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Début d'instruction "chaotique", risque de "collusion"... Les avocats du dossier Crans-Montana très critiques contre l'enquête sur l'incendie

BFM Maxime Brandstaetter, Laura Cambaud, avec Amélie Com
Cette photo montre l'entrée du bar Le Constellation, où un incendie s'est déclaré pendant les célébrations du Nouvel An dans la station de ski alpine de Crans-Montana, faisant environ 40 morts et plus de 100 blessés, à Crans-Montana, le 2 janvier 2026.

Cette photo montre l'entrée du bar Le Constellation, où un incendie s'est déclaré pendant les célébrations du Nouvel An dans la station de ski alpine de Crans-Montana, faisant environ 40 morts et plus de 100 blessés, à Crans-Montana, le 2 janvier 2026. - MAXIME SCHMID

Depuis le début de l'enquête sur l'incendie du bar Le Constellation, presque tous les avocats du dossier sont très critiques sur la façon dont l'enquête est menée. D'après nos informations, les lettres de reproches des différents avocats pleuvent au ministère public.

Une enquête mal orchestrée? D'après nos informations, les lettres de reproches des différents avocats du dossier de l'incendie de la nuit du Nouvel An du bar Le Constellation à Crans-Montana, où au moins 40 personnes sont mortes, pleuvent au ministère public suisse. En cause, entre autres, la gestion de la détention de Jacques Moretti, le co-gérant du bar.

Tous les avocats du dossier s'étonnent du revirement du ministère public sur la détention de Jacques Moretti. "Actuellement, il n’y a aucun soupçon que les prévenus veuillent se soustraire à la procédure pénale ou à la sanction prévisible en prenant la fuite", écrivaient les autorités judiciaires dans un communiqué le 4 janvier au soir. Il n'y avait donc, à ce moment-là selon la justice, pas de raison de le placer en détention ou de prendre des mesures pour éviter leur fuite.

Pourtant, cinq jours plus tard, les mêmes autorités demandaient à ce que Jacques Moretti soit placé en détention provisoire, estimant après une audition sur sa "situation personnelle" que les risques de fuite existaient. 

Les familles de victimes et leurs avocats craignent aussi le risque de "collusion", que le couple de gérants du bar, Jacques et Jessica Moretti ne se mettent d'accord ou ne fassent disparaître des preuves. Un risque que le ministère public a toujours écarté.

Un début d'instruction "chaotique"

Le domicile du couple de prévenus et les locaux du bar ont été perquisitionnés. Leur matériel informatique et ordinateurs ont été saisis le 5 janvier, mais pourtant, pour une raison que les avocats des parties civiles ne s’expliquent pas, Jacques et Jessica Moretti ont pu conserver leurs téléphones portables après cette première perquisition.

L'un des avocats s'en est inquiété dans une lettre au vitriol le 8 janvier, que BFMTV a pu consulter. Il parle d'un début d'instruction "chaotique" et demande notamment le "séquestre des téléphones et ordinateurs des prévenus" afin d'en extraire les données.

"Il est probable, si ce n'est certain, que les échanges de messages, WhatsApp ou vocaux intervenus dans les heures qui ont suivi le drame sont susceptibles d'être déterminants pour l'enquête", écrit un des avocats des parties civiles.

Finalement, les téléphones du couple Moretti ont bien été saisis, sur demande des avocats de victimes, le jour de leur première audition comme mis en cause, le 9 janvier, soit quatre jours plus tard.

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"Un temps précieux a été perdu", déplore dans une autre lettre un avocat à propos de la saisie de ces téléphones, demandant aux procureurs de prendre plus rapidement des mesures pour éviter la collusion, "il y a encore des preuves à sauver".

Un "ordre de dépôt" et non une perquisition

Pour l'heure, la commune de Crans-Montana n'est pas poursuivie. Le 6 janvier, lors d'une conférence de presse, le président du conseil communal de la ville suisse, Nicolas Féraud, a avoué que le bar le Constellation n'avait pas été contrôlé une seule fois depuis 2020, alors que ces inspections doivent être faites annuellement. Depuis de nombreux avocats pensent que la ville va finir par être mise en cause.

Dans ce cas aussi, les choix des autorités judiciaires du canton du Valais étonnent. Ainsi, la commune a fait l'objet d'un "ordre de dépôt" et non d'une perquisition. C'est donc la commune elle-même qui a déposé les documents qu'ils considèrent utiles à l'enquête, au ministère public.

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"Un ordre de dépôt sans contrôle ne suffit pas: il est impératif de perquisitionner les locaux et saisir tous les ordinateurs et autres appareils", a écrit au procureur un avocat le 14 janvier 2026 alors qu'un autre demandait déjà cette perquisition des locaux de la commune le 6 janvier. 

Peu d'autopsies réalisées 

Par ailleurs, d'après les éléments que la justice a communiqué aux avocats, le 14 janvier, sur les 40 décès, les autorités judiciaires du canton du Valais n'ont ordonné que deux autopsies, à la demande des avocats de victimes. Ce mandat a été délivré le 13 janvier par les procureurs, la veille des funérailles des deux victimes. 

Certes, il y a aujourd'hui peu de doute sur les causes du drame: c'est l'incendie accidentel du bar Le Constellation qui en est à l'origine. Mais dans les rangs des parties civiles, on s'interroge: pouvait-on faire l'économie de ces autopsies? "Ce n’est pas normal car face à des morts violentes, cela devrait être une opération standard. Cela aurait dû être fait", déclarait vendredi à l’AFP Maître Jean-Luc Addor, l'un des avocats deux avocats ayant obtenu une autopsie. 

"L'intérêt public consiste en la nécessité, dictée par les besoins de l'enquête, de déterminer la cause précise du décès", nous écrit Maître Sébastien Fanti, avocat de plusieurs parties civiles.

"Il n’est par exemple pas indifférent de savoir si une personne est décédée d’asphyxie ou d’une autre cause", explique Maître Sébastien Fanti.

La crainte aujourd'hui est de devoir exhumer des corps enterrés, pour les besoins de l'enquête ou à la demande des familles.

Ce mercredi, Jessica Moretti sera entendue par les enquêteurs sur le "fond du dossier", au lendemain de l'audition de son époux Jacques Moretti.