Maisons barricadées, sacs de vivres, mises à l'abri... Comment la Jamaïque s'est préparée à affronter l'ouragan Melissa

"Ne sortez pas", insiste le centre américain des ouragans (NHC). L'ouragan Melissa, de catégorie 5, la plus élevée, doit toucher terre ce mardi 28 octobre en Jamaïque. Le NHC anticipe des bourrasques "potentiellement mortelles", des inondations et des ravages d'une ampleur comparable à ceux causés par les ouragans Maria en 2017 ou Katrina en 2005, à Porto Rico et à La Nouvelle-Orléans. Actuellement, les vents soufflent jusqu'à 280 kilomètres par heure.
Selon les autorités locales lundi, trois personnes ont trouvé la mort en Jamaïque alors qu'elles se préparaient à l'arrivée de l'ouragan, en coupant des branches et en travaillant sur des échelles. Depuis plusieurs jours, c'est en effet toute la Jamaïque qui se prépare comme elle peut au déferlement redouté.
Tôle, blocs de ciment, sac de vivres...
Propriétaire d'une école de surf et chef d'un restaurant sur une plage de Bull Bay, à une vingtaine de kilomètres de Kingston, Ishack Wilmot a préféré rejoindre sa famille dans la capitale au cas où "le pire des scénarios" se produirait. De la colline où il se trouve, "normalement, je peux voir jusqu'à l'horizon. Mais là, je ne vois même pas le port. Tout est gris", décrit-il.
À Flagaman, dans le sud de l'île, Enrico Coke a ouvert les portes de son magasin pour abriter ceux qui en ont besoin.
"On a tout ce qu'il faut ici: à manger, à boire, du savon, du dentifrice... Alors on laisse tout le monde venir", explique-t-il, "inquiet pour ceux qui n'ont pas d'endroit où être hébergés".
"Je suis inquiet pour les agriculteurs et les pêcheurs qui vont souffrir après", anticipe Enrico Coke. "On aura besoin d'aide le plus vite possible. Surtout de l'eau pour les gens".

Usain Bolt, l'icône jamaïcaine du sprint, prie pour son île et a diffusé sur les réseaux sociaux la liste des numéros d'urgence par région.
Lisa, une Française installée dans le pays caribéen depuis un an et demi avec son mari jamaïcain, se dit "stressée" et "impatiente" au micro de BFMTV. "On est impatients que ça passe parce que ça fait des jours maintenant qu'on nous dit que cet ouragan va arriver, qu'on se prépare", souligne-t-elle.
Le couple a protégé ses vitres avec de la tôle et "beaucoup de scotch" ainsi que des sacs plastiques "pour ne pas que l'eau s'infiltre". "On a mis des blocs de ciment devant la porte pour ne pas que l'inondation déborde dans la maison. On a éloigné nos lits des fenêtres, on a chargé nos téléphones, nos batteries. On a préparé un sac à manger au cas où il faut partir vite, un sac de secours également", détaille la Bretonne.
Autour d'elle, les Jamaïcains "ne sont pas réellement stressés". "Je pense qu'il n'y a pas une prise de conscience face à cette réalité", indique Lisa.
"Évacuer? Non, non. Depuis que je connais des ouragans, je n'ai jamais quitté cet endroit. Ce n'est pas différent avec celui-ci. Même s'il était de catégorie , je ne bougerais pas", affirme Roy Brown, plombier-carreleur, bien que l'échelle de Saffir-Simpson s'arrête à la catégorie 5.
Des étudiants relogés
Deux étudiants bordelais en échange universitaire à Kingston ont quant à eux été relogés "dans des chambres avec des volets anti-ouragan" il y a quelques jours. "Assez tôt pour avoir le temps de déménager dans de bonnes conditions et d'apporter nos vivres", explique l'étudiante Manon Gary. Des matelas sont installés à même le sol et des packs d'eau stockés.

Les zoos aussi se préparent à l'ouragan. Flamants roses, tortues, autruches: Joey Brown et son équipe se sont employés à mettre à l'abri le millier et demi d'animaux du Hope Zoo, situé dans l'est de Kingston. "Derniers repas et contrôles des animaux faits", a annoncé le conservateur du zoo lundi après-midi, en prévenant qu'il risquait de "perdre électricité et moyens de communication bientôt".
Sur les images qu'il partage sur les réseaux sociaux, des flamants roses séjournent entre lavabos et urinoirs, cinq chiens de tous poils voisinent sur le tapis d'un salon, et des cages protégeant perroquets et perruches s'entassent dans une pièce calfeutrée. "Préparer un zoo pour probablement le pire ouragan à frapper la Jamaïque est épuisant et stressant", écrit-il.
"Même s'il était de catégorie 6, je ne bougerais pas"
L'île caribéenne connaît déjà des "pluies torrentielles", raconte Jamal Peters, réceptionniste du Grand Hotel Excelsior à Port Royal, petite ville historique nichée à l'extrémité de l'étroite presqu'île qui fait face à la capitale Kingston. Dans l'hôtel de bord de mer où il travaille, des arbres ont été élagués, les hôtes encore présents ont migré vers les étages supérieurs pour se protéger d'inondations potentielles, et les bateaux de la marina ont été déplacés.
Toutefois, sur ce cordon de terre, où est construit l'aéroport international fermé depuis samedi, ni le danger imminent ni les ordres d'évacuation ne font fuir les habitants.
"Évacuer? Non, non. Depuis que je connais des ouragans, je n'ai jamais quitté cet endroit. Ce n'est pas différent avec celui-ci. Même s'il était de catégorie 6, je ne bougerais pas", affirme Roy Brown, plombier-carreleur, bien que l'échelle de Saffir-Simpson s'arrête à la catégorie 5.
Pêcheuse installée à Port Royal depuis une trentaine d'années, Jennifer Ramdial "ne veut tout simplement pas partir" et avance les mauvaises conditions dans les abris. "Au moment de l'ouragan Beryl l'année dernière, beaucoup de gens sont restés chez eux", confirme Jamal Peters. "Les Jamaïcains ne sont pas du genre à quitter leurs maisons. Ils préfèrent rester, et si une fenêtre est soufflée ou quelque chose comme ça, ils sont là pour essayer de trouver une solution".
Des glissements de terrain sur des espaces où sont installées de nombreuses installations précaires sont redoutées. "Je ne pense pas qu'une seule infrastructure de cette région puisse résister à un ouragan de catégorie 5, donc il pourrait y avoir d'importantes destructions", adéclaré sur CNN le Premier ministre Andrew Holness, appelant les habitants à évacuer les zones les plus à risques.
S'il ne perd pas en intensité, il s'agira du plus puissant ouragan à toucher terre en Jamaïque depuis le début des suivis météorologiques.













