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"Ça fait partie du folklore que d'avoir Patrick Balkany qui débarque": malgré son inéligibilité, l’ombre de l’ancien maire de Levallois plane sur la campagne des municipales

BFM Marie-Pierre Bourgeois
Patrick Balkany à Paris le 15 juin 2023

Patrick Balkany à Paris le 15 juin 2023 - (Matthieu Mirville / DPPI via AFP)

L'ancien maire de Levallois-Perret a beau ne pas pouvoir se représenter, il compte toujours présenter une liste aux municipales en mars prochain. Mais l'affaire tourne au vaudeville depuis que le candidat qu'il avait intronisé a dû lâcher l'éponge pour une histoire d'addition au restaurant qu'il n'avait pas réglée.

Comment continuer à diriger une ville quand la justice vous a déclaré inéligible? Sur le papier, c'est mission impossible. Mais pour Patrick Balkany qui n'avait déjà pas pu se présenter en 2020 lors des dernières municipales, tout comme son épouse Isabelle Balkany très longtemps maire-adjointe, c'est tout à fait envisageable.

Direction Levallois-Perret donc, à l'ouest de Paris pour trouver le mode d'emploi. Après avoir échoué en novembre dernier à obtenir par la justice la levée de son inéligibilité qui lui aurait permis de se présenter aux municipales en mars, l'ex-maire de cette coquette ville a fait la tournée des popottes.

"Trouver un pantin"

Son objectif: trouver un candidat qui accepterait de s'afficher à ses côtés sur une liste intitulée "Génération Balkany" et qui lui permettrait en cas de victoire de faire son retour à l'hôtel de ville.

"Son but est assez clair: trouver un pantin qui gagne l'élection et qui lui donne derrière un poste de conseiller spécial. Ce n'est pas un mandat donc c'est légal. Et si le maire est faible, vous pouvez en faire bien des choses", décrypte un élu municipal.

Mais le casting n'est pas si évident pour celui qui a régné sur Levallois-Perret près de trois décennies et qui vit désormais à Giverny. Qui a encore envie de s'afficher aux côtés de celui qui, certes a transformé cet ancien bastion communiste en ville chic de l'ouest parisien, mais qui a depuis vu son CV terni par la justice?

L'ancien édile est en liberté conditionnelle après avoir été condamné à quatre ans et demi de prison pour fraude fiscale pour avoir caché au fisc 13 millions d'euros d'avoirs et notamment deux fastueuses villas dans les Caraïbes et au Maroc. Patrick Balkany attend par ailleurs son procès pour détournement de fonds publics, prévu en février.

"Il a eu du mal à trouver et son choix s'est arrêté sur un inconnu que personne ne connaît. Il n'a pas d'autre façon pour lui de revenir alors qu'il n'a jamais digéré d'être écarté par la justice", observe le sénateur LR des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi.

Note au restaurant impayée

Et voilà Jérôme Gauliard, un entrepreneur qui ne vit plus à Levallois depuis des années accepter de s'engager aux côtés de Patrick Balkany. Tout est prêt pour lancer la campagne: des autocollants "Jérôme Gauliard, Levallois is back" sont apposés sur des vitrines de la ville, un local de campagne est inauguré.

A la sortie de la salle d'audience après la confirmation de son inéligibilité en novembre dernier, Patrick Balkany présentait Jérôme Gaulliard comme son "militant de la première heure". Un homme qu'il connaît "depuis fort longtemps" et qu'il souhaite pousser jusqu'à la victoire.

En campagne, l'ancien maire, resté très proche de l'ex-président Nicolas Sarkozy, tracte au marché de Levallois le dimanche à ses côtés. Avec un dress code tout trouvé au cas où des habitants ne prendraient pas la peine de s'arrêter: des écharpes blanches nouées autour du coup de Patrick Balkany et de Jérôme Gauliard, tout sourire.

Rapidement, de premières tensions apparaissent et le duo a du plomb dans l'aile. Mais c'est dimanche dernier que tout bascule en plein milieu d'un étal de pommes et d'un stand de volailles. Voilà un restaurateur de Levallois qui se présente pour réclamer au candidat le paiement d'une facture de 2.500 euros pour son dîner de fiançailles en novembre dernier.

"Des méthodes de voyou"

L'échange tourne au vinaigre et la police municipale doit intervenir sous l'œil médusé des passants et de l'équipe de campagne "Génération Balkany".

"Ce qui s’est passé dimanche est une embuscade pour m’humilier devant mes filles et ma fiancée. Ce sont des méthodes de voyou de l’équipe Balkany", se défend Jérôme Gauliard dans un long post Facebook.

"J’ai fait le choix de ne plus être le pantin de Balkany et dès lors j’ai été la cible d’une campagne odieuse sur les réseaux sociaux. Ils étaient persuadés que j'allais abandonner", souffle le candidat auprès du Parisien.

Bref, le désormais ex-ami de l'ancien maire jette l'éponge, portant plainte au passage pour "agression verbale". Charge désormais à Patrick Balkany de lui trouver un remplaçant. C'est chose faite avec l'entrée dans la danse de Mounia Inoughi. Exit l'écharpe blanche, voilà désormais une étole rose pour habiller le cou des deux colistiers.

Une atmosphère à couteaux tirés presque classique

L'histoire a des airs de déjà-vu. En 2020, un scénario assez proche a eu lieu avec sa directrice de cabinet. Dans l'incapacité de se présenter à nouveau devant les Levalloisiens après sa condamnation, Patrick Balkany pousse alors la candidature d'Agnès Pottier-Dumas.

Avec un certain succès: sa lieutenante parvient largement se qualifier au second tour. Mais une petite phrase met le feu aux poudres. Sur France 3, l'ancienne protégée de Patrick Balkany assure que lui et son épouse Isabelle "n'auront plus aucun rôle à la mairie de Levallois".

De quoi profondément agacer son ex-patron qui sort le bazooka dans un post Facebook.

"C’est aujourd’hui l’anniversaire d’Agnès Pottier-Dumas, je propose que nous nous cotisions pour lui offrir un aller simple pour Oulan-Bator, la très belle capitale de la Mongolie où je suis certain qu’elle se plaira énormément", lance-t-il à la veille du second tour.

"Surfer sur la nostalgie"

La manœuvre n'empêche cependant pas l'ancienne protégée du couple Balkany de largement l'emporter. La maire est repartie au combat à nouveau cette année, soutenue notamment par la droite.

Preuve cependant que l'ancien édile garde ses entrées dans l'entourage de l'actuelle locataire de l'hôtel de ville: deux de ses adjoints ont été vus en train de prendre un café avec Patrick Balkany, avant de se voir écarter de la majorité municipale après une réunion montée en urgence.

Mais le sulfureux septuagénaire peut-il vraiment cette fois-ci faire perdre Agnès Pottier-Dumas et faire son retour à la mairie comme conseiller spécial à la faveur de sa nouvelle candidate Mounia Inoughi? Sur le terrain, pas grand-monde n'y croit, à commencer par la députée Renaissance Céline Calvez.

"Ça fait partie du folklore levalloisien que d'avoir Patrick Balkany qui débarque, mais les habitants ont tourné la page de cette époque", veut croire la députée Renaissance Céline Calves.

En dehors de son CV judiciaire, l'ancien maire a un vrai handicap: celui du renouvellement de la population. À Levallois-Perret, près de 10% de la population arrive ou s'en va chaque année. Concrètement, cela signifie qu'une grande partie des habitants actuels de la ville n'a jamais connu Patrick Balkany en tant que maire.

"Beaucoup d'habitants ne le connaissent que par ses condamnations. Et franchement, ce n'est pas un projet municipal que de surfer sur la nostalgie", tance de son côté Baptiste Nouguier, candidat de la gauche dans la commune.

Le constat est partagé par Lies Messatfa, le candidat Renaissance qui appelle à ce que "les habitants aient le droit à une vraie campagne municipale, sur les enjeux de leur vie quotidienne".

Dernier obstacle sur la route pour espérer revenir dans le jeu: parvenir avec sa nouvelle protégée à recruter une cinquantaine de candidats pour boucler sa liste aux municipales. Est-ce que Mounia Inoughi arrivera vraiment à avoir autant de monde lors du dépôt des candidatures en préfecture en février? "J'en doute", lâche le sénateur LR Roger Karoutchi.

En attendant, les anciens colistiers de l'éphémère poulain de Patrick Balkany Jérôme Gauliard, ne lâchent pas l'éponge. Ils ont déjà trouvé un nouveau candidat, Alain Uzan et se présentent sous l'étiquette Vivre ensemble à Levallois.