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"Ils sont restés un peu en retrait": les propos de Donald Trump sur les troupes de l'Otan en Afghanistan suscitent l'indignation de plusieurs pays, dont la France

BFM François Blanchard avec AFP
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Le monde selon Trump
Le président américain juge que ses partenaires de l'Otan sont "restés un peu en retrait" lors des opérations en Afghanistan consécutives au 11-Septembre. Des centaines de soldats britanniques, canadiens ou encore français ont pourtant perdu la vie en venant au soutien des États-Unis.

"Insulte", "dénigrement". Des propos de Donald Trump affirmant que les alliés de l'Otan étaient "restés un peu loin des lignes de front" en Afghanistan ont suscité depuis vendredi 23 janvier des réactions indignées, en particulier au Royaume-Uni mais aussi en France et en Pologne.

Dans une interview jeudi à la chaîne américaine Fox News, Trump a critiqué le rôle des autres pays membres de l'Otan, assurant que les États-Unis n'ont "jamais eu besoin d'eux".

"Ils diront qu'ils ont envoyé des troupes en Afghanistan... et c'est vrai, mais ils sont restés un peu en retrait, un peu loin des lignes de front", a-t-il déclaré, en référence à l'intervention d'une coalition internationale menée par les États-Unis pour chasser Al-Qaïda de ses sanctuaires après les attentats du 11 septembre 2001.

Un "sacrifice qui impose le respect"

"La France s’est engagée dès 2001 aux côtés de ses alliés européens et canadien de l'OTAN, après l’activation de l’article 5 du Traité de l'Atlantique Nord (Otan, NDLR) par les États-Unis. 90 soldats français y sont morts en opérations et de nombreux autres ont été blessés", a rappelé sur X la ministre de la Défense Catherine Vautrin.

"Nous nous souvenons de leur sacrifice qui impose le respect", insiste la ministre, sans faire allusion directement aux propos de Donald Trump.

Si Emmanuel Macron ne s'est pas encore exprimé sur le sujet, son entourage a fait savoir à BFMTV que "ces déclarations inacceptables n’appellent aucun commentaire. C’est aux familles de nos soldats tombés que le chef de l’État souhaite apporter du réconfort et redire la reconnaissance et la mémoire respectueuse de la Nation."

Outre-Manche, les déclarations du président américain ont déclenché une levée de boucliers. Le président américain "fait erreur en minimisant le rôle qu'ont joué les troupes de l'Otan, notamment les forces armées britanniques", a réagi ce vendredi un porte-parole du Premier ministre Keir Starmer.

"Nous sommes extrêmement fiers de nos forces armées, et leur service et leur sacrifice ne seront jamais oubliés", a-t-il poursuivi, soulignant le tribut payé par Londres dans cette intervention militaire, avec la mort de 457 de ses soldats. Il s'agit-là du plus lourd bilan derrière les États-Unis, qui ont perdu plus de 2.400 soldats en Afghanistan.

Plus de 150.000 membres des forces armées britanniques ont été déployés en Afghanistan entre septembre 2001 et août 2021, dont le prince Harry, qui soutient avoir "perdu des amis" aux combats. Avant de tancer: "ces sacrifices méritent d'être évoqués avec vérité et respect, car nous restons tous unis et fidèles à la défense de la diplomatie et de la paix."

"Une insulte"

Plus tôt sur la chaîne Sky news, le secrétaire d'État britannique à la Santé Stephen Kinnock, qui s'exprimait au nom du gouvernement, avait jugé les commentaires de Donald Trump "profondément décevants". Le ministre de la Défense John Healey et la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper ont eux aussi rappelé les pertes britanniques.

La cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch a dénoncé des propos "absurdes", tandis que la présidente de la commission parlementaire des Affaires étrangères, la députée travailliste Emily Thornberry, a estimé que ces propos étaient "une insulte" pour les familles des personnes décédées. "Comment ose-t-il remettre en question leur sacrifice?", a aussi lancé le chef du parti libéral-démocrate, Ed Davey, sur X.

Fracture intensifiée avec le Danemark

Les propos du président américain ont aussi fait réagir au Danemark, où la Première ministre Mette Frederiksen a estimé ce samedi qu'il était "insupportable que le président américain remette en question l'engagement des soldats alliés en Afghanistan". "Je comprends bien que les vétérans danois aient déclaré qu'aucun mot ne peut décrire à quel point cela fait mal", a-t-elle ajouté dans une publication Facebook.

Une indignation également exprimée par l'Association des vétérans danois qui dit "manquer de mots" face aux propos de Donald Trump. Ils appellent à une marche silencieuse, le 31 janvier prochain, pour protester contre ces attaques diplomatiques. Le Danemark recense de son côté 44 soldats morts en Afghanistan, dont 37 au combat.

Mêmes critiques acerbes du côté de l'Allemagne, qui a souhaité rappeler le "lourd tribut" payé par le pays, avec "59 soldats et trois policiers tués lors de combats, d'attentats ou d'accidents", a insisté le ministre de la Défense Boris Pistorius.

"De nombreux blessés souffrent encore aujourd'hui des séquelles physiques et psychologiques de cette période. Je leur promets: nous honorerons l'engagement et le courage de nos soldats en Afghanistan, quelles que soient les critiques", s'est-il engagé.

Donald Trump accusé de "réécrire l'histoire"

"J'exige et j'attends partout du respect à l'égard des vétérans de l'Armée polonaise, des vétérans des missions à l'étranger, des vétérans qui ont prouvé combien ils savent servir admirablement la patrie et nos engagements alliés", a déclaré aux journalistes le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, rappelant que 43 soldats polonais étaient morts en mission en Afghanistan.

Parmi les autres alliés de l'Otan, le Canada a perdu 158 soldats en Afghanistan, selon un site gouvernemental. Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a accusé le chef d'État américain de vouloir "réécrire l'histoire".

En mars dernier, le vice-président J.D. Vance avait provoqué une indignation similaire après avoir déclaré que les Européens n'avaient "pas fait la guerre depuis 30 ou 40 ans". "Nous respectons les vétérans de tous les pays alliés, nous entendons bien à ce que nos propres vétérans soient respectés", avait réagi Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées.