La droite sous pression, angle d'attaque pour la gauche: que change la candidature de Sarah Knafo dans la bataille pour les municipales à Paris?
Sarah Knafo le 25 novembre 2025 à Paris - Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Une nouvelle figure dans l'arène à Paris qui pourrait bousculer le jeu? La députée européenne Reconquête Sarah Knafo a annoncé ce 7 janvier sur TF1 se lancer dans la course aux municipales dans la capitale pour "redresser" une ville "en déclin". Pressentie depuis plusieurs semaines, cette annonce n'est pas vraiment une surprise.
Déjà testée dans plusieurs sondages, l'énarque de 32 ans, également compagne du président du parti Éric Zemmour, n'a pas à rougir de ses 7% d'intentions de vote sans avoir réellement lancé sa campagne.
Grise mine à droite
Sa candidature s'annonce comme une très mauvaise nouvelle pour la représentante des Républicains Rachida Dati. Sarah Knafo a ainsi toutes les chances de séduire une partie de l'électorat de l'ouest parisien, pourtant bastion des LR.
Dans le très chic 16e arrondissement, le patron de Reconquête avait frôlé les 17,5% des voix au premier tour de la présidentielle de 2022, très au-dessus de son score national de 7%. Même chose dans le 7e arrondissement (11,2%) et le 8e (15,32%). À l’échelle de la capitale, il s’était même hissé en troisième position avec 8,1%, quand il restait derrière Jean-Luc Mélenchon au niveau national. Pour se maintenir au second tour, il suffirait à Sarah Knafo de passer la barre des 10%.
L'hypothèse d'une alliance
Preuve d'un certain embarras: Rachida Dati n'a pas officiellement réagi à l'arrivée dans l'arène de Sarah Knafo. Son équipe de campagne assure cependant n'avoir aucune inquiétude.
"Rachida Dati a déjà eu l'occasion de le dire, elle a créé les conditions d'un large rassemblement de Parisiens. Elle est la seule à pouvoir incarner une alternance crédible et l’emporter au second tour", lance son entourage auprès de BFM.
Que se passerait-il si la candidate Reconquête était en mesure d'être au second tour? Choisirait-elle alors de maintenir sa candidature? Ferait-elle une alliance avec Rachida Dati? La haute-fonctionnaire, un temps passée par la Cour des comptes, n'a en tout cas pas fermé la porte à un éventuel ralliement.
"Si les Parisiens choisissaient quelqu'un d'autre, je serais tout à fait constructive pour faire gagner les idées qui sont les miennes", a lancé Sarah Knafo sur TF1 ce mercredi soir. Pour l'instant, le camp de la candidate LR réfute cette hypothèse.
"La liste de Rachida Dati pour le premier tour sera la même que celle du second tour", avance le député Renaissance, Sylvain Maillard, l'un de ses colistiers.
"Pas d'accord et je la crois"
Et pour cause: toute alliance avec Reconquête aurait valeur de casus belli pour le Modem, allié avec LR pour la campagne des municipales à Paris mais également pour la poignée d'élus macronistes qui l'ont rejoint.
"Rachida Dati le dit très clairement, il n'y aura pas d'accord et je la crois", défend Maud Gatel, présidente du groupe Modem au Conseil de Paris.
Et pourtant une alliance avec Sarah Knafo aurait bien des avantages, à commencer par obtenir une réserve de voix qui permettrait de gagner au second tour. Et même sans accord d'appareil, rien n'empêcherait sur le papier Rachida Dati de multiplier les clins d'œil aux électeurs d'extrême droite au second tour.
"Il faut quand même faire attention si jamais on adopte une stratégie pareille. On aura aussi besoin d'électeurs modérés pour gagner", met cependant en garde un conseiller de Paris LR.
Reste également à savoir comment se positionnera l'état-major de la droite dans l'entre-deux-tours. Rachida Dati fait certes jusqu'à présent une campagne détachée de la direction du parti. Mais on peut imaginer que le président des députés LR, Laurent Wauquiez, qui prône une primaire pour la présidentielle qui irait de "Gérald Darmanin à Sarah Knafo", pourrait pousser l'idée d'une alliance.
On voit cependant mal le président du mouvement Bruno Retailleau qui exclut tout accord national entre LR et l'extrême droite - en dépit de manœuvres de rapprochement localement - aller dans ce sens dans une ville aussi scrutée que Paris.
Le RN frappé par ricochet
Autre dégât collatéral potentiel de l'entrée en campagne de la représentante de Reconquête: le candidat du RN Thierry Mariani. Très discret pour l'instant, cet ancien ministre de Nicolas Sarkozy est au coude-à-coude dans les sondages avec Sarah Knafo. Moins que gagner à Paris, le RN vise surtout à faire entrer des élus au Conseil de Paris.
Leur arrivée serait très symbolique: aucun élu d'extrême droite n'a jamais siégé à Paris, à l'exception de Jean-Marie Le Pen qui fut conseiller du Front national dans le 20e arrondissement dans les années 1980, et d'un conseiller de Paris, indépendant, à la fin des années 1990. Sarah Knafo peut-elle parvenir à empêcher le RN de remporter son pari? Ce n'est pas certain.
En septembre dernier, Thierry Mariani avait récolté 7% des voix en septembre alors d'une législative partielle face à Michel Barnier. Reconquête avait récolté 6%.
La gauche part unie
Grand gagnant de l'arrivée en campagne de Sarah Knafo: le candidat socialiste Emmanuel Grégoire qui est parvenu à rallier à sa candidature les écologistes et les communistes.
À la recherche d'angles d'attaque pour contrer Rachida Dati, l'opportunité de pointer une éventuelle alliance d'entre-deux-tours est du pain béni pour le PS.
Dans un début de campagne qui le place pour l'instant en tête des sondages, l'ancien adjoint d'Anne Hidalgo ne s'est d'ailleurs pas privé de dénoncer sur X "l'alliance des droites extrêmes" entre Rachida Dati et Sarah Knafo pour imposer un projet raciste et d'austérité à Paris".
"C’est désormais clair: voter Dati en mars prochain, c’est voter pour le mariage de la droite extrême et de l’extrême droite. Voter Dati, c’est voter Zemmour", insiste encore Emmanuel Grégoire.
"Extrême droite décomplexée"
Dans le camp des écologistes, certains rappellent aussi que l'arrivée de Sarah Knafo dans la campagne pourrait être l'occasion de mettre en lumière les votes des élus de Rachida Dati au conseil de Paris.
Exemple avec le vote du rejet d'une subvention de 482.000 euros à des librairies indépendantes dont certaines LGBT en novembre permis par ses troupes en novembre dernier (la subvention a finalement été votée en décembre NDLR).
"Peut-être qu'on va enfin se rendre que la droite de Rachida Dati est d'une extrême droite décomplexée, loin de ce qu'elle met en scène dans ses vidéos", tance Sylvain Rainfaud, conseiller de Paris et président du groupe écologiste de la métropole.
"Un peu de piquant"
Autre éventuel gagnant de l'entrée en campagne de la candidate Reconquête: Pierre-Yves Bournazel. Méconnu du grand public, le candidat Horizons, soutenu par Renaissance, tape à tout crin contre la ministre de la Culture dont il a été un temps le conseiller.
Autant dire que l'entrée en campagne de Sarah Knafo et son appel du pied à la candidate LR font plutôt son affaire pile au moment la sortie de son livre pour se faire connaître.
"Je protégerai les Parisiens de toute forme d'extrémisme, de l'extrémisme de Madame Knafo qui veut s'allier avec Madame Dati", a promis ce proche d'Édouard Philippe ce jeudi sur TF1.
De quoi booster peut-être une campagne qui n'a pas encore vraiment décollé pour lui. "Ça rappelle que le candidat modéré, le candidat de la raison, c'est lui et personne d'autre", défend Maxime Depardieu, Référent des Jeunes en marche à Paris.
Dans les rangs de La France insoumise, représentée par Sophia Chikirou à Paris, on pointe moins les conséquences politiques de la candidature de Sarah Knafo que son annonce dans un 20-heures, une première.
Conclusion d'un socialiste parisien: "Sarah Knafo va mettre un peu de piquant dans la campagne. Mais ça ne fera pas le fond de sauce ni le plat à la fin sur la table". Comprendre: le jeu reste très ouvert dans la capitale et tout peut encore arriver.











