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Municipales 2026 à Paris: pourquoi Renaissance a finalement préféré Pierre-Yves Bournazel à Rachida Dati

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Pierre-Yves Bournazel le 27 mi 2025 à Paris

Pierre-Yves Bournazel le 27 mi 2025 à Paris - THOMAS SAMSON / AFP

Le camp présidentiel a investi officiellement ce 28 octobre le candidat Horizons pour le représenter dans la course aux municipales à Paris. Rachida Dati était pourtant pressentie depuis des mois. Si cette investiture est très largement soutenue par Renaissance, elle crée des frictions en interne.

Une photo tout sourire. Rachida Dati a partagé sur les réseaux sociaux ce mercredi matin un café avec quelques-uns de ses lieutenants prêts à ferrailler pour les municipales. Et les macronistes se font bien rares: seuls le député de Paris Sylvain Maillard et le ministre délégué à l'Europe Benjamin Haddad s'affichent à ses côtés.

Et pour cause: l'élu Horizons Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris depuis près de deux décennies, a été officiellement investi par Renaissance ce mardi soir.

"À un moment, on a dû trancher et on a fait le choix de la raison. Est-ce qu'on veut vraiment travailler avec quelqu'un qui nous a planté un couteau dans le dos? On a décidé que non", explique l'un des membres du comité politique de Renaissance.

Un soutien à Rachida Dati pourtant presque acquis

Il y a encore quelques semaines, la ministre de la Culture devait pourtant encore être la candidate LR-Renaissance dans la capitale.

Est-ce finalement le style de Rachida Dati, jugé très clivant qui a joué contre elle? Ses ennuis judiciaires, avec un procès en septembre 2026 pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Renault-Ghosn - après les élections municipales donc? En réalité, tout s'est joué en septembre dernier lors du feuilleton de la législative partielle dans la circonscription qui recoupe le 5e et le 6e arrondissements de Paris

Ce territoire qui était macroniste depuis 2017 a été en août dernier l'objet d'un bras de fer entre l'ancien Premier ministre Michel Barnier et Rachida Dati qui avait un temps envisagé de s'y présenter. Sa candidature aurait eu le mérite d'assurer à Renaissance d'obtenir un suppléant qui aurait ensuite siégé à l'Assemblée à la place de la ministre de la Culture, pas prête à renoncer à son portefeuille.

Les comptes n'y sont pas

Las: l'élue parisienne avait finalement reculé en échange de l'investiture de la droite à Paris. Michel Barnier a, lui, été largement élu, réduisant encore un peu plus le nombre de députés Renaissance dans la capitale. Sur 18 circonscriptions, seules 5 restent macronistes.

"Investir Pierre-Yves Bournazel, c'est notre façon de rappeler qu'il ne faut pas non plus trop nous prendre pour des imbéciles", tance un responsable de comité local parisien de Renaissance.

D'autant plus que la liste de la répartition des postes au Conseil de Paris et dans les têtes de listes d'arrondissement entre LR et macronistes se faisait attendre depuis des jours. De quoi laisser craindre que la droite parisienne soit à la fin mieux servie que les macronistes.

Pierre-Yves Bournazel, lui, a mis les formes en proposant 55% des sièges au Conseil de Paris et la moitié des têtes de listes d'arrondissement. Les chiffres ont fini de convaincre Gabriel Attal qui entretient des relations polaires avec Rachida Dati.

"Un coup perdant"

Dans la commission d'investiture réunie ce mardi soir, seules deux personnes se sont opposées l'intronisation de ce proche d'Édouard Philippe, élu dans la capitale depuis près de deux décennies. Il s'agit de la ministre Aurore Bergé et de l'ex-députée Marie Guévenoux.

Élue des Yvelines où un accord aux municipales entre les LR et Renaissance sont en cours depuis des mois, Aurore Bergé qui a commencé sa carrière à droite a manifestement préféré ne pas froisser le parti dirigé par Bruno Retailleau.

Quant à la poignée d'élus Renaissance de la capitale qui la soutiennent encore, on est bien décidé à assumer comme pour Benjamin Haddad. Le macroniste qui a été réélu dans le 16e arrondissement de Paris, un territoire très favorable à la ministre de la Culture, pointe ainsi du doigt la posture d'Édouard Philippe pour refuser de soutenir Pierre-Yves Bournazel.

"Comment va-t-on expliquer à nos militants que l’on va jouer un coup perdant pour soutenir un candidat appelant à la démission du président?", explique le ministre délégué à l'Europe, en référence aux propos réitérés à plusieurs reprises de l'ex-Premier ministre qui a appelé au départ d'Emmanuel Macron.

Réponse de la députée et conseillère de Paris Catherine Ibled: "c'est une élection locale. Nous ne sommes pas là pour parler de considérations nationales".

Sous surveillance

Preuve cependant que la confiance ne règne qu'à moitié, le ministre David Amiel a invité le candidat Horizons à l'Hôtel de ville à ne "participer à strictement aucune des attaques insupportables d'Horizons contre le président de la République".

Autre soutien de Rachida Dati, le député Sylvain Maillard. Après s'être mis en retrait de ses fonctions de président de la fédération de Paris, le Parisien a choisi, lui, un autre angle d'attaque pour expliquer son soutien à Rachida Dati: le manque de notoriété du candidat désormais estampillé macroniste.

"Je n’ai jamais entendu dans la rue quelqu’un me parler de Pierre-Yves Bournazel", regrette l'élu dans les colonnes du Parisien. "Si on veut gagner, il faut être derrière la candidate la plus forte", insiste-t-il encore.

Les Parisiens ont pourtant à de nombreuses reprises montré que la notoriété n'avait rien d'une assurance pour l'emporter. De Philippe Séguin à Benjamin Griveaux en passant par Jack Lang qui avait finalement lâché l'éponge avant même d'entrer officiellement dans la danse, Paris a longtemps été le cimetière des ambitions nationales. Rachida Dati avait d'ailleurs largement perdu en 2020 face à Anne Hidalgo en ne remportant que 34% des suffrages au second tour. L'élection de 2026 se fera toutefois dans un contexte électoral différent, avec l'adoption de la loi "PLM", réformant le scrutin municipal à Paris, Lyon et Marseille.

"Ça change pas ma campagne"

L'accord à Paris a également le mérite d'éclaircir le paysage dans certaines autres grandes villes de France où un accord pourrait aussi être signé entre Horizons et Renaissance. Cela pourrait être le cas à Bordeaux, Lille et Dijon.

Reste désormais à voir quelle sera la dynamique de campagne autour du candidat Horizons-Renaissance. Pourra-t-il créer la surprise en sortant du match programmé entre le socialiste Emmanuel Grégoire, ex-premier adjoint d'Anne Hidalgo et Rachida Dati? Ou serait-il au contraire un obstacle à la victoire des LR comme l'avait été la campagne d'Agnès Buzyn en 2020?

Municipales: que va changer la réforme du scrutin à Paris, Lyon et Marseille?
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2:30

"Ça change pas ma vie, ça change pas ma campagne", a expliqué Rachida Dati lors d'une déambulation dans les rues de Paris ce mercredi. Avant de sommer Gabriel Attal de "s'expliquer". Voilà la bataille de Paris officiellement lancée.