Eurovision 2026: la télévision publique italienne réclame une représentation palestinienne "hors compétition"
Plusieurs manifestations en soutien à la Palestine, le 24 novembre 2025, devant les locaux de la NRK, société nationale norvégienne de radiodiffusion, à Marienlyst, pour demander l'exclusion d'Israël du concours de l'Eurovision. - Javad Parsa / NTB via AFP
Trois membres du conseil d'administration de la RAI, la télévision publique italienne, ont adressé une lettre officielle à l'Union européenne de radio-télévision (UER) et au diffuseur autrichien ORF pour demander qu'un artiste représentant la culture palestinienne puisse se produire à l'Eurovision 2026, selon le Corriere della Sera. La 70e édition du concours, se déroulera à la Wiener Stadthalle de Vienne les 12, 14 et 16 mai 2026.
Alessandro di Majo, Davide Di Pietro et Roberto Natale proposent une performance hors compétition pour "équilibrer le discours public" autour du conflit en cours, selon les termes employés dans la lettre. Un geste qui serait "comme un signe de sensibilité citoyenne et de promotion du dialogue". La Palestine ne disposant pas d'un diffuseur public membre de l'UER, elle peut être invitée, sans néanmoins pouvoir prendre part à la compétition.
"La Palestine doit être accueillie sur la scène de l'Eurovision, si nous ne voulons pas porter atteinte aux valeurs d'inclusion et de fraternité qu'incarne la musique", peut-on lire dans le communiqué.
Crise sans précédent
Fabrizio Casinelli, directeur de la communication de la RAI, a déjà confirmé lors d'une conférence de presse pour le Festival de Sanremo que "la RAI a demandé de ne pas fermer les yeux". "Nous l'avons dit au moment de la demande et c'est notre position", a-t-il renchéri.
Cette demande intervient dans un contexte de crise sans précédent pour l'Eurovision. Cinq pays ont déjà annoncé leur retrait du concours en protestation contre la présence d'Israël: l'Espagne (l'un des membres du "Big Five", les cinq principaux contributeurs financiers du concours), les Pays-Bas, l'Irlande, la Slovénie et l'Islande. Ce boycott représente la plus grande crise de l'histoire du Concours Eurovision de la chanson.
Ces nations justifient leur position par les pertes civiles à Gaza, résultant de la réponse militaire d'Israël à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, ainsi que par l'ingérence du gouvernement israélien lors de l'Eurovision 2025. Les Nations unies ont confirmé l'existence d'une famine à Gaza, et sa commission d'enquête a déclaré qu'Israël a commis un génocide dans la région.
Des divisions au sein de la RAI
Si la RAI a officiellement confirmé sa participation à l'Eurovision 2026 le 6 décembre, déclarant vouloir soutenir la participation d'Israël, la position du diffuseur italien fait l'objet de tensions internes.
En septembre 2025, ces mêmes trois membres du conseil d'administration avaient déjà appelé la RAI à se retirer du concours si Israël y participait, au lendemain d'une grève nationale de 24 heures en Italie. Ces manifestations, qui avaient rassemblé des centaines de milliers de personnes dans 80 villes italiennes, réclamaient la fin de l'offensive israélienne à Gaza et la reconnaissance de l'État palestinien par le gouvernement italien.
La controverse touche également les artistes italiens. Levante, qui participera au Festival de Sanremo 2026 avec la chanson Sei Tu, a publiquement déclaré qu'elle refuserait de représenter l'Italie à l'Eurovision si elle remportait le festival italien.
"C'est un événement beaucoup plus politisé qu'on pourrait le penser, a-t-elle expliqué. Nous avons affaire à un pays qui a récemment créé d'énormes tragédies et un génocide en cours: nous ne pouvons pas faire comme si rien ne se passait."
Au Portugal, le Festival da Canção connaît une situation similaire. 17 artistes en compétition ont signé une déclaration commune indiquant qu'ils boycotteraient l'Eurovision 2026 s'ils gagnaient, en signe de protestation contre la participation d'Israël.
La 70e édition du concours européen de la chanson aura le plus petit nombre de participants depuis 2003 - avec seulement 35 pays. Soit deux de moins qu'en 2025.











