reconnaît d'entrée de jeu le sénateur LR Étienne Blanc.

Main dans la main avec Renaissance

Première option: des alliances autour d'Horizons et de Renaissance. Exemple à Lyon, terre de droite pendant des années, avant d'être dirigée par l'ancien socialiste devenu macroniste Gérard Collomb puis l'écologiste Grégory Doucet. Ici, les LR ont acté que la victoire était impossible sur leur seul nom.

La commission d'investiture a donc décidé de soutenir Jean-Michel Aulas, jusqu'ici novice en politique. L'ancien patron de l'Olympique lyonnais part également sous les couleurs de Renaissance et d'Horizons.

"Si on gagne, on pourra se prévaloir d'une belle victoire", sourit le député LR Nicolas Tryzna, pointant le fait que le numéro 2 sur la liste est Pierre Oliver, maire de droite du 2e arrondissement de la ville.

Même topo à Bordeaux où LR a décidé de soutenir l'ancien ministre Renaissance Thomas Cazenave. Et tant pis si ce député, l'une des plumes du programme présidentiel en 2017 et un temps en charge des Comptes publics sous Élisabeth Borne, est un pur produit du camp présidentiel. Bruno Retailleau explique pourtant depuis des mois que son mouvement "n'est pas soluble dans le macronisme".

"Je pense que ça ne ravit personne de faire des alliances avec des copains d'Emmanuel Macron. Mais notre but, c'est de déloger les écologistes. Et on assume tout à fait que pour avoir une chance de le faire, on doit s'allier avec Renaissance", assume un stratège LR.

La manœuvre a également d'autres avantages. En cas de victoire, Bruno Retailleau aura beau jeu d'y voir des succès pour la droite. Et en cas de défaite, cela pourra être mis sur le compte d'un désaveu pour le bloc central.

"Choix désordonnés"

Le calcul a ses limites, comme à Lille. Alors que la droite aurait pu choisir de soutenir la candidate Renaissance Violette Spillebout, Bruno Retailleau a préféré investir Louis Delemer. Pourtant, en 2020, le représentant des LR de l'époque, le sénateur Marc-Philippe Daubresse, n'avait pas réussi à se qualifier pour le second tour.

Au sein du parti, on évoque le parcours de la macroniste, ex-directrice de cabinet de Martine Aubry, très longtemps maire socialiste, de Lille, pour justifier ce départ en solitaire.

"Je conçois tout à fait que nos choix puissent paraître désordonnés et pas forcément lisibles. Mais il y a autant d'attitudes politiques que de circonstances locales", observe le sénateur LR Olivier Paccaud.

Rapprochement avec l'extrême droite

Autre option sur la table: investir des élus sortants qui n'ont pas l'étiquette LR et qui ont parfois eu des carrières marquées très à droite. Le maire de Béziers Robert Ménard a ainsi été investi par le mouvement de Bruno Retailleau après avoir recueilli en 2014 et en 2020 le soutien de Marine Le Pen. Mais désormais en froid avec le RN, l'édile est désormais jugé bankable par la droite.

Cela n'a pas cependant pas empêché la commission nationale d'investiture du parti de nommer une cheffe de file, Bénédicte Firmin, déjà maire-adjointe de la commune. Sa mission consiste à tenter de négocier des places pour les LR sur sa liste.

De quoi nuancer la stratégie théorisée par l'état-major de la droite. Bruno Retailleau avait expliqué sur BFMTV en décembre dernier que "l'union des droites" devait se faire "dans les urnes" plutôt que par "une tambouille d'appareils" qui serait "vaine".

"Pas toujours joli-joli"

Pas question cependant de toper avec des maires officiellement RN. À Perpignan par exemple, détenue par Louis Aliot, la droite aura bien un candidat. C'est en réalité surtout dans les villes de moins de 30.000 habitants que des rapprochements entre l'extrême droite et les LR ont lieu. Et pour cause, la commission nationale d'investiture basée à Paris n'a alors pas son mot à dire et laisse la fédération départementale trancher.

"Ce n'est pas toujours joli-joli à la fin. Mais électoralement, ça du sens et ça nous permet de dire que ce n'est pas de notre faute", résume un stratège du parti.

Exemple à Boulieu-lès-Annonay, à quelques dizaines de kilomètres de Saint-Étienne Le maire LR Damien Bayle, pourtant conseiller régional dans la majorité longtemps dirigée par Laurent Wauquiez, a récemment annoncé rejoindre Éric Ciotti, allié avec Marine Le Pen.

Et comme si le message n'était pas clair en vue des municipales, l'édile passe avec armes et bagages parmi les conseillers RN de la région. Pour l'instant, il n'a pas de candidat LR contre lui.

"Des cas très particuliers"

Et même dans les villes scrutées par la commission d'investiture, des alliances avec l'extrême droite ont bien lieu, comme à Bourg-en-Bresse. La plus grande commune de l'Ain a vu fleurir sur ses murs des affiches qui font la publicité d'une liste qui réunit RN, des membres de LR et un adhérent de Nouvelle énergie, le parti de David Lisnard, le tout chapeauté par Benoît de Boysson, issu de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour. Pour l'instant, le mouvement n'a pas investi le LR Aurane Reihanian, déjà candidat dans la ville en 2020.

Plus au sud, à Tarbes, c'est Éric Peyrègne, un ancien conseiller municipal du maire LR sortant qui est tête de liste UDR-RN. Le soutien des LR a un temps paru si probable que Romain Giral, le patron local de la droite, a dû se fendre d'un communiqué pour démentir sa participation à cette alliance. Finalement, un candidat LR, Michel Garnier, a bien été investi.

Réponse du secrétaire général adjoint des LR Pierre-Henri Dumont: "tout cela, ce ne sont que des cas très particuliers qui ne résume en rien notre stratégie".

L'espoir d'une victoire à Paris pour cacher d'éventuels mauvais résultats

Il faut dire que la droite a une chance: celle de la prime aux sortants. Dans les scrutins municipaux, les maires déjà en place sont souvent réélus. Dans un contexte de forte instabilité politique, le phénomène pourrait être démultiplié cette année.

Plus de la moitié des communes de moins de 10.000 habitants, qui comptent 30 millions de Français, ont à leur tête un maire LR ou divers droite. De quoi donc noyer quelques accords locaux dans d'éventuels bons résultats dans une grande majorité de communes. Surtout, dans le camp de Bruno Retailleau, tout le monde espère que Rachida Dati l'emporte à Paris pour permettre de se lancer sous de bons auspices vers la présidentielle treize mois plus tard.

Le fils de Laurent Wauquiez candidat aux municipales – 12/01
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"Si on gagne la capitale, peu importe les résultats en détail. Même si on a été mauvais, personne ne le verra. Si par contre, on perd Paris, on sera beaucoup plus scruté et il faudra assumer si on a des contre-performances", reconnaît un élu LR.