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"Je dois y retourner": l'écrivain Boualem Sansal se dit déterminé à repartir en Algérie

BFM Juliette Moreau Alvarez
L'écrivain Boualem Sansal, à l'Académie française à Paris le 29 octobre 2015.

L'écrivain Boualem Sansal, à l'Académie française à Paris le 29 octobre 2015. - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Invité à l'antenne de France Inter, Boualem Sansal assure, moins d'un mois après avoir été gracié et libéré, qu'il compte retourner en Algérie. "Le fait d'y aller et d'en ressortir, pour moi, c'est une réparation", a-t-il justifié.

Dans un long entretien accordé à France Inter, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, récemment revenu en France, assure qu'il veut retourner en Algérie, après y avoir passé un an en prison pour "atteinte à l'unité nationale".

"Je dois y retourner car quand vous subissez une injustice, vous cherchez tout naturellement à obtenir réparation", explique-t-il. "Je n'ai pas besoin d'argent, même pas d'un nouveau procès. Juste le fait d'y aller et d'en ressortir, pour moi, c'est une réparation".

L'auteur indique avoir partagé sa volonté de revenir en Algérie "dès la semaine prochaine" au président de la République, qui lui a demandé de faire "attention". "C'est là qu'on va vérifier la réalité et la justesse des choses", assure Boualem Sansal.

La veille sur France 2, lors de sa première interview depuis sa libération, l'écrivain indiquait toutefois être inquiet "pour sa famille" s'il retourne en Algérie. "J'ai peur qu'on arrête aussi mon épouse", avait-il déclaré. Boualem Sansal ajoute qu'Emmanuel Macron lui a assuré qu'il allait poser la question du possible retour de l'auteur en terres algériennes au président.

"On s'habitue à la prison" malgré "une perte de dignité"

Dans cet entretien fleuve, Boualem Sansal est également revenu sur ses conditions de détention. "La prison, on peut s'y habituer. Il ne faut pas croire que c'est si terrible que ça: on a des amis, on a une routine, on fait du sport...", raconte-t-il. Il souligne toutefois qu'être un prisonnier, c'est "une humiliation" constante et "une perte de dignité". ""On vous fouille du matin au soir, vous êtes comme un toutou."

Sans parler de sa propre souffrance, qui est un sujet tabou en prison. "Les prisonniers ne communiquent pas. On pleure le soir, seul dans sa cellule." L'auteur n'a pas non plus pu écrire en prison. "On a besoin d'être avec soi, ça ne peut pas se faire dans ces conditions", explique-t-il.

L'écrivain franco-algérien était détenu dans un quartier de haute sécurité, aux côtés de "terroristes, de gens de Daesh, d'islamistes combatifs et combattants". "J'étais accusé de ça moi aussi: terrorisme, espionnage... Sur le plan statutaire, j'étais comme eux, c'était la même chose."

Au départ traité comme tous les autres prisonniers, il a toutefois bénéficié d'une plus grande protection à partir du moment où la France s'est fortement engagée pour sa libération, notamment vis-à-vis de sa santé. L'état français et les proches de l'écrivain étaient en effet très inquiets par sa santé. Toutefois sur France Inter, Boualem Sansal se dit aujourd'hui soigné de son cancer, après une radiothérapie.