"C'est pire qu'avant le cyclone": à Mayotte, la population toujours démunie un an après le passage de Chido

"On est dans l'urgence, mais on a l'impression que cela devient une habitude", se désole un Mahorais. Un an après le passage du cyclone Chido, la reconstruction de Mayotte est longue. L'eau potable manque et les épidémies menacent les habitants. Moumini Ridjali, facilitateur santé pour l'association Horizons, distribue quelques bouteilles, des pastilles de purification de l'eau et sensiblise les Mahorais d'un quartier populaire sur la leptospirose et la dingue.
Christian Causse, membre du bureau du Secours Populaire, s'est rendu quatre fois à Mayotte depuis le cyclone. "C'était un spectacle de désolation", se rappelle-t-il des bidonvilles après la catastrophe. "Il y avait des cabanes en bois et en tôle" et les habitants dorment encore aujourd'hui "à même le sol". Dès "qu'il pleut, ils sont dans la boue", regrette Christian Causse.
"Des familles se partageaient une cuillère de riz pour un simple repas", décrit le bénévole du Secours Populaire.
En plus d'un manque cruel de nourriture, il était parfois impossible de se procurer de l'eau. "Les habitants allaient chercher de l'eau dans les rivières en traversant les propriétés de certains agriculteurs, qui les chassaient pour ne pas qu'ils y aillent", ajoute Christian Causse. "Quand on met des populations en situation de famine, on rend ces publics très vulnérables et très vindicatifs, donc il faut être prudent", pointe-t-il.
"On galère ici"
D'autres besoins matériels manquent à la population. "On a besoin de matelas et de lits car certains dorment sur des lattes par terre", explique Moumini Ridjali. "Malheureusement, on ne peut pas apporter grand chose. On apporte ce que l'on peut. Cela nous fait mal au coeur de voir ces gens vivre dans des conditions difficiles. C'est pire qu'avant le cyclone", poursuit-il.
Brahim, habitant d'un bidonville, partage le même désarroi: "On ne trouve pas à manger, on galère ici".
Deux jours par semaine, une rampe d'eau s'ouvre à l'entrée d'un quartier mahorais. Un peu plus loin, une fontaine payante nécessite une carte qu'il faut recharger. Un filet d'eau non-potable coule de cette même fontaine. Pour la boire, les habitants doivent donc utiliser des pastilles de purification ou des filtres. "Cette eau sert principalement pour la douche", renseigne Christian Causse. "Quand on boit l'eau du robinet, cela donne des diarrhées ou des vomissements", témoigne cette mère de famille, qui préfère acheter de l'eau en magasin pour la donner à ses enfants. "On n'a pas le choix", dit-elle.
Installation prochaine d'une pompe à eau?
Derrière l'un des bidonvilles, une décharge s'est implantée. Problème: à chaque fois que la pluie tombe, l'eau de cette montagne de déchets se déverse vers les maisons et s'infiltre sous la terre. "Les habitants risquent donc aussi d'attraper des maladies", avertit Moumini Ridjali. Pour lutter contre la malpropreté de l'eau, l'équipe du Secours Populaire présente sur place à Mayotte réfléchit à fournir une pompe qui permettrait de nettoyer jusqu'à 150 litres d'eau par jour.
"Un engagement de l'État va permettre à tout le monde d'avoir accès à l'eau en 2027. Ce sont 730 millions d'euros qui sont investis. On a pris les choses en main. Cinq mois après Chido, une usine de dessalement a vu le jour", s'est défendue Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, auprès de BFM.












