"Les JO du logement et le Notre-Dame de la construction": le gouvernement dévoile un "grand plan de relance" pour produire "2 millions de logements d'ici à 2030"

Alors que de nombreux sujets relatifs au logement étaient débattus ces dernières semaines au Parlement dans le cadre des disscusions sur le budget 2026, le gouvernement a choisi d'annoncer ce vendredi "un grand plan" pour le secteur.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, accompagné de cinq autres ministre (Roland Lescure à l'Economie, Vincent Jeanbrun au Logement, Françoise Gatel à l’Aménagement du territoire, Serge Papin aux PME et Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement), a dévoilé à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) les contours d'un nouveau plan, "Relance Logement", pour la construction et l'investissement dans l'immobilier locatif. Surtout, le gouvernement a fixé des objectifs chiffrés : produire 2 millions de logements (neufs ou réhabilités) d'ici à 2030, soit 400.000 logements par an.
"Nous étions, ces dernières années, autour des 300.000 logements par an en fonction de la manière dont on les caclule, c'était un point bas", a souligné le Premier ministre, Sébastien Lecornu, lors d'une conférence de presse. "Il nous faut une véritable rupture. C'est l'objet de tout le travail réalisé depuis quatre mois par le ministre Vincent Jeanbrun et un certain nombre de parlementaires".
La France est en effet confrontée à une grave crise du logement, avec une baisse de 15% de l'offre locative depuis cinq ans, touchant notamment les étudiants, les apprentis et les jeunes actifs, mais aussi une très forte baisse des mises en chantier, avec -22,2% de décembre 2024 à novembre 2025 par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.
Par ailleurs, 2,9 millions de personnes ont déposé un dossier de demande de logement social et sont en attente, une seule demande sur 7 étant aujourd'hui satisfaite.
"Passer de 10.000 à 50.000 logements locatifs privés supplémentaires dès 2026"
Ce plan "Relance Logement", qui rappelle le nom du programme de relance économique de l'Etat entre 2020 et 2022, s'appuie en grande partie sur des mesures discutées dans le projet de loi de finances (PLF) 2026. Notamment : un soutien financier aux bailleurs sociaux, mais aussi un nouvel avantage fiscal pour les particuliers qui investissent dans le parc locatif privé (le fameux "statut du bailleur privé") et une série d'engagements afin de simplifier les normes pour les nouveaux projets immobiliers.
Le premier point, qui concerne les bailleurs sociaux, propose "d'augmenter de 500 millions d'euros les moyens de 700 organismes, pour qu'ils construisent et rénovent davantage", indique le gouvernement. Pour cela, le plan s'appuie notamment sur la baisse de 400 millions d'euros de la Réduction du loyer de solidarité (RLS) dans le budget 2026, qui devrait être abaissée à 900 millions d'euros (contre 1,1 milliard d'euros en 2025) afin de redonner du souffle aux organismes HLM. L'objectif fixé par Matignon est de produire 125.000 nouveaux logements sociaux cette année, contre 112.000 en 2025. Le PLF doit, cependant, encore être adopté.
Le second volet du plan porte quant à lui sur la mise en place du "statut du bailleur privé" dans le budget, aussi nommé depuis quelques jours "dispositif Jeanbrun", du nom du ministre. Ce dispositif fiscal vise à inciter les particuliers à investir dans la pierre pour louer. "Un quart des Français loge aujourd'hui dans un bien qui appartient à un petit propriétaire privé", a souligné le ministre du Logement.
L'objectif affiché est de passer de 10.000 logements locatifs construits en 2025, à 50.000 "dès 2026". Cinq fois plus.
Négocié depuis près d'un an entre le Parlement, le gouvernement et les professionnels du secteur, ce dispositif fiscal a finalement été renforcé ces derniers jours à la demande de Matignon. Il déduit désormais le déficit foncier (les charges des propriétaires déduites des loyers perçus) du revenu locatif total déclaré, une demande du secteur. Et supprime aussi toute notion de "zonage" des aides, contrairement au prédédent dispositif, le Pinel, arrêté fin 2024.
“Dans le Pinel, qui était zoné, il y avait des effets de bords", a souligné Vincent Jeanbrun, qui plaide de "ne pas opposer les zones denses et moins denses". "Nous laissons ici l'acteur décider de l'endroit où il est intéressant pour lui d'investir. La contrepartie à ce statut fiscal, c’est que le loyer soit abordable.” Autrement dit, plafonné, car les logements concernés devront être intermédiaires, sociaux ou très sociaux.
De plus, ce dispositif intègre pour la première fois les logements existants, là où les précédents ne concernaient que le logement neuf.
Joint par BFM Business, Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim), félicite cet "engagement de programmation", qui embarque "l'ensemble des fédérations".
"Ce qui est important, c'est que le Premier ministre engage ici une action pour agir pour le logement, et cela, sans attendre les Présidentielles, lors desquelles nous savons très bien que le logement va constituer un terrain important".
Le représentant du secteur souligne que, pour produire 400.000 logements par an, "tout ne devra pas reposer sur le statut du bailleur privé", précisant qu'il "s'emploiera à porter d'autres propositions", notamment pour soutenir l'accession à la propriété pour les classes moyennes et les ménages aux plus faibles revenus.
"Trop tôt pour répondre à la question budgétaire" selon le Premier ministre
Le Premier minsitre, Sébastien Lerconu, a insisté sur la notion de "souplesse". "Je ne voulais pas que l'on reparte sur une approche similaire aux précédentes".
"Je veux quelque chose qui soit le plus souple possible. C’est un pari de confiance, avec un outil de défiscalisation très puissant - que Bercy va adorer - mais je l’assume".
Le budget associé à cette mesure fiscale n'est pour le moment pas précisé. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a évoqué un budget d'environ 5 milliards d'euros pour l'une des versions les mieux-disantes du texte. Mais cela ne prenait pas en compte, à plus long terme, les apports de TVA liés à la construction de nouveaux logements.
"Il est trop tôt pour répondre à la question budgétaire", a souligné Sébastien Lecornu. "Le dispositif sera-t-il lent ou rapide à démarer ? Nous voulons qu'il soit le plus efficace possible, dès 2026, c’est pour cela que l’on se fixe un objectif en nombre de logements."
"Les JO du logement et le Notre-Dame de la construction"
Autre aspect, le gouvernement souhaite également "simplifier" les normes à la construction de nouveaux logements et redonner de la souplesse aux maires. Un message adressé aux élus locaux à moins de deux mois des prochaines élections municipales.
Une série de mesures devraient figurer dans le projet de loi décentralisation-simplification, porté par la ministre Françoise Gatel. "Les JO de Paris ou la reconstruction de Notre-Dame sont des modèles applicables au logement", a illustré Sébastien Lecornu, "pour des zonages précis dans le pays, où se trouvent des enjeux particuliers de réindustrialisation, de nouvelles approches concernant l'énergie, ou des zones où l'on renforce certaines bases militaires".
Ces éléments de langage ont été repris par Vincent Jeanbrun, qui a plaidé pour "les JO du logement et le Notre-Dame de la construction".
Par exemple, des "zones à bâtir d’urgence" devraient être déterminées. "Dans ces zones définies par l’Etat, on appliquera une pause normative à titre dérogatoire, exceptionnel et transitoire pour faciliter et accélérer la construction de logements", explique Matignon.
Ces éléments s'ajoutent aux autres volets néogiciés entre le gouvernement et le Parlement dans le budget 2026, comme l'augmentation de 20% de l'objectif du nombre de rénovations globales financées par Ma Prime Rénov'. Ces sujets doivent encore être confirmés dans le vote final du budget.
Sur le plan fiscal, d'autres mesures avaient été précédemment imaginées. En juillet 2023, l'ancien ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, avait déjà proposé de réformer les Plans Epargne Logement (PEL) pour financer la rénovation énergétique, en permettant leur déblocage anticipé en cas de travaux. "Vous investissez dans la rénovation thermique, vous pouvez débloquer votre PEL sans perte fiscale", avait alors soutenu le ministre du gouvernement d'Elisabeth Borne. Une réforme finalement non appliquée.
Un déjeuner avec les acteurs du logement ce midi à Matignon
Ce vendredi, le chef du gouvernement et les ministres ont échangé avec des élus et des habitants à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Beaucoup ont souligné le prix très élevé du foncier et des coûts de construction, le manque de logements familiaux et intermédiaires (à loyer plafonné) face à une demande croissante, soit un vrai problème d'offre.
Plus tôt dans la journée, le Premier ministre a reçu à Matignon les principales organisations professionnelles du secteur, comme la Fédération française du bâtiment (FFB), la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), la FNAIM ou encore l'Union sociale pour l’habitat, toutes membres de l'Alliance pour le logement.













