"On ne peut pas faire pire": l’arrivée de Shein au BHV fait entrer les candidats à la mairie de Paris dans l’arène des municipales
Une pancarte devant le BHV Marais le jour de l'ouverture de la boutique Shein le 5 novembre 2025 - JEROME GILLES / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Tous contre Shein. Ce mercredi matin, la gauche parisienne s'affiche vent debout contre l'ouverture d'une boutique Shein de plus de 1.000m² au BHV en plein Marais, l'un des quartiers les plus chics de la capitale et pile en face de l'Hôtel de ville.
L'adresse est prestigieuse et donne le sourire au patron de cette marque de vêtements qui produit en Chine des centaines de nouveaux modèles tous les jours à très bas coût. La preuve en image: sur la devanture de la boutique, un temps bazar où l'on trouvait de tout et devenu désormais le repère des marques de luxe, le patron du BHV s'affiche tout sourire en photo avec Donald Tang, le président exécutif de l'entreprise de prêt-à-porter.
Banderoles, clients qui trépignent et policiers
A quelques pas, une banderole "Non à Shein" se déploie sur l'une des fenêtres de la mairie, tout près du bureau de la maire Anne Hidalgo, en déplacement au Brésil. À quatre mois des municipales, impossible donc pour les candidats de ne pas descendre dans l'arène, ouvrant au passage officiellement la campagne des municipales.
D'un côté, le socialiste Emmanuel Grégoire et le communiste Ian Brossat, tous deux dans les starting-blocks pour remplacer l'édile. Les deux hommes ont beau être concurrents sur le papier, ils se connaissent très bien pour avoir longtemps été membres de la même équipe municipale.
De quoi leur permettre de s'afficher bras dessus, bras dessous pour dénoncer la marque d'ultra-fast fashion aux conséquences environnementales délétères, considérée aujourd'hui comme la plus polluante de toutes les marques de vêtements. Le secteur de la mode est responsable d'environ 5% des émissions de gaz à effet de serre.
"Shein incarne ce que le capitalisme a produit de pire en termes d’exploitation, de pollution. On ne peut pas faire pire. Accepter son arrivée au BHV, c’est renier toutes nos valeurs", lance Ian Brossat, coincé entre des clients impatients et des policiers présents en nombre pour éviter les débordements.
"Payer un t-shirt à 2 euros, c'est payer la destruction de milliers de vies humaines et de notre planète", juge encore Emmanuel Grégoire.
"Complicité des macronistes"
Cette ouverture, dans les tuyaux depuis des semaines, intervient en plein scandale pour le géant chinois. À la réputation déjà abîmée, entre recours à des sous-traitants soumis à des conditions de travail déplorables en Chine et des produits jugés parfois dangereux par le ministère de l'Économie, la plateforme est désormais accusée d'avoir vendu sur son site des poupées sexuelles d'apparence enfantine.
Le parquet de Paris, saisi par des signalements de la Répression des fraudes a confié dans la foulée une enquête à l'Office des mineurs. Le matin même, un député a aussi saisi la procureure de Paris pour des ventes d'armes de catégorie A sur la plateforme Shein. Autant dire que son installation au BHV Marais ne pouvait que mal passer.
Quelques poignées de minutes après la prise de parole d'Emmanuel Grégoire et de Ian Brossat, c'est ainsi au tour de David Belliard d'entrer dans la danse. Lui aussi candidat pour la mairie de Paris, cet adjoint d'Anne Hidalgo tape très fort.
"C'est une entreprise dangereuse qui bénéficie d'une certaine complaisance et d'une certaine complicité des macronistes", tance-t-il.
Dans le viseur de David Belliard, on trouve notamment l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. L'ex-locataire de la place Beauvau entre 2018 et 2020 a été pendant quelques mois conseiller "Responsabilité sociale et environnementale du groupe de fast-fashion".
Sa nomination, avait eu lieu alors qu'une proposition de loi pour lutter contre le secteur de la mode très éphémère devait arriver au Sénat après son adoption à l'Assemblée.
Le texte qui vise à réduire la pollution du secteur a finalement été adopté après des mois d'attente et malgré une forte mobilisation du secteur de la fast fashion, farouchement opposée à toute nouvelle réglementation. La proposition de loi reste cependant toujours en attente d'une commission mixte paritaire pour trouver un accord final et son éventuelle application.
Anne Hidalgo dans le viseur de Rachida Dati
A droite, Rachida Dati qui a commencé sa campagne pour la mairie de Paris, n'est pas présente ce mercredi devant le BHV. Mais la polémique autour de l'ouverture de la boutique Shein, est bien arrivée jusqu'à la ministre de la Culture. Dans le viseur de la maire du 7e arrondissement: Anne Hidalgo.
"À force de les avoir délaissés et de leur ajouter toujours plus de contraintes, la municipalité a fragilisé notre tissu d'artisans et de commerçants à Paris, au profit des plateformes en ligne", a-t-elle regretté sur Sud radio avant l'ouverture de la boutique. Et tant pis si la mairie de Paris n'a aucune compétence pour interdire au BHV, une société privée appartenant au groupe Société des Grands Magasins, l'installation de Shein.
Haro contre Shein
Dernier candidat pour la capitale en embuscade: Pierre-Yves Bournazel. Méconnu du grand public et désormais officiellement candidat investi par Renaissance, ce conseiller de Paris très proche d'Édouard Philippe, s'est vu prêter main forte par des militants d'Horizons.
Entre quelques pancartes "Tee-shirt à 3 euros, planète en lambeaux. Le BHV vend du rêve fabriqué dans la misère", le candidat macroniste-Horizons a appelé à ce que Paris, "capitale mondiale de la mode" ne devienne pas "la vitrine du modèle anti-éthique Shein". "Paris n'aurait dû accepter Shein", martèle-t-il dans une vidéo tournée devant le grand magasin.
L'arrivée du géant chinois peut-elle vraiment jouer un rôle dans la bataille de Paris? Le calcul semble peu probable tant la marque fait politiquement l'unanimité contre elle. Des députés de tout bord ont annoncé ce mercredi le dépôt d'une proposition transpartisane de résolution européenne pour demander à Bruxelles et au gouvernement français d'être plus sévères vis-à-vis de Shein.
Le geste semble surtout symbolique. Une proposition de résolution européenne n'a aucune valeur contraignante. Le Premier ministre en est manifestement conscient. Sébastien Lecornu a ainsi annoncé ce mercredi après-midi engager une procédure de "suspension" de la plateforme Shein "le temps nécessaire pour que la plateforme démontre aux pouvoirs publics que l’ensemble de ses contenus soient enfin en conformité avec nos lois et règlements".
Une procédure proche avait été suivie à l'automne 2021 pour le site américain Wish. Pointée du doigt pour ses produits dangereux, la plateforme n'apparaît plus dans les résultats des moteurs de recherches en ligne.
En attendant, Shein est devenue en janvier dernier l'enseigne de mode où les Français ont le plus dépensé, talonné par Vinted, Kiabi, Intersport et Zara. La marque a prévu d'ouvrir le 18 novembre cinq autres boutiques à Grenoble, Reims, Dijon, Limoges et Angers.











