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Pas de peine de mort: le manifestant iranien Erfan Soltani, devenu un symbole de la contestation, échappe à l'exécution après son arrestation

BFM Antoine Fernandez avec Orlane Edouard avec AFP
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Trois semaines après le début des manifestations en Iran, Erfan Soltani, 26 ans, est devenu le symbole de la révolte iranienne. Arrêté par le régime, il a été condamné à mort avant finalement que cette peine ne soit suspendue.

Il est devenu l'un des visages de la révolte iranienne. Erfan Soltani, 26 ans, propriétaire d'un magasin de vêtements en Iran, aurait dû être pendu ce mercredi 14 janvier. Son crime: avoir participé aux manifestations d'ampleur qui secouent l'Iran depuis fin décembre.

Sans procès, ni avocat, il a été le premier à être condamné à mort par le régime, avant finalement de bénéficier d'un sursis. Face aux réactions internationales, le régime iranien a visiblement choisi de se rétracter, au moins temporairement, comme l'a annoncé son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans une interview à la chaîne américaine Fox News: il n'y aura "pas de pendaison aujourd'hui (mercredi) ou demain (jeudi)".

L'Iran nie toute condamnation à mort

Dans la continuité de ces déclarations, le pouvoir iranien a démenti, ce jeudi, qu'Erfan Soltani ait été condamné à mort et puisse être exécuté, comme le craignaient Washington et des organisations de défense des droits de l'homme. Arrêté le 10 janvier, Erfan Soltani est actuellement incarcéré à la prison de Karaj, près de Téhéran où il est accusé par le pouvoir judiciaire de "rassemblements contre la sécurité nationale" et de "propagande contre le système".

"S'il est reconnu coupable il sera condamné à une peine de prison, car la loi ne prévoit pas la peine capitale pour ces chefs d'accusation", a déclaré l'agence du pouvoir judiciaire, Mizan online.

En parallèle, pourtant, le parquet iranien a affirmé ce mercredi qu'un nombre indéterminé de manifestants seraient poursuivis pour "moharebeh" (guerre contre Dieu, en persan), l'un des chefs d'accusation les plus graves en Iran, passible de la peine de mort.

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Lors de la dernière grande vague de manifestations entre 2022 et 2023, 12 personnes avaient été exécutées par le régime, selon l'organisation Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. 12 autres condamnés ont été exécutés pour espionnage au profit d'Israël, depuis la guerre de juin opposant les deux pays ennemis.

La répression en Iran étant actuellement vive, l'IHR a dit craindre que la théocratie chiite "cherche à organiser des procès rapides sans respecter les garanties d'un procès équitable pour les manifestants détenus", évoquant notamment le cas d'Erfan Soltani.

Plus de 3.000 manifestants tués et 10.000 arrêtés

Les images des manifestations à travers Iran se font rares depuis la coupure d'Internet par les autorités le 8 janvier dernier. Il est également difficile d'estimer précisément le nombre de victimes de la répression qui sévit dans le pays. Selon le dernier bilan de l'Iran Human Rights, au moins 3.428 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement. "Ce chiffre est un minimum absolu", avertit l'organisation, qui fait aussi état de plus de 10.000 arrestations.

De son côté, le chef de la diplomatie iranienne affirme que "le calme règne" à présent dans le pays et que les autorités ont le "contrôle total" de la situation. Si le ministre iranien a dit que Téhéran était ouvert à la diplomatie, d'autres responsables ont en revanche durci le ton ce mercredi.

Le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, a en effet affirmé que l'Iran serait prêt à riposter "de manière décisive" à toute attaque, après des menaces répétées par les États-Unis d'intervention militaire. Le Conseil de sécurité des Nations unies prévoit de se réunir jeudi, à la demande des États-Unis, pour "un briefing sur la situation en Iran", selon sa présidence.