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"Elle est vide de sens": la Commission indépendante sur l'inceste est-elle sur le point de disparaître?

BFM Céline Hussonnois-Alaya
Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), trois enfants par classe sont victimes d’inceste chaque année en France

Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), trois enfants par classe sont victimes d’inceste chaque année en France - PHILIPPE LOPEZ

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Deux des trois membres du collège directeur de la Ciivise ont claqué la porte. Des "batailles d'ego" mettraient en péril la mise en œuvre des recommandations pour protéger les enfants des violences sexuelles, pourtant adoptées en 2023.

La Ciivise est-elle en train de disparaître? Jeudi 22 janvier, Solène Podevin-Favre, l'une des trois membres du collège directeur, a démissionné de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.

La veille, c'est le pédopsychiatre Thierry Baubet, spécialiste du psychotrauma et également membre du collège directeur, qui a décidé de claquer la porte. La magistrate Maryse Le-Men-Regnier reste ainsi la seule à la tête de la Ciivise.

"La promesse faite aux victimes n'est plus tenue", déplore pour BFM Solène Podevin-Favre, présidente de l'association Face à l'inceste et ex-membre du collège directeur de la Ciivise. Et juge très sévèrement l'état actuel de la commission. "La Ciivise est devenue vide de sens."

"Dans ce qu'elle était et dans son objectif de départ, la Ciivise n'existe plus."

Cette commission, lancée en 2021 dans le sillage des révélations de La Familia Grande de Camille Kouchner, est chargée de conseiller le gouvernement dans la lutte contre l'inceste; l'association Face à l'Inceste y était associée depuis le début.

"À l'encontre de l'intérêt des enfants"

Après avoir recueilli 30.000 témoignages de victimes, la Ciivise avait remis en novembre 2023 un rapport contenant 82 préconisations pour protéger les enfants contre les violences sexuelles et accompagner les adultes qui en ont été victimes, une mission co-présidée par l'emblématique juge Edouard Durand.

La Ciivise devait initialement mettre fin à ses travaux après la remise du rapport final. Face au tollé - de nombreuses personnalités avaient dénoncé sa disparition - la Commission avait été reconduite. Mais sans ses coprésidents.

Ils avaient été remplacés par l'ancien rugbyman et fondateur de l'association Colosse aux pieds d'argile Sébastien Boueilh et la pédiatre légiste Caroline Rey-Salmon. Mais cette dernière avait été accusée d'agression sexuelle dans le cadre d'une expertise médicale et s'était retirée de la Ciivise en février 2024.

"Aujourd'hui, l'héritage de ces recommandations n'est pas respecté, ce qui va à l'encontre de notre mission et de l'intérêt des enfants", s'indigne Solène Podevin-Favre. "Nous, on venait pour mettre en œuvre ces recommandations", abonde Michèle Créoff, membre du bureau de Face à l'inceste qui a elle aussi claqué la porte de la Ciivise. "Mais en face, d'autres voulaient les remettre en cause."

Parmi les recommandations qui divisent les membres de la Ciivise: l'ordonnance de protection immédiate de l'enfant - soit le fait de retirer la garde à un parent accusé d'agression ou de viol sur son enfant - mais aussi l'imprescriptibilité des violences sexuelles sur mineurs.

"Des batailles d'ego"

Or, certains membres voudraient revenir sur ces recommandations, selon Solène Podevin-Favre. Elle dénonce "une prise de pouvoir" de ceux qui "défendent un agenda personnel". Un point de vue que partage Michèle Créoff, ancienne inspectrice de l'Aide sociale à l'enfance. Elle pointe "une petite coterie" qui mène "des batailles d'égo".

"Depuis près d'un an, on n'arrivait plus à se parler", regrette-t-elle. "Les désaccords étaient profonds." Elle regrette notamment d'avoir été exclue d'un groupe de travail sur les questions juridiques - "on m'a dit que je n'étais pas la bienvenue".

Solène Podevin-Favre salue le travail qui a été fait en cinq ans, mais elle estime qu'il reste encore "beaucoup à faire". "Je crois qu'on finira par y arriver, mais pas avec la Ciivise" dont le mandat s'achèvera en octobre prochain.

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La sénatrice centriste Annick Billon a d'ailleurs proposé une loi mi-novembre 2025 visant à la pleine reconnaissance de l'inceste et à l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. En France, toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles.

Chaque année, 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles, le plus souvent incestueuses. Ce qui représente trois enfants par classe. En moyenne, les enfants ont 8 ans au début des violences.