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"La montagne ça s'apprend": faut-il rendre obligatoires les détecteurs de victime d'avalanche?

BFM Salomé Robles
Le skieur suédois Kristoffer Turdell sur "l'Aiguille Pourrie" lors d'une étape du Swatch Freeride World Tour, le 5 février 2016 à Chamonix. (photo d'illustration)

Le skieur suédois Kristoffer Turdell sur "l'Aiguille Pourrie" lors d'une étape du Swatch Freeride World Tour, le 5 février 2016 à Chamonix. (photo d'illustration) - JEFF PACHOUD / AFP

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Six personnes ont perdu la vie lors de sortie en hors-piste durant le week-end. Si des équipements permettent une localisation plus rapide des victimes ensevelies, ils ne remplacent pas une bonne connaissance de la montagne et du ski freeride.

Six personnes sont mortes ce week-end dans les Alpes, emportées par plusieurs avalanches distinctes. Le 10 et 11 janvier, les massifs étaient classés à haut risque en raison de l'instabilité du manteau neigeux et la majorité l'est toujours en ce début de semaine. Les six victimes ont été tuées alors qu'elles pratiquaient du ski hors-piste, une activité pourtant "fortement déconseillée" ces derniers jours.

En France, le ski hors-piste n'est pas interdit. "C'est un terrain d'expression et de liberté", affirme Frédéric Bonnevie, président de l'association des directeurs de pistes. Il appelle toutefois à "bien écouter les messages de prévention" et à être "équipé d'un système de détecteur de victime d’avalanche (DVA)".

Ce dimanche à Val d'Isère, deux hommes, qui n'étaient pas équipés de DVA, n'ont pu être localisés que plus difficilement via leur téléphone portable. Ensevelis sous 2,5 mètres de neige, ils ont été retrouvés trop tard pour être réanimés.

"Le message ne passe pas"

Le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie), Jean-Marc Peillex est pour une obligation du DVA pour les skieurs hors-piste. Une idée soutenue par Édouard Bourgin, avocat au barreau de Grenoble, spécialiste en réparation du préjudice corporel, qui plaide pour la mise en place d'"un contrôle automatique d'un bon équipement des pratiquants".

Une mesure difficile à mettre en place selon les professionnels. Pour Stéphane Bornet, président de l'association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches (Anena), il serait "compliqué de légiférer". Il appelle toutefois à ce que les skieurs en soient toujours équipés et rappelle que lors de sorties hors-piste accompagnées par des professionnels, ces derniers sont contraints de fournir ce matériel à leurs clients. En revanche, si l'on part seul, aucune obligation.

Stéphane Bornet déplore que "le message ne passe pas". Pourtant, selon les données de l'Anena, 80% des personnes qui font du hors-piste en raquettes ou en skis de randonnée portent un DVA. Mais il en est tout autre pour les skieurs. "La sécurité dans les stations de ski leur donne un faux sentiment de sécurité", explique ainsi Stéphane Bornet.

"Beaucoup trop de gens banalisent et pensent que ça n'arrive qu'aux autres", ajoute en ce sens Frédéric Bonnevie.

Savoir attendre, s'adapter, renoncer...

"De bons skieurs sur piste pensent qu'ils peuvent aller partout en hors-piste mais ils connaissent finalement peu la montagne", abonde Dominique Perret. Ce pionnier a été élu "meilleur skieur freeride du siècle" en 2000. Auprès de BFM, il n'appelle pas à l'obligation de certains équipements pour pratiquer le ski hors-piste mais à de "l'éducation".

"La montagne ça s'apprend", martèle-t-il, appelant à "savoir reconnaître un terrain propice aux avalanches ou non": pentes, instabilité de la neige... L'important est donc de savoir s'adapter. "Il faut savoir attendre, savoir renoncer et savoir adapter son itinéraire aux conditions de la montagne", affirme également Stéphane Bornet.

"Il y a une pression sociale, des vidéos sur les réseaux sociaux... Les gens sont là pour peu de temps et veulent maximiser leur journée et oublient parfois l'essentiel", déplore Dominique Perret. Le skieur a ainsi cofondé W3mountain.com qui offre des cours en ligne "pour avant de partir en vacances" et des cours pour "valider ses compétences auprès de professionnels sur place".

Un "matériel d'auto-secours"

Surtout, le DVA est loin d'être une solution miracle, encore moins une assurance-vie. D'abord, il fait partie d'un "triptyque" avec la pelle et la sonde, équipements indispensables pour sauver une personne d'une avalanche. Le DVA permet de guider jusqu'à la personne ensevelie (distance, direction et profondeur). La sonde aide à localiser la position exacte tandis que la pelle est essentielle pour dégager la victime le plus rapidement possible.

Un sac à dos pour skieurs hors piste, avec une pelle, un détecteur de victimes en avalanche (DVA) et une sonde, à la station des Menuires, le 15 février 2012.
Un sac à dos pour skieurs hors piste, avec une pelle, un détecteur de victimes en avalanche (DVA) et une sonde, à la station des Menuires, le 15 février 2012. © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

"On parle souvent de matériel de sécurité mais c'est du matériel de secours, ça permet d'aider à la réalisation du sauvetage mais il ne faut pas penser que ça nous met en sécurité", soutient ainsi Dominique Perret.

"Le sort du skieur ne se décide pas après l'avalanche mais avant", affirme-t-il.

En plus de la connaissance de la montagne et des risques d'avalanche, plusieurs précautions sont nécessaires. Par exemple, Stéphane Bornet de l'Anena rappelle qu'il ne faut jamais prendre une pente à deux en même temps, pour éviter que les deux skieurs soient ensevelis.

En effet, le DVA est avant tout un "matériel d'auto-secours". Il sert aux compagnons de la victime pour la localiser et tenter de la sortir de la coulée de neige. Car après une avalanche, chaque minute compte: au bout d'une demi-heure d'ensevelissement, les chances de survie ne sont que de 20%.

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"Ce n'est pas un sport qu'on improvise"

Être bien équipé n'assure donc pas de s'en sortir indemne. "Il n'y a ni petit hors-piste, ni petite avalanche: quand l'avalanche décide de tomber, elle va emporter tout sur son chemin", avertit ainsi Frédéric Bonnevie, président de l'association des directeurs de services des pistes.

Sur les dix dernières années, en moyenne 21 personnes sont tuées par an dans des avalanches. "Ce qu'on voit c'est que beaucoup de victimes ne sont pas équipées, ce qui rend le temps d'ensevelissement trop long", explique Stéphane Bornet, qui ajoute que "sortir des pistes ce week-end était très déconseillé". Les professionnels rappellent que prendre un risque pour soi, c'est aussi en faire courir aux secouristes.

Ils insistent donc sur l'importance de connaître le milieu et de s'adapter face aux conditions du jour. "Ça ne viendrait à l'idée de personne de faire du parachutisme ou de la plongée sans formation", lance ainsi Dominique Perret. "Ce n'est pas un sport qu'on improvise".