"En deux heures, il a fait 400 selfies": en campagne pour la mairie de Lyon, Jean-Michel Aulas porté par sa popularité… avant le vrai bras de fer?
Jean-Michel Aulas, candidat pour les élections municipales, à Lyon le 26 septembre 2026 - OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Jean-Michel Aulas ne le sait que trop bien: une saison de football peut se jouer jusqu’à la dernière journée de championnat. Pour autant, autour de l'ex-patron de l'Olympique lyonnais, certains peinent à masquer leur optimisme un mois après que ce dernier s'est déclaré candidat aux élections municipales 2026, mettant fin à un faux suspens.
"Je n'ai jamais vu ça"
Un temps lui aussi dans la course, avant de se rallier à "JMA", Pierre Oliver, le maire LR du 2e arrondissement lyonnais, est dithyrambique: "Il faut reconnaître que je n'ai jamais vu ça honnêtement. L’accueil que l’on a pour Aulas c’est bluffant, je ne le pensais pas aussi fort", salue l'édile de 33 ans, qui ne manque pas d'anecdotes pour appuyer son propos. Dont celle-ci:
"J'ai fait deux heures de marché avec lui. En deux heures, il a fait 400 selfies, c'est un truc de fou. Des gens sont même allés chez eux chercher le maillot de l'OL avant de revenir pour se le faire dédicacer."
Lors des rencontres avec les électeurs, Pierre Oliver dit aussi constater un effet "vote utile et transpartisan" suscité par le profil "rassembleur" de son nouvel allié. À l'entendre, des Lyonnais se prononçant d'ordinaire pour le Parti socialiste ou le Rassemblement national seraient prêts à apporter leurs voix à l'homme d'affaires. Cela, alors même qu'il n'est pas soutenu par ces formations politiques, mais par le camp présidentiel, en plus du parti Les Républicains.
Un sondage avec des résultats probants pour "JMA"
Pour les soutiens de Jean-Michel Aulas, ce début de campagne est jugé d'autant plus encourageant qu'un récent sondage vient renforcer l'impression ressentie sur le terrain. Réalisé par le cabinet d'études Verian et publié par Mag2Lyon mardi 14 octobre, celui-ci crédite l'actuel président de la ligue féminine de football professionnel de 47% d'intentions de vote au premier tour.
Un score le situant très loin de son principal adversaire, Grégory Doucet (Les Écologistes), maire sortant et candidat à sa réélection, donné à seulement 23%, devant la députée LFI, Anaïs Belouassa-Cherifi (15%), qui prend une bonne part des voix à gauche. Au second tour, la tendance reste identique: 61% pour Jean-Michel Aulas et son alliance LR-camp présidentiel contre 39% pour son rival, lequel représenterait alors l'ensemble de la gauche.
Son entourage se permet même de manier l'ironie, lorsque BFMTV l'interroge sur ce début de campagne. Comment le juge-t-il? "Très mauvais, les sondages sont très mauvais, on va perdre je crois."
Pour autant, il s'agit de "rester sérieux" et "concentré". D'ailleurs, "Jean-Michel Aulas a dit lui-même que le vrai sondage sera le 22 mars", jour du second tour des élections municipales, nous assure-t-on.
"Sa campagne prend le risque de l'essoufflement"
Une prudence largement nécessaire en politique. Car, cela est bien connu: les courbes peuvent rapidement s'inverser dans une élection. Sur un autre échelon électoral, la dernière présidentielle est un modèle du genre: Éric Zemmour (Reconquête) comme Valérie Pécresse (LR) ont, pendant une courte période, été annoncés proches du second tour avant de finalement s'effondrer. 7,07% des voix pour l'un, 4,78% des suffrages pour l'autre.
À Lyon, les potentiels changements de météo politique n'ont pas échappé aux Écologistes. Sans surprise, ils prédisent une suite moins glorieuse pour l'ex-boss de l'OL.
"Jean-Michel Aulas est arrivé fort sur la scène politique, avec un teasing, une mise en scène léchée. Il y a un choc, une forme de surprise, mais je pense que sa campagne prend le risque de l'essoufflement", analyse un proche de Grégory Doucet.
"Il doit maintenir cet effet de nouveauté alors que son projet et ses soutiens ne sont pas nouveaux. Nous, on a toute la marge de manœuvre pour avancer sur nos propositions."
Les Écologistes temporisent...
Aussi, s'il prend au sérieux la menace que fait peser Jean-Michel Aulas sur la municipalité actuelle, notre interlocuteur relativise la portée du dernier sondage: "Il faut sortir de nos bulles, nous sommes loin des municipales. 50% des gens décident pour qui ils vont voter 72 heures avant l'élection."
Pas de panique donc, à en croire Les Écologistes. Chacun délivre le discours habituel des élus sortants: la campagne n’est pas encore vraiment lancée, l’exécutif municipal veut poursuivre jusqu’au bout sa mission, le programme sera présenté plus tard...
Sous texte: la vraie riposte attendra encore. Une première séquence forte de campagne pourrait néanmoins intervenir rapidement. Valentin Lungenstrass, l'un des adjoints de Grégory Doucet, assure que son parti fera "une annonce prochainement" sur l'union de la gauche (sans LFI, dont la députée Anaïs Belouassa-Cherifi est officiellement candidate depuis jeudi 23 octobre, NDLR).
...Mais les angles d'attaque ne manquent pas
En attendant cette étape et les suivantes, les arguments pour stopper la dynamique Aulas sont déjà bien rôdés. D'abord, Les Écologistes cherchent à politiser l'élection, démentir le récit d'un candidat sans étiquette qui pourrait opérer un large rassemblement.
"Jean-Michel Aulas est le candidat de la droite et de la droite dure, celui de Laurent Wauquiez (l'ex-président de la Région Auvergne Rhône-Alpes, qui a participé aux discussions en vue d'un accord entre Jean-Michel Aulas et LR, NDLR), qui disait qu'il fallait rouvrir des bagnes à Saint-Pierre-et-Miquelon", cogne Gautier Chapuis, adjoint à la mairie de Lyon.
Un discours tout sauf anodin à Lyon, qui s'est largement prononcée en faveur de la gauche aux dernières élections, notamment en la choisissant pour les quatre circonscriptions de la ville aux législatives de 2024 - ce qui a eu pour effet de déloger deux macronistes.
Autre angle d'attaque des écolos: les propositions avancées par Jean-Michel Aulas et le fait que certaines d'entre elles - comme la gratuité des transports pour les foyers aux revenus inférieurs à 2.500 euros par mois ou la création d'une police métropolitaine - ne relèvent pas des compétences de la mairie mais de celles de la Métropole.
"Il y a un mélange de compétences qui est soit de l'amateurisme, soit de l'amalgame électoraliste. Dans les deux cas, ce n'est pas honorer la fonction qu'il prétend récupérer", cingle Gautier Chapuis. Sur le même ton, Valentin Lungenstrass déclare:
"Jean-Michel Aulas a une notoriété extrêmement importante dans notre ville, mais il est surtout lié au football professionnel et au monde du business. Est-ce qu'il est identifié comme une personne qui sait gérer une collectivité, l'intérêt général et les actions publiques?"
Sérénité parmi les soutiens d'Aulas
En face, le clan Aulas veut rester serein. Faut-il craindre une montée en puissance des écologistes dans les mois à venir? Pas forcément aux yeux de Pierre Olivier, qui juge que ces derniers sont déjà très engagés. "Ils suivent notre campagne, ils la commentent à longueur de journée."
Par ailleurs, "je ne m'attends pas à un changement parce que Bruno Bernard (président écologiste de la métropole, NDLR) comme Grégory Doucet ne vont pas faire campagne sur le terrain. Ils seront seulement sur les réseaux sociaux et dans la presse", raille l'élu LR.
Les différents points soulevés par les écologistes sont battus en brèche. Jean-Michel Aulas, candidat de la droite? Les Écologistes "sont dans une conception ancienne et manichéenne de la politique, c’est la preuve même de leur dogmatisme et leur sectarisme", répond son entourage.
Tout en s'opposant aussi à l'idée que les propositions de Jean-Michel Aulas ne correspondraient pas à la bonne échéance électorale: "Combien de conseillers métropolitains lyonnais il y a au Conseil métropolitain? Ils sont 55, c’est un tiers de la métropole. À quel moment vous vous dites qu’un maire de Lyon ne doit pas faire des propositions qui sont et lyonnaises et métropolitaines?"
Enfin, concernant la capacité de Jean-Michel Aulas à exercer des responsabilités politiques, c'est Pierre Oliver qui répond, jugeant que le tout frais candidat "a appris hyper vite" à se glisser dans son nouveau costume. Et de développer:
"Bernard Lacombe (ancien joueur et dirigeant de l'OL, décédé le 17 juin dernier NDLR) disait que Jean-Michel Aulas ne connaissait pas bien le foot au départ. Ensuite, il s'est entouré de gens qui connaissent bien le milieu et est devenu un spécialiste. C'est un peu ce qui se passe actuellement: il a compris qu'il fallait mouiller le maillot pour que l'on soit uni et que l'on avait besoin d'une personnalité rassurante."
De là à confirmer dans les prochaines semaines l’embellie de ce mois d’octobre? Un adage footballistique appelle à "prendre les matchs les uns après les autres". Le nouveau championnat de "JMA" commence à peine.












