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Procès en appel des assistants des eurodéputés du FN: tendu, Louis Aliot se défend en invoquant le "grand désordre" dans le parti en 2014

BFM Vincent Vantighem avec AFP
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Le maire de Perpignan Louis Aliot est apparu tendu et en difficulté ce jeudi lors du procès en appel des assistants parlementaires du Front national (devenu Rassemblement national)

Louis Aliot a insisté ce jeudi 22 janvier sur "le grand désordre" passé au sein du FN pour justifier le contrat d'assistant d'eurodéputé, soupçonné fictif, octroyé en 2014 à un proche. Le maire de Perpignan, candidat à sa propre succession, joue son éligibilité devant la cour d'appel de Paris.

S'il entendait se montrer appliqué, c'est, avant tout, tendu que s'est présenté le numéro deux du Rassemblement national (anciennement Front national, FN) devant les juges d'appel.

Il s'agit de contester l'accusation selon laquelle Laurent Salles, officiellement embauché comme son assistant au Parlement européen, et rémunéré par des fonds de l'institution, ne travaillait en fait que pour le parti d'extrême droite. Le mécanisme est également reproché à onze autres ex-eurodéputés FN et leurs assistants, dont Marine Le Pen et le parti en tant que personne morale.

"Cela explique beaucoup de dysfonctionnements"

Selon Louis Aliot, "l'ambigüité" est née du "grand désordre", il prononce l'expression à cinq reprises, qui régnait selon lui au sein de la formation d'extrême droite après son triomphe aux élections européennes de 2014: arrivé en tête du scrutin, le parti à la flamme avait conquis 24 sièges dans l'hémicycle de Strasbourg.

"Notre arrivée au Parlement européen s’est fait vraiment dans un très grand désordre et que cela explique beaucoup de dysfonctionnements qui ont eu lieu", s'est difficilement défendu l'élu de Perpignan.

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L'accusation rappelle néanmoins qu'on n'a retrouvé qu'"un appel téléphonique" entre Louis Aliot et son assistant pendant la durée de son contrat, et une seule mention de l'agenda d'une rencontre entre les deux, "pour la galette des rois". "C'est sérieux de dire que Laurent Salles a travaillé pour vous?", interroge faussement naïf l'un des deux avocats généraux. Louis Aliot maintient: "Oui".

L'enquête a montré que Laurent Salles, militant de toujours, avait en tout cas largement participé à l'organisation d'un congrès du parti, alors que son bureau se trouvait précisément au siège du FN à Nanterre. De quoi nourrir l'idée qu'il n'officiait en fait que pour la "direction des grandes manifestations"... tel que le mentionne d'ailleurs un annuaire interne du Front. Plus tôt, la présidente de la cour d'appel, Michèle Agi, s'était déjà étonnée:

"Laurent Salles dit avoir été recruté sans entretien d'embauche, sans discuter salaire" avant de "découvrir qu'il allait être votre assistant parlementaire: c'est tout de même bizarre qu'il dise ça...".

Louis Aliot répond, lui qu'"il va dire d'autres choses, aussi". "Et puis il ne dira plus rien", rétorque la présidence. Car en première instance, Laurent Salles a exercé son "droit au silence". Interrogé sur ce silence, l'élu perpignanais évoque "la sensibilité" de son ex-assistant, un mutisme "pas banal", selon la juge.

Et trois mois après sa condamnation à six mois d'emprisonnement avec sursis, dont il n'avait pas fait appel, il a mis fin à ses jours "pour un motif personnel lié à une relation amoureuse", avait précisé le RN.

Maire déchu?

À l'instar de son ancienne compagne Marine Le Pen, Louis Aliot, 56 ans, joue une partie de son avenir politique lors de ce procès en appel. Reconnu coupable de détournement de fonds public en première instance, il avait été condamné à 18 mois d'emprisonnement dont six ferme sous bracelet électronique, 8.000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité. Cette dernière sanction n'avait toutefois pas été assortie de l'"exécution provisoire", c'est-à-dire immédiate, ce qui lui a permis de conserver sa mairie de Perpignan conquise en 2020.

Si le procès en appel doit se terminer dans trois semaines, la décision ne sera connue qu'à l'été: il peut donc briguer sa propre succession pour les municipales des 15 et 22 mars, porté par des intentions de vote flatteuses (43% pour l'Ifop) au premier tour. L'enjeu est de taille, tant Louis Aliot est un symbole du Rassemblement national victorieux: le toujours vice-président du parti est le seul maire RN d'une ville de plus de 100.000 habitants.

Mais il pourrait être rapidement déchu d'un éventuel second mandat s'il était à nouveau condamné à une peine d'inéligibilité. Certes, un pourvoi en cassation suspendrait la peine, à condition que celle-ci ne soit pas cette fois assortie de l'"exécution provisoire". Et les hauts magistrats ont d'ores et déjà prévenus que, s'ils étaient saisis, ils entendaient rendre leur décision avant le printemps 2026.

Est-ce pour conjurer ce risque qu'il a soutenu une énième fois, avant de quitter la barre jeudi matin, que tout ce qu'on lui reproche procédait d'une "grande désorganisation" du parti? "Ça, c'est sûr...", s'est contentée de souffler la présidente de la cour.