BFM Tech

Face à la révolution de l’IA, Mozilla veut "devenir l’entreprise des logiciels de confiance", dont Firefox sera le "pilier" renforcé grâce à de nouvelles fonctions intelligentes

BFM Business Sylvain Trinel
placeholder video
Face aux nouveaux navigateurs pilotés par l'IA, Mozilla veut que son propre navigateur, Firefox, dispose lui aussi de ces options, tout en conservant ce qui fait son ADN.

L'intelligence artificielle a largement investi les navigateurs web ces derniers mois, bouleversant les usages et posant de nombreuses questions, notamment sur son impact sur la sécurité. OpenAI ou encore Perplexity ont lancé leur propre solution, tandis que Microsoft a intégré Copilot à Edge. Des concurrents moins connus ont également débarqué sur ce segment du navigateur web intelligent, dont Arc, Opera ou encore Brave et Dia.

Firefox ne compte pas se laisser faire et sur l'impulsion du nouveau patron de la Mozilla Corporation, Anthony Enzor-Demeo, qui gère le développement du navigateur libre, l'IA devrait devenir "un enjeu déterminant" pour son avenir.

Un virage vers l'IA nécessaire pour gagner de l'argent

Car en proposant des fonctionnalités IA, Firefox ne doit pas perdre "ce qui fait son essence", précise-t-il dans un long post de blog. Rappelant que la force du projet Firefox réside dans la manière dont les données des utilisateurs sont traitées:

"A mesure que Mozilla progresse, nous nous concentrerons sur le fait de devenir l'entreprise des logiciels de confiance. Ce n'est pas un slogan. C'est une direction qui guide la façon dont nous construisons et évoluons."

Le nouveau CEO de Mozilla explique ainsi que "les utilisateurs veulent un logiciel rapide, moderne et honnête dans ce qu'il fait. Ils veulent comprendre ce qui se passe et avoir de vrais choix". "Mozilla et Firefox peuvent être ce choix", pense-t-il.

Pour atteindre cette position faite de confiance et d'innovation, les futures productions de l'entreprise vont reposer sur trois points.

  • Le premier doit permettre aux utilisateurs de gagner en autonomie tout en proposant une politique de traitement des données "claire et compréhensible" qui met la confidentialité au coeur du sujet, tout en permettant de tout désactiver.
  • Le deuxième est le modèle économique "qui doit s'aligner sur la confiance" avec une monétisation "transparente".
  • Enfin, le troisième doit permettre à Firefox "d'évoluer d'un navigateur à un écosystème plus large de logiciels de confiance", explique Anthony Enzor-Demeo, avant de préciser sa pensée: "Firefox restera notre pilier. Il évoluera vers un navigateur moderne doté d’IA et prendra en charge un portefeuille de nouveaux logiciels fiables et de confiance."

Les progrès réalisés se mesureront à l'aune d'une double mesure: les avancées dans la mission de la fondation Mozilla telle que définie par son manifeste et les succès rencontrés sur le marché.

Dans cette optique, l'IA contribuerait alors à diversifier les sources de revenus de Mozilla, alors qu'elle pourrait perdre le contrat qu'elle a signé avec Google comme "moteur de recherche par défaut".

Les précédentes expériences de l'entreprise en matière d'IA ne se sont toutefois pas toujours bien passées. A l'été 2025, en proposant de premières fonctionnalités, Firefox avait vu sa consommation (au niveau du processeur) exploser, ce qui avait contraint ses ingénieurs à faire marche arrière sur une option activée de base par défaut.

"Si nous restons concentrés, Mozilla gagnera en pertinence et en résilience. Firefox touchera de nouveaux publics," ajoute Anthony Enzor-Demeo.

Le directeur-général de Mozilla explique en outre que le développement du navigateur va gagner en rapidité: "Nous allons agir dans l'urgence (car) l'IA change les logiciels (et) les navigateurs deviennent incontournables dans la vie numérique."

Firefox profite du DMA

Lancé en 2002, Firefox a su prendre la place d'Internet Explorer fut une époque, avant de voir sa part de marché gravement baisser au fur et à mesure de la progression de Chrome.

Selon les dernières données de Statcounter, Firefox ne représente plus que 7,6% de part de marché (contre 77% pour Chrome). Mais Mozilla assure que son navigateur bénéficie d'une croissance "à deux chiffres" sur le mobile, notamment grâce à l'ouverture d'iOS imposée par le DMA, le règlement pour les marchés numériques en Europe.

Reste maintenant à savoir si tous les utilisateurs de Firefox suivront ce changement stratégique et verront l'arrivée de l'IA d'un bon oeil.