BFM Business

"Stop and go" de MaPrimeRénov', paralysie de la construction... Le bâtiment enregistre un recul de 3,8% de l'activité en 2025 (jusqu'à 40.000 emplois détruits en 2 ans)

BFM Business ER avec AFP
placeholder video
Entre l'atonie de la construction neuve et les diverses suspensions de Ma Prime Rénov', les artisans du bâtiment sont englués dans une crise de plus en plus profonde. Entre 30 et 40.000 emplois ont été détruits en deux ans.

En France, l'activité des acteurs de l'artisanat du bâtiment a reculé de 3,8% en 2025, selon un rapport de la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (Capeb) publié mercredi.

L'étude estime qu'entre 30.000 et 40.000 emplois ont été détruits sur deux ans pour les très petites entreprises (TPE), dont l'effectif ne dépasse pas 10 salariés. La Capeb, elle, représente 61.000 artisans.

"Un vrai plan social", s'est alarmé lors d'une conférence de presse Jean-Christophe Repon, président de la confédération, qui craint aussi de "manquer de main-d'oeuvre très rapidement dans le futur", avec la baisse de 6% du recrutement d'apprentis en CAP. La suspension de MaPrimeRénov' début janvier, dans l'attente d'un budget, vient ajouter des difficultés.

La Capeb plaide pour que Ma Prime Rénov' reste aux mains de l'Anah

Suppression de la loi Pinel d'aide à l'investissement locatif fin 2024, nouvelle suspension de MaPrimeRénov', absence de budget... Ces changements politiques ont chamboulé le secteur de l'artisanat du bâtiment. En découlent une embauche qui piétine et un nombre de licenciements en hausse pour 25% des entreprises artisanales au second semestre de l'année 2025.

En tête de la baisse de l'activité: le segment du logement neuf. Avec une tendance annuelle de -7%, ce volet coûte aux professionnels qui peinent à répondre à ces commandes, notamment par manque de fonds pour pallier l'inflation des matières premières.

Malgré la diversité des cas étudiés, à l'exception de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la baisse d'activité a concerné l'ensemble du territoire national. Il n'y a qu'une "minorité qui voit cette situation s'améliorer", ajoute Jean-Christophe Repon.
Les Experts de l'immo : Rénovation, les perspectives pour cette année - 06/01
Les Experts de l'immo : Rénovation, les perspectives pour cette année - 06/01
27:24

À l'aube des élections municipales, la Capeb a également exprimé son opinion sur des mesures liées au logement et au secteur du bâtiment. Pour le président, pas question de mettre fin au monopole de l'agence nationale de l'habitat (Anah) à l'origine des financements des rénovations d'ampleur du dispositif MaPrimeRénov'.

Ce dernier, pensé comme une aide à la rénovation des logements énergivores, devrait rester selon la CAPEB aux mains du public : "c'est bien mieux que du privé quand on veut lutter contre la fraude".

Mobiliser aussi de l'argent privé via les CEE

Le secteur est désormais en négociation constante avec le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun. La Capeb dit mener "un combat de longue haleine" grâce à des rencontres entre artisans et collectivités avec en ligne de mire la présidentielle de 2027.

Jean-Christophe Repon plaide notamment pour un "plan pluriannuel" qui impliquerait "deux points essentiels": "mobiliser l'argent alloué à MaPrimeRénov'", mais aussi de "l'argent privé", en passant par les contrats d'économie d'énergie (CEE - fonctionnant sur le principe du pollueur-payeur), ou encore "un leasing d'accompagnement à la rénovation" via un financement par les banques.

En octobre dernier, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait indiqué que l'enveloppe des CEE allait augmenter "d'environ 27% en 2026" pour atteindre "plus de 8 milliards d'euros", contre 6 milliards d'euros en 2025. Le projet avait été validé par la Commission des affaires économiques du Sénat.

"Il faut mixer les fonds publics et privés pour avoir de la visibilité. On ne peut pas rester sur un programme annuel, avec chaque année un arrêt du PLF qui ne permet pas aux particuliers de se projeter", ajoute le président de la Capeb.

Les professionnels demandent également "un accompagnement étalé dans le temps, sur cinq ans, pour réaliser des rénovations étape par étape". Soit l'instauration d'un "parcours d'accompagnement".