Un livre, un programme en construction mais pas encore de candidature: pourquoi Gabriel Attal patiente encore avant de se lancer pour la présidentielle

Une nuit, quelques intitulés iconoclastes comme "Faut-il tout péter pour refonder la France?", des invités prestigieux comme la patronne de la CFDT Marylise Léon et un presque candidat à la présidentielle. Gabriel Attal a fait un pas de plus ce mardi soir au Palais Brongniard à Paris vers 2027.
Tout en jurant que la soirée "n'était pas un meeting politique", l'ancien Premier ministre désormais à la tête de Renaissance et du groupe parlementaire des députés macronistes, ne fait plus guère mystère de ses intentions pour l'Élysée.
"On est au centre du débat politique et tous les sujets qu'on a mis sur la table l'ont prouvé", assume après de BFM l'une de ses intimes, la députée et ex-ministre Prisca Thevenot.
Du monde sur la ligne de départ
Reste à convaincre sa famille politique qu'il est le mieux placé, d'autant plus que les candidatures en préparation ne manquent pas dans son propre camp de Yaël Braun-Pivet à Aurore Bergé, sans même compter les prétendants de droite comme Édouard Philippe, déjà dans la course ou encore Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand.
Ces dernières années, l'ancien Premier ministre ne s'est pas en effet pas fait que des alliés à commencer par Élisabeth Borne avec qui il avait croisé le fer pour conquérir Renaissance. L'ancienne Première ministre a regretté sur BFMTV lundi soir que Renaissance soit devenu "un outil de communication personnelle".
Et de rappeler sèchement qu'on "peut avoir en tête l'échéance présidentielle" mais qu'un parti devait être "un collectif".
"Ne pas se brûler les ailes"
Mais Gabriel Attal ne souhaite pas lancer une guerre ouverte, ses proches refusant de faire "le jeu des petites phrases". Tout juste l'ancien locataire de Matignon s'est-il contenté sur notre antenne mardi matin de rappeler qu'il avait été "élu par les militants" pour faire de l'écurie macroniste un "véritable parti" et "tout refonder".
L'un de ses soutiens le reconnaît pourtant: "on ne doit pas rentrer trop vite dans la danse de la présidentielle pour ne pas se brûler les ailes. Mais on doit aussi rester dans la tête des Français jusqu'à une déclaration de candidature en bonne et due forme".
L'équation est délicate. Pour la résoudre, Gabriel Attal a choisi le terrain des idées en distillant des propositions au fil de l'eau: création d'un nouveau système de retraites qui mettrait fin à tout âge de départ, lancement d'une réflexion autour de la GPA (gestation pour autrui) et même bientôt un nouveau nom pour son parti, Nouvelle République, que l'on trouve désormais accolé à tous les visuels du parti.
"Tout a changé alors tout doit changer comme le dit souvent Gabriel Attal. Notre but, c'est de montrer qu'on comprend le monde, la France et qu'on est prêt à trouver des solutions", souligne Ambroise Méjean, secrétaire général délégué du parti.
"Laurent Wauquiez en version light"
Quitte à parfois agacer comme sur la question de l'interdiction du port du voile pour les moins de 15 ans qui a crispé toute une partie de son camp.
"Je veux bien qu'on soit bien disruptif mais si c'est pour faire comme Laurent Wauquiez en version light, merci bien", tranche un député macroniste.
Le président des députés LR a en effet déposé une proposition de loi pour interdire le voile aux mineures. Mais pour Gabriel Attal, pas question de ralentir. Cap, par exemple, sur les sujets régaliens, jugés insuffisamment portés par Emmanuel Macron durant son passage à l’Élysée.
Pour bâtir un nouveau corpus programmatique, le parti travaille depuis plusieurs mois sur des conventions thématiques, censées faire le tour d’une question et déboucher sur des propositions.
L'exigence d'un "bilan correct pour les municipales"
De nouvelles conventions sont programmées sur l'éducation et la santé tout comme des préconisations autour des institutions que dévoilera prochainement Gabriel Attal. De quoi lui permettre au passage de se détacher du bilan des deux quinquennats du président sortant, auxquels le député des Hauts-de-Seine a largement contribué en étant presque 7 ans dans les allées ministériels.
Quitte parfois à agacer Emmanuel Macron lui-même comme lorsque l'ancien Premier ministre porte l'interdiction des réseaux sociaux, votée lundi à l'Assemblée nationale, sur fond de vive concurrence avec l'Élysée.
Parmi ceux qui ne l'apprécient guère en interne, certains exigent qu’il affiche d’abord "un bilan correct pour les municipales avant de voir plus loin". Sur le papier, on imagine pourtant mal la macronie réussir son implantation locale.
"Ne pas planter le drapeau partout"
Après avoir largement échoué à gagner des villes en 2020 - un scrutin logiquement difficile pour un parti qui n'a toujours compté qu'une poignée d'élus locaux -, les ambitions sont relativement modestes. Le choix a été fait dans les plupart des grandes villes de s'allier avec une liste LR. Rares exceptions à Paris avec Pierre-Yves Bournazel et Lille avec Violette Spillebout qui semblent difficilement prenables.
Parmi les villes moyennes jugées gagnables, on ne compte qu'Annecy. D'autres villes de taille plus modestes pourraient cependant rester dans l'escarcelle du parti comme à Coulommiers (Seine-et-Marne).
"On a tenté de gagner des villes sans y arriver lors des dernières municipales. Ça me semble plutôt logique de changer de stratégie. On assume de ne pas planter le drapeau partout", décrypte l'un des proches de Gabriel Attal.
"On ne va quand même pas me faire croire que ce sont les municipales qui font gagner la présidentielle derrière", avance également l'un des pontes du parti.
Primaires ou sondage
Et de rappeler l’exemple des écologistes, victorieux en 2020 dans plusieurs grandes villes comme Bordeaux, Strasbourg ou Lyon, avant de plafonner à 4,7% avec Yannick Jadot à la présidentielle.
Une fois "le mauvais moment des municipales passé", dixit un député macroniste, Gabriel Attal sortira un livre au printemps pour raconter son expérience du pouvoir. Il devrait aussi y dévoiler "son récit et son propre ressenti" sur certaines problématiques de la société. Avec un but: s'imposer enfin dans les études d'opinion.
"Notre primaire, ce sera en réalité les sondages. Si quelqu'un du bloc central ou de la droite est largement en tête, je pense qu'il deviendra notre candidat naturel", observe l'une de ses anciennes ministres.
À voir. Pour l'instant, Gabriel Attal qui n'a "jamais exclu" l'idée d'une primaire au sein de son propre camp comme il l'a expliqué sur BFMTV n'est pas assuré de l'emporter.
Dans la dernière étude d'opinion Elabe pour BFMTV, 16% des personnes interrogées jugent qu'Édouard Philippe serait le meilleur candidat pour représenter le bloc central contre 12% pour le patron de Renaissance.
Auprès des sympathisants Renaissance et alliés, c'est Édouard Philippe qui est largement privilégié à 60%, contre 40% pour Gabriel Attal. Mais l'écart se resserre et tourne en faveur de Gabriel Attal auprès de ceux qui avaient voté pour Ensemble lors des législatives de 2024: le chef du parti recueille 42% des suffrages de ces électeurs, contre 40% pour Édouard Philippe. Le match est loin d'être fait.












