"Corps empilés", "zone de guerre"... De premiers témoignages en Iran racontent la "terreur" régnant dans le pays

"La vie est paralysée, personne ne va bien". Sept jours sans Internet et des témoignages toujours rares. L'Iran fait face à d'importantes manifestations aux quatre coins du pays ces dernières semaines, faisant naître l'hypothèse d'un renversement du régime des mollahs établi avec la République islamique en 1979.
Depuis le 28 décembre, au moins 734 personnes ont été tuées dans les manifestations, selon un bilan de l'ONG Iran Human Rights qui estime que le nombre de morts reste incertain et pourrait s'élever à plusieurs milliers de personnes. Des rapports font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.
De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne, mais aussi au centre médico-légal de Kahrizak à Téhéran. "Mon ami s'est rendu là-bas (à Kahrizak, NDLR) pour rechercher son frère, et il en a oublié son propre chagrin", a déclaré lundi un militant à BBC Persian.
"Ils ont empilé les corps provenant de tous les quartiers, comme Saadatabad, Naziabad, Sattarkhan. Vous vous rendez donc à l'endroit où se trouve votre pile et vous y effectuez vos recherches. Vous n'avez aucune idée du niveau de violence qui a été utilisé", relate ce dernier.
Des vidéos et témoignages souvent inaccessibles pour le peuple iranien, victime d'une coupure Internet. "Beaucoup d'images de morgues ont pu être affichées, les Iraniens ne sont pas au courant lorsqu'ils sont sur place", expliquait ce mardi Kevan Gafaïti, professeur franco-iranien et fondateur de l'Institut des relations internationales et de géopolitique, qui a passé les trois dernières semaines à Téhéran, sur Radio-Canada.
"Tout est brûlé par le feu"
Dans des propos relatés auprès d'IranWire et relayés par le média américain CNN, un docteur iranien, ayant depuis quitté le pays et souhaitant rester anonyme par sécurité, raconte ce qu'il a vécu dans le pays depuis le début des manifestations. "J'ai été témoin de ce que l'on appelle en médecine un 'incident impliquant de nombreuses victimes'. C'est lorsque votre potentiel et vos installations pour fournir des services sont inférieurs au nombre de patients".
Selon lui, la situation à l'hôpital "s'est effondrée" le 8 janvier lorsque Internet a été coupé et que le maintien de l'ordre a pris une tournure beaucoup plus violente. "C'était comme si un ordre avait été donné: 'Utilisez des balles réelles maintenant'", relate ce dernier.
"Vendredi soir, on entendait des rafales, mais pas celles d'une kalachnikov. J'entendais les rafales d'une Dushka (mitrailleuse lourde, NDLR)", explique le médecin.
Kevan Gafaïti évoque également auprès de Radio-Canada des "coups de feu de manière assez régulière". Le professeur à Sciences Po Paris dit avoir vu "énormément de personnes dans l'espace public (...), c'était noir de monde. J'ai vu une jeune adolescente sans voile qui a crié 'Mort au dictateur'", continue-t-il.
"Tout le monde est prisonnier de la terreur"
Le professeur Shahram Kordasti, oncologue iranien basé à Londres, a confié également ce mardi auprès de la BBC avoir reçu des messages de confrères à Téhéran. "Dans la plupart des hôpitaux, c'est comme une zone de guerre. Nous manquons de fournitures, nous manquons de sang", détaillaient-ils.
La chaîne de télévision britannique évoque également le récit d'un habitant de Rasht, près de la côte de la mer Caspienne, dans lequel il décrit une ville où "tout est brûlé par le feu".
Alors que pour plusieurs ONG, la crainte du réel bilan de ces manifestations se chiffrerait en milliers de victimes, l'attente des familles en France devient insoutenable. "On ne peut pas parler normalement. J'ai (eu) des militants, on se parle par code. Pour l'instant je n'ai pas pu avoir les membres de ma famille, on me demande de ne pas appeler. C'est la terreur totale", confie ce mercredi Fariba Hachtroudi, journaliste et écrivaine iranienne sur BFMTV.
D'autant que, depuis la fin de la semaine dernière, les nouvelles sont encore plus sombres. "Vendredi soir, tous les lits étaient occupés. La plupart des patients avaient des blessures par balle", témoigne un médecin iranien souhaitant rester anonyme auprès de CNN.
"Même l'espoir diffusé à l'étranger n'existe pas en Iran. Tout le monde est prisonnier de la terreur, de l'impuissance et juste d'une lueur d'espoir", poursuit-il.
Donald Trump a assuré que les États-Unis agiraient "de manière très forte" si les autorités iraniennes commençaient à exécuter des personnes arrêtées lors des manifestations. Selon la diplomatie américaine, une première exécution est prévue dès ce mercredi, celle d'Erfan Soltani, 26 ans.











