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"On peut être rayé de la carte si on ne tope pas avec eux": les élections municipales, laboratoire de l’union des droites?

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Eric Ciotti (G) et Bruno Retailleau discutent avant un débat, sur le plateau de LCI, le  21 novembre 2022

Eric Ciotti (G) et Bruno Retailleau discutent avant un débat, sur le plateau de LCI, le 21 novembre 2022 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Plusieurs listes aux municipales qui mêlent Les Républicains, Reconquête et Union des droites sont en train de se monter dans plusieurs villes de France. Le parti de Bruno Retailleau ferme officiellement la porte à toute alliance au niveau national mais sur le terrain, l'embarras demeure et la commission d'investiture hésite.

Un laboratoire grandeur nature. Presque un an et demi après le départ du président des Républicains Éric Ciotti devenu allié de Marine Le Pen, une partie de la droite pourrait bien rejoindre les troupes de son parti pour sauver sa peau aux municipales, voire même conquérir de nouvelles communes.

"On a des appels de phares de maires LR qui aimeraient bien qu'on les aide à se faire réélire et des listes qui se montent pour tenter de déloger la gauche et éviter une division des forces de droite", résume Guilhem Carayon, vice-président de l’Union des droites (UDR), le parti fondé par l'ancien patron de la droite.

"Libre et libéré"

Exemple grandeur nature à Marseille. Dans la cité phocéenne actuellement dirigée par Benoît Payan à la tête d'une coalition de gauche, le député RN Franck Allisio qui se voit bien arriver à l'Hôtel de ville a décroché un beau trophée. Il a réussi à débaucher le président de l’office HLM de la métropole, Patrick Pappalardo, longtemps élu LR.

L'homme était pourtant connu pour être un proche de Martine Vassal, l'actuelle patronne du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la métropole et surtout elle-même candidate aux municipales. Elle part sous les couleurs du parti de Bruno Retailleau, de Renaissance et Horizons. Dans la foulée de son ralliement, son ancien collaborateur a été limogé de son poste.

"Les gens en ont assez qu'on les prenne pour des idiots. Comment pouvez-vous être de droite et en même temps la candidate d'Emmanuel Macron? Je me sens libre et libéré d'avoir rejoint la liste du RN", griffe Patrick Pappalardo, désormais rallié donc au parti d'Éric Ciotti.

"Sas de décompression"

Mais c'est moins dans les très grandes villes que se font les rapprochements qu'en réalité dans de plus petites communes. À Saint-Laurent-du-Var, dans les Alpes-Maritimes, c’est par exemple un ancien adjoint du maire LR, Gilles Allari qui a rejoint l'UDR ces dernières semaines. Ce transfuge a toutes les chances d'intégrer la liste dirigée par Rafaël Quessada, le collaborateur du député RN Bryan Masson, élu dès le premier tour des législatives en 2024.

Même topo en Ardèche à Boulieu-lès-Annonay, à quelques dizaines de kilomètres de Saint-Étienne. Le maire LR Damien Bayle, pourtant conseiller régional dans la majorité longtemps dirigée par Laurent Wauquiez, a récemment annoncé rejoindre Éric Ciotti. Et comme si le message n'était pas clair en vue des municipales, l'édile passe avec armes et bagages parmi les conseillers RN de la région.

"Ce qui se passe avec l'UDR est très intéressant pour nous. Pour beaucoup d'élus, le parti d'Éric Ciotti ressemble à un sas de décompression parce que ça reste l'ex-président des LR. Et puis à la fin, ils arrivent chez nous", analyse un député RN qui ne boude pas vraiment son plaisir.

Robert Ménard soutenu par LR

Pourtant, la corbeille de mariage d'Éric Ciotti avait apparu bien vide après son union avec le RN monté dans l'urgence dans la foulée de l'annonce surprise de la dissolution en juin 2024. Le député des Alpes-Maritimes, alors président des LR, avait espéré qu'une partie de ses troupes le rejoindrait.

Las, très rares sont ceux qui ont franchi le Rubicon et à l'Assemblée, le groupe UDR ne compte que 16 députés, soit même pas 5% des effectifs du Palais-Bourbon. Mais les élus ciottistes entretiennent de bonnes relations avec leurs collègues LR. Et pour cause: l'immense majorité d'entre eux ont fait leurs classes à leurs côtés à l'instar de Charles Alloncle, ancien président des Jeunes avec Sarkozy, Christelle d'Intorni, ancienne députée LR ou encore Bernard Chaix, vice-président du conseil départemental LR des Alpes-Maritimes.

Bruno Retailleau assure d'ailleurs depuis des semaines qu'il n'y aura aucun "accord national" entre le RN et son parti, tout en se gardant de tenir le même discours au niveau local. Et pour cause.

À Béziers par exemple, le président du mouvement a décidé de soutenir Robert Ménard (divers droite), pourtant proche depuis des années de Marine Le Pen. Mais cela n'a pas empêché la commission nationale d'investiture du parti qui s'est réunie le 18 novembre de nommer une cheffe de file, Bénédicte Firmin, déjà maire-adjointe de la commune. Sa mission consiste à tenter de négocier des places pour les LR sur sa liste.

"Des villes où on va être rayé de la carte"

La méthode a l'avantage de pouvoir dire que la droite ne valide pas officiellement la candidature de Robert Ménard tout en s'assurant des élus en cas de réélection.

"Robert Ménard est un cas à part. C'est une singularité et ça ne dit rien de notre stratégie globale. Aucun candidat RN ou UDR ne pourra se réclamer de notre étiquette", promet la députée Alexandra Martin, membre de la commission nationale d'investiture.

En attendant, le malaise monte pourtant bien au sein de cet organe qui se garde pour l'instant de trancher le cas de LR prêts à rejoindre des listes UDR-RN.

"On a des villes où on sait qu'on va être rayé de la carte si on ne tope pas avec eux. Est-ce qu'on demande à nos élus de se faire hara-kiri parce qu'à Paris on ne veut pas assumer certains accords?", se demande un membre de la direction.

À Tarbes par exemple, c'est ainsi Éric Peyrègne, un ancien conseiller municipal du maire LR sortant qui est tête de liste UDR-RN. Le soutien des LR apparaît si probable que Romain Giral, le président de la fédération du département, a dû se fendre d'un communiqué pour démentir sa participation à cette alliance.

Lors de la dernière commission nationale d'investiture mardi, nulle trace pour l'instant d'un soutien à Michel Garnier, pourtant directeur de cabinet du maire LR Gérard Trémège, et déjà entré dans la danse des municipales.

Éric Zemmour en embuscade

Le parti Reconquête, qui entretient pourtant des relations très distantes avec le parti de Bruno Retailleau au niveau national, est lui aussi bien décidé à jouer sa carte comme à Bourg-en-Bresse. La plus grande commune de l'Ain va bientôt voir fleurir sur ses murs des affiches qui feront la publicité d'une liste qui réunira RN, des membres de LR et un adhérent de Nouvelle énergie, le parti de David Lisnard.

Pour incarner cette équipe, c'est le visage de Benoît de Boysson qu'on verra sur les affiches. Le candidat d'Éric Zemmour, perdant aux dernières législatives sous l'étiquette Reconquête sera soutenu notamment par Pierre Lurin, vice-président délégué LR du conseil départemental de l'Ain.

"La droite n'a jamais eu la culture de l'union, contrairement à la gauche et c'est est en train de changer. Tant mieux," se félicite Benoît de Boysson.

Là encore, la commission d'investiture n'a toujours pas investi Aurane Reihanian, déjà candidat dans la ville en 2020. "C'est pourtant une alliance lamentable qui est en train de se monter et on n'a toujours pas de ligne claire", s'agace ce proche de Laurent Wauquiez.

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"Tout ça va bientôt se stabiliser, on veut laisser les choses se décanter un peu", tente de rassurer un membre de la commission nationale d'investiture. Elle doit à nouveau se réunir dans les prochaines semaines pour continuer à désigner ses candidats et trancher (peut-être) les cas les plus compliqués.