Présidente par intérim, cheffe de l'opposition... Qui pour diriger le Venezuela après la chute de Nicolás Maduro?

Un avenir flou pour le Venezuela. Donald Trump assure que les États-Unis sont "aux commandes" du pays après la capture ce week-end du président contesté Nicolás Maduro, présenté ce lundi 5 janvier à un tribunal à New York pour se voir signifier des accusations de trafic de drogue.
"Nous allons diriger le pays jusqu'à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse", avait annoncé le président américain après l'opération éclair sur Caracas. "Cela signifie que nous sommes aux commandes", a-t-il ajouté dimanche à bord de Air Force One, sans détailler ce qu'il entendait précisément derrière ces mots.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a semblé nuancer ces propos en déclarant que l'administration maintiendrait une pression sur les autorités en place pour qu'elles prennent "les bonnes décisions". "S'ils ne prennent pas de bonnes décisions, les États-Unis conserveront de nombreux leviers d'influence pour garantir la protection de nos intérêts, notamment l'embargo pétrolier. Nous allons donc juger, à l'avenir, nous allons juger tout ce qu'ils font", a-t-il dit lors d'une interview à la chaîne CBS.
Donald Trump s'est peu exprimé sur les perspectives politiques du pays. S'il a évoqué la tenue d'élections, il a surtout insisté sur la reprise en main par les États-Unis du secteur pétrolier. "Ce que nous voulons, c'est régler la question du pétrole, remettre le pays sur pied, puis organiser des élections", a-t-il déclaré.
In fine, qui dirigera le Venezuela? Plusieurs profils émergent, même si leur destin politique ne dépendra que du bon vouloir américain.
· La vice-présidente Delcy Rodriguez, sommée d'obéir
Nommée dirigeante par intérim du Venezuela, l'ex-vice-présidente Delcy Rodriguez est sommée de se conformer aux volontés de Washington. Samedi, elle a affiché sa volonté de coopérer dans le cadre de relations "équilibrées et respectueuses (...) fondées sur l'égalité souveraine et la non-ingérence".
"Nous invitons le gouvernement américain à travailler conjointement à un agenda de coopération, axé sur un développement partagé dans le cadre du droit international afin de renforcer une coexistence communautaire durable", a-t-elle ajouté après avoir réuni son premier conseil des ministres.
"Si elle ne fait pas ce qu'il faut", Delcy Rodriguez subira un sort "pire" que celui réservé au président déchu, a prévenu Donald Trump.
Delcy Rodriguez faisait partie, avec son frère Jorge, président de l'Assemblée nationale, et Diosdado Cabello, ministre de l'Intérieur, du cercle restreint qui dirigeait le pays sous l'autorité du couple présidentiel composé de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores. Comme vice-présidente, elle contrôlait également l'économie et le ministère clé du pétrole.
· La prix Nobel Maria Corina Machado écartée
Auréolée du prix Nobel de la paix 2025, la leader d'opposition Maria Corina Machado semblait avoir les cartes en main pour prétendre à diriger le pays. "L'heure de la liberté est arrivée", a clamé après l'opération américaine celle qui s'est échappée clandestinement de son pays mi-décembre.
Mais le président américain a rapidement douché les espoirs de ceux qui voulaient la voir succéder à Nicolás Maduro. "Je pense qu'il lui serait très difficile d'être à la tête du pays. Elle ne bénéficie ni du soutien ni du respect au sein de son pays. C'est une femme très gentille, mais elle n'inspire pas le respect", a tranché Donald Trump.
Maria Corina Machado était pourtant perçue comme proche de l'administration américaine. Après s'être vu décernée le prix Nobel de la paix en octobre dernier, elle avait chaudement remercié Donald Trump pour "son soutien décisif" à la cause vénézuélienne. Elle avait également confié avoir bénéficié de l'aide américaine pour fuir son pays et ainsi échapper aux poursuites du régime.
Comment expliquer sa mise à l'écart? Deux proches de la Maison Blanche ont affirmé au Washington Post que Donald Trump avait été vexé du fait que l'opposante ait accepté de recevoir le prix Nobel, alors qu'il estimait davantage le mériter. "Si elle l'avait refusé et avait dit: 'Je ne peux pas l'accepter parce qu'il appartient à Donald Trump', elle serait aujourd'hui présidente du Venezuela", a déclaré l'une des sources interrogées par le journal.
· Edmundo González Urrutia, le seul président légitime?
Edmundo Gonzalez Urrutia, vainqueur de la présidentielle de juillet 2024 au Venezuela selon l'opposition, a estimé dimanche que la capture du président Nicolás Maduro était un "pas important mais pas suffisant".
"La normalisation réelle du pays ne sera possible que lorsque tous les Vénézuéliens privés de liberté pour des raisons politiques (...) seront libérés et que la volonté majoritaire exprimée par le peuple vénézuélien le 28 juillet sera respectée, sans ambiguïté", a-t-il dit dans une vidéo depuis l'Espagne où il s'est exilé.
"Aujourd’hui, celui qui a usurpé le pouvoir n’est plus dans le pays et fait face à la justice. Ce fait instaure un nouveau scénario politique, mais ne remplace pas les tâches fondamentales qui nous attendent encore", souligne-t-il, insistant: "Aucune transition démocratique n’est possible tant qu’un seul Vénézuélien est injustement emprisonné".
Considéré comme le président élu du Venezuela par les Occidentaux, il a demandé à l'armée "de respecter et de faire respecter le mandat souverain exprimé le 28 juillet 2024. En tant que Commandant en chef, je vous rappelle que votre loyauté va à la Constitution, au peuple et à la République".
Edmundo Gonzalez Urrutia, 76 ans, avait remplacé au pied levé comme candidat à la présidentielle Maria Corina Machado, déclarée inéligible par le pouvoir. Nicolás Maduro avait finalement été proclamé vainqueur par le Conseil national électoral (CNE), qui n'a jamais communiqué les résultats détaillés du scrutin.
Selon un porte-parole de la Commission européenne, "les prochaines étapes portent sur un dialogue en vue d'une transition démocratique, qui doit inclure Edmundo Gonzalez et Maria Corina Machado".












