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Jean-Michel Aulas toujours aussi haut dans les sondages pour la mairie de Lyon: comment les écologistes veulent contrer la dynamique

BFM Baptiste Farge
Le maire de Lyon, Grégory Doucet, et Jean-Michel Aulas, candidat aux élections municipales de 2026.

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, et Jean-Michel Aulas, candidat aux élections municipales de 2026. - MATTHIEU DELATY / HANS LUCAS / ALBIN BONNARD

Largement mise en difficulté par la candidature de l'ex-patron de l'OL, l'équipe de Grégory Doucet compte sur son programme et une campagne projet contre projet pour refaire son retard.

Un train arrive à toute vitesse. Comment réussir à le faire dérailler? À Lyon, les écologistes se posent la question au sens politique du terme depuis qu’un certain Jean-Michel Aulas s’est déclaré candidat pour les déloger à la tête de la mairie.

L’homme d’affaires, 76 ans, vient leur poser de sérieuses difficultés. Sûrement bien plus que celles qu'aurait générées son allié Pierre Olivier, jeune maire Les Républicains du 2e arrondissement et éphémère candidat.

"JMA" a pour lui une grande popularité et une visibilité médiatique, acquises lors de ses années à la tête de l’Olympique lyonnais, dont il a fait un septuple champion de France.

Mieux: le nouveau prétendant au trône a réussi à unir derrière lui non seulement LR, mais aussi le camp présidentiel, qui s'étaient pourtant divisés dans les grandes largeurs en 2020.

Cerise sur son gâteau: les sondages très favorables. Le dernier en date, produit par Ifop-Fiducial pour Lyon Capitale ce jeudi, le donne à 47% des intentions de vote au premier tour. Loin, très loin devant le maire sortant Grégory Doucet (27%), concurrencé par la députée de La France insoumise, Anaïs Belouassa-Cherifi (9%).

Certes, l'édile progresse de trois ou quatre points par rapport à deux précédentes études, réalisées pour Mag2Lyon et LyonMag les 14 et 31 octobre. Mais, Jean-Michel Aulas ne faiblit pas: il était déjà à 47% auparavant et reste très bien positionné au second tour avec 61% des voix contre son 39% pour son adversaire dans le sondage de ce jeudi.

Un esprit de "conquête" pour les écologistes

"Pas de panique", n'ont eu de cesse de marteler les écologistes. Les municipales interviendront seulement les 15 et 22 mars. Encore plusieurs mois pour se mettre sur les bons rails et rattrapper le retard... Néanmoins, ce discours semble avoir vécu, tant l'entrée en campagne de Grégory Doucet, le 4 novembre, a paru précipitée par la dynamique Aulas.

Ce jour-là, Grégory Doucet a annoncé une union des partis de gauche hors LFI, alors qu'il déclarait 48 heures avant, dans Le Progrès, que ce était "pas le temps de la campagne".

Démarrage anticipé ou non - évidemment les principaux intéressés s'en défendent - l'heure est officiellement à la riposte. Bien conscients qu'il faudra aller chercher une réélection avec les dents, la majorité municipale prône un esprit de "conquête".

Il s'agit d'éviter "une campagne de sortant qui serait un peu tranquille et se reposerait sur les lauriers d'un bilan", expliquait Valentin Lungenstrass, l'un des adjoints de Grégory Doucet, à BFMTV cette semaine. "Ce ne serait pas suffisant, donc on va vraiment faire des propositions qui seront différentes à certains égards de ce que l’on a pu faire pendant le mandat."

Une campagne de "proximité"

En ce sens, Fanny Dubot, directrice de campagne du maire, a évoqué auprès de Tribune de Lyon fin octobre plusieurs thématiques: "le pouvoir d’achat, l’accès aux soins, les services publics, le logement". Même si cela "ne veut pas dire que l’on ne portera pas de projets liés à l’adaptation au changement climatique", a-t-elle précisé.

Cet élargissement, les écologistes cherchent aussi à le caractériser par l'annonce de leur alliance avec plusieurs formations dont le Parti communiste français, Place Publique et le Parti socialiste.

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27:23

En creux, l'idée de prolonger l'union de la gauche des législatives de 2024, largement plébiscitée par les Lyonnais, les quatre députés de la ville étant affiliés au Nouveau Front populaire. Un affichage qui devra toutefois résister à l'aventure solitaire de LFI.

Pour mettre en valeur leur nouveau projet, les écologistes misent aussi sur leur "Grande écoute", consistant à aller à la rencontre des Lyonnais entre juillet et octobre pour recueillir leurs attentes et enrichir le prochain projet municipal.

Cette initiative traduit également la volonté d'être présent sur le terrain et de jouer la carte de la "proximité", alors que Grégory Doucet cristalise une certaine désapprobation.

Dans le sondage du cabinet Verian pour Mag2Lyon du 14 octobre, 57% des Lyonnais interrogés disaient ne pas souhaiter qu'il compte davantage à l'avenir dans la vie politique de la ville. Soit le score le plus important parmi les personnalités testées, devant Laurent Wauquiez (54%), ex-président (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Le résultat est d'autant plus difficile pour le maire de Lyon que différents projets de l'exécutif recueillent un soutien important dans cette même étude.

"Dans la popularité d'Aulas, il y a sa personnalité, le côté apolitique, sa réussite avec l'OL (...) mais on bénéficie aussi d'un rejet très fort pour le maire de Lyon", pointe l'ancien député Renaissance Thomas Rudigoz, battu aux dernières législatives. Et de tacler un Grégory Doucet "totalement exécrable en termes de relations humaines", "condescendant", et "faussement sympathique".

Au contraire, ce dernier est une "personne à l'écoute et avenante", le défend un proche, espérant que la campagne permettra "d’exposer davantage cette partie-là de lui-même." Et de démontrer que, "contrairement à ce qui est dit, il n’a pas de dogmatisme, mais un attachement sincère à la qualité de vie et à la ville de Lyon."

Dans tous les cas, Grégory Doucet attendra encore avant de s'impliquer pleinement. Le maire doit notamment gérer l'organisation de la très populaire Fête des Lumières, du 5 au 8 décembre.

Politiser l'élection, dénoncer des "fake news" et des potentiels "conflits d'intérêt"

En attendant, l'élu peut compter sur ses alliés pour tenter de freiner l'allure du TGV Aulas. Pour ce faire, les angles d'attaque, déjà déployés depuis des semaines, ne manquent pas. L'un d'eux revient à politiser l'élection.

"Jean-Michel Aulas est certes une figure populaire, qui est une icône à Lyon, qui a fait beaucoup pour la ville. Mais, il charrie aussi un attelage de personnes qui sont assez opportunistes, et qui ont été rejetées par les urnes dès que les Lyonnaises et les Lyonnais ont eu l’occasion de voter", souligne le proche de Grégory Doucet déjà cité plus tôt.

"Je pense à LR et à la galaxie de la macronie. C’est une formule qui ne marche plus à Lyon et qui trouve un candidat accommodant pour porter ses idées, sans s’exposer."

Aussi, les écologistes accusent le camp de "JMA" de propager des "fake news" ou encore d'être "approximatif", espérant, à terme, faire la différence sur le fond et la crédibilité, "projet contre projet".

Enfin, les soutiens de Grégory Doucet souhaitent mettre en exergue de potentiels "conflits d'intérêt" autour du candidat Aulas. En septembre dernier, ils ont notamment accusé l'ancien président de l'OL d'avoir financé des sondages par le biais de sa holding familiale, Holnest, dirigée par son fils.

Interrogé sur ce sujet, "JMA" s'était défendu dans Paris Match le 24 septembre, expliquant: "Les sondages, je les ai commandés et payés moi-même, il y a eu confusion de la part des instituts" ; "dans tous les dossiers où un intérêt direct ou indirect existe, je me déporterai."

Sera-t-il mis davantage en difficulté dans les prochains mois?