Festival d'Angoulême: Rachida Dati se dit prête à accorder une "subvention exceptionnelle" de 200.000 euros
La ministre de la Culture Rachida Dati à la sortie du Conseil des ministres à l'Elysée, le 29 octobre 2025 à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP
Le festival international de la bande-dessinée d'Angoulême se tiendra-t-il en 2026? Dimanche 23 novembre, dans un entretien à Ouest-France, Rachida Dati a annoncé qu'elle pourrait rétablir une subvention exceptionnelle de 200.000 euros au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, qu'elle avait supprimée pour l'édition 2025. Une déclaration qui intervient en pleine crise existentielle pour le rendez-vous charentais, prévu du 29 janvier au 1er février 2026.
Le FIBD traverse la plus grave crise de son histoire. À l'initiative de la bédéiste Anouk Richard (Grand Prix 2025), des autrices et auteurs de BD, des syndicats et des maisons d'édition ont appelé au boycott de la prochaine édition. Les grands éditeurs comme Dargaud, Dupuis, Le Lombard et Casterman ont également annoncé leur retrait, suivis par 285 autrices signataires d'une tribune dans L'Humanité, dont Pénélope Bagieu, Nine Antico et Chloe Wary. Un contexte rendant sa tenue hautement improbable.
Au cœur de la tempête, se situe 9e Art+. La société, organisatrice du festival depuis 2007, avait été accusée d'opacité financière et de dérives mercantiles. La subvention exceptionnelle, accordée depuis 2022, avait d'ailleurs été supprimée "compte tenu des manquements aux obligations de transparence constatés", selon l'entourage de la Ministre. Dans son entretien à Ouest-France, celle-ci a de nouveau insisté sur sa "responsabilité de veiller à une utilisation contrôlée des deniers publics".
Mais c'est une autre affaire, plus grave encore, qui avait suscité la controverse. Selon les révélations de L'Humanité, en 2024, une salariée a été licenciée après avoir porté plainte pour un viol survenu en marge du festival. Son directeur, Franck Bondoux, s'est alors mis en retrait, et la société a finalement été écartée de l'organisation de l'événement.
Jeudi 20 novembre, les financeurs publics ont demandé aux organisateurs de renoncer à l'édition 2026, estimant son maintien difficile sans les éditeurs et les auteurs. Le maire d'Angoulême Xavier Bonnefont, cité par l'AFP, a été clair: "Ce sont les auteurs et autrices avec leurs maisons d'édition qui font le festival. Sans eux et sans festivaliers, pas de festival et sans festival, pas de subvention publique."
Un événement incontournable
Pour la ministre de la Culture, les conditions sont claires. "Le festival doit être reconstruit avec les auteurs et les éditeurs et une gestion et une gouvernance renouvelées", explique-t-elle à Ouest-France.
Rachida Dati rappelle l'importance du festival "incontournable", "structurant pour la région" et jouant "un rôle essentiel dans l'accès à la lecture, en incluant les écoles". Un argument qui fait écho aux inquiétudes régionales, puisque les subventions publiques représentent près de la moitié du budget du festival, évalué à 6,6 millions d'euros en 2023.
Cette annonce intervient après la prise de position de la Ministre de la Culture à l'Assemblée nationale, où elle avait déclaré avoir réduit "de plus de 60 %" les subventions à l'association du festival en 2025, faisant référence aux 200.000 euros non versés pour l'édition 2025. L'État a néanmoins continué de contribuer par le biais d'autres canaux : 140.000 euros de la Direction régionale des affaires culturelles, 200.000 euros du Centre national du Livre et 40.000 euros du Fonds national d'aménagement du territoire.
Avant cette déclaration, l'intersyndicale avait jugé qu'une assemblée générale de refondation "ne (pouvait) décemment pas être tenue au mois de janvier 2026 pendant un festival sous boycott". Nul ne sait si cette subvention pourrait accélérer le changement complet de la gouvernance du FIBD. L'événement, qui attire chaque année plus de 200.000 visiteurs, pourrait connaître une année blanche.












