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"Une instrumentalisation politique systématique": 18 responsables musulmans répondent aux propositions des sénateurs LR pour lutter contre l'islamisme

BFM Pierre Rigo avec Orlane Edouard
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Les sénateurs de droite ont formulé, lundi 24 novembre, 17 propositions visant à lutter contre l'islamisme en France. Ces préconisations sont largement critiquées par plusieurs personnalités du culte musulman qui dénoncent, dans une lettre ouverte au président du Sénat, une "instrumentalisation politique".

Dans une lettre adressée au président du Sénat Gérard Larcher, ce mercredi 26 novembre, plusieurs responsables du culte musulman dénoncent une "instrumentalisation politique systématique" de leur pratique cultuelle après la publication d'un rapport des sénateurs Les Républicains (LR) sur l'islamisme en France, a appris BFMTV.

"Cet énième rapport s'inscrit dans une séquence devenue tristement familière pour les millions de citoyens français de confession musulmane, celle d'une instrumentalisation politique systématique de leur pratique cultuelle", écrivent les signataires dans leur lettre.

Lundi 24 novembre, les sénateurs LR ont dévoilé dans le rapport Eustache-Brinio 17 propositions visant à lutter contre ce qu’ils qualifient d’"entrisme islamiste". Fruit de six mois de travail, le rapport suggère notamment l'interdiction du jeûne et du port du voile dans l'espace public pour les moins de 16 ans et réaffirme aussi la neutralité religieuse dans les activités sportives.

Face à ce qu'ils considèrent comme une "stigmatisation", les signataires musulmans de la lettre au Sénat disent être "lassés". "Lassés d'être l'objet de débats auxquels nous ne sommes que rarement conviés. Lassés d'être décrits, analysés, disséqués par des personnes qui ne nous connaissent pas, ne nous côtoient pas, et parfois nous méprisent ouvertement", écrivent-ils.

"Ce climat instille la peur de l'autre"

Loin des objectifs fixés par la commission sénatoriale lors de sa création, les conclusions de ce rapport sont perçues par les 18 responsables du culte musulman comme étant "totalement déconnectées des phénomènes réels de radicalisation" et constituent au contraire des "attaques directes" contre la "liberté fondamentale" des musulmans et "leur place dans la société".

"Cette production industrielle de la suspicion nourrit une perception erronée, contraire à la réalité vécue quotidiennement par nos concitoyens musulmans et l'ensemble de la société française", estiment les signataires dans leur lettre, évoquant "une dérive grave pour nos principes républicains".

"Ce climat instille la peur de l’autre et fragilise notre cohésion nationale", soutiennent les signataires du courrier adressé à Gérard Larcher.
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Un appel à s'appuyer sur "les acteurs de terrain"

En outre, les signataires de la lettre soulignent la présence de trop peu d’acteurs religieux ou institutionnels "réellement compétents" lors des débats. "Aucune communauté, aucun culte, aucune minorité ne peut accepter d'être évalué et décrit essentiellement par des détracteurs", défendent-ils.

Pour combattre l'islamisme dans le pays, les représentants musulmans demandent notamment au président du Sénat de s'appuyer sur "les acteurs de terrain" qui sont en première ligne.

"Il s'agit plutôt de réfléchir avec eux (les musulmans NDLR) de la manière la plus adéquate et la plus efficace de lutter contre l'islamisme. À savoir que les premiers remparts contre l'islamisme, ce sont les responsables du culte musulman eux-mêmes", soutient ce jeudi matin sur BFMTV Bassirou Camara, un des signataires de la lettre et membre de l'association de Défense contre les Discriminations et les Actes anti-musulmans (DDAM France).

Parmi les signataires, on compte, outre Bassirou Camara, Najat Benali (Coordination des Associations musulmanes de Paris), Hassan Belmajoub (Conseil départemental du culte musulman de Gironde) ou encore Abdenour Bastianelli (Conseil national des aumôneries musulmanes).