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Le marché des pompes à chaleur est en grande souffrance: face à la menace asiatique, le gouvernement va conditionner les aides aux appareils fabriqués dans l'UE

BFM Business Emma Rodot
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Le ministre délégué chargé de l'industrie, Sébastien Martin, annonce ouvrir un guichet aux fabricants européens de pompes à chaleur afin de conditionner les aides des Certificats d'économie d'énergie (CEE) aux installations fabriquées sur le territoire européen. Le marché des pompes à chaleur se porte mal malgré le grand plan annoncé par Emmanuel Macron en 2024: la demande reste atone pour ces dispositifs très onéreux.

Les nuages s'amoncellent depuis deux ans sur le marché des pompes à chaleur: le budget des ménages s'est resserré, les aides à la rénovation énergétiques se sont réduites, et les fabricants se portent mal.

Malgré ce contexte et les contraintes budgétaires, le gouvernement tente de faire bonne figure: le ministre délégué à l'industrie, Sébastien Martin, vient d'annoncer ce vendredi, sur le site du fabricant Frisquet à Meaux (Seine-et-Marne), la mise en place d'un mécanisme de préférence européenne pour ces systèmes de chauffage. Le principe: conditionner l'octroi de la bonification des Certificats d'économie d'énergie (2.800 euros en moyenne, pour une installation d'un coût total de 15.000 euros) aux entreprises qui fabriquent le système moteur des pompes à chaleur sur le continent européen.

L'objectif est ici de rééquilibrer le rapport de force entre les producteurs européens et asiatiques, indique Bercy. Ces derniers ne sont pour autant pas majoritaires (les fabricants européens sont nombreux), mais gagnent des parts de marché, précise le ministère.

"Dans certains secteurs, où l'industrie européenne reste performante, tels que les éoliennes et les pompes à chaleur, notre balance commerciale se détériore et les producteurs européens sont confrontés à la hausse des coûts de l'énergie et des intrants", soulignaient dès mars 2023 le Parlement européen et le Conseil de l'Europe dans leur proposition de règlement Net Zéro Industrie Act.

Réserver la bonification des CEE aux fabricants européens

Le principe de cette réforme: réserver le taux bonifié des CEE (un multiplicateur) aux fabricants de pompes à chaleur air-eau ou eau-eau qui produisent sur le sol européen, en excluant les fabricants non-européens de ce soutien. Et ainsi "répliquer pour les pompes à chaleur ce qui a été fait pour les batteries des véhicules électriques", explique Bercy.

Ce taux bonifié représente aujourd'hui une part non négligeable dans le financement d'une pompe à chaleur, dont le prix d'entrée est d'environ 10.000 euros. Si son montant reste variable en fonction du logement et du produit, le taux bonifié représente environ 18,5% du coût total.

Le dispositif MaPrimeRénov' constituait lui aussi un soutien important. Il permettait de financer un pompe à chaleur air-eau jusqu'à 12.000 euros. Avec, en moyenne, une intervention de 4.000 euros par installation, soit 27% du coût total. Aujourd'hui, le guichet est à nouveau suspendu, dans l'attente de l'adoption d'un budget. Fin 2025, il s'était resseré afin de s'adresser prioritairement aux rénovations globales et aux ménages les plus modestes.

Le gouvernement annonce donc aujourd'hui avoir ouvert un guichet, jusqu'à fin février, permettant aux fabricants européens de s'enregistrer afin de bénéficier, dans les prochains mois, d'agréments pour leurs modèles de pompes à chaleur. Seules ces qualifications permettront de proposer aux clients la bonification des CEE. Les entreprises et les produits retenus seront notifiés au mois de juillet 2026, pour une entrée en vigueur de cette préférence européenne en septembre prochain.

En parallèle, Bercy met en ce moment en consultation ses projets de décrets, dans l'objectif de les publier au printemps.

Une annonce qui ne règlera pas l'atonie de la demande

Le secteur des pompes à chaleur subit de fortes turbulences depuis deux ans, en lien avec la chute de la construction neuve, des transactions immobilières et de la rénovation énergétique.

Le groupe francilien Airwell - qui a introduit le climatiseur américain en France à la fin des années 1940, avant de se spécialiser dans les pompes à chaleur - enregistrait en 2024 une baisse de 22% de son chiffre d'affaires. Depuis son introduction en bourse à la sortie de la crise sanitaire, en 2021, la cotation du groupe a chuté de 65%.

"L'année 2024 s'est inscrite dans un contexte de marché particulièrement difficile en France et en Europe", notait l'entreprise dans son dernier rapport financier, remarquant un "recul d'environ 23% du marché européen des pompes à chaleur et d'environ 50% pour les gammes air-eau".

Mi-2024, le fabricant historique Saunier Duval (détenu par le groupe allemand Vaillant) a quant à lui engagé un plan social entraînant la suppression l'année dernière de quelque 225 postes sur son site nantais, qui emploie aujourd'hui environ 650 personnes. Depuis, la direction a assuré dans Ouest-France "remonter doucement la pente", notamment grâce aux CEE et à la diversification de ses produits. Mais son équilibre est encore fragile. Le secteur reste en effet très dépendant aux aides à la rénovation énergétique. Le budget moyen d'une pompe à chaleur avoisinne les 15.000 euros, soit trois fois plus que celui d'une chaudière au gaz.

En décembre dernier, le numéro 1 du marché en France, le groupe Atlantic, confirmait également son rachat par le groupe nippo-américain Paloma Rheem. La procédure de rachat, en cours, est en ce moment étudiée par Bercy dans le cadre du dispositif de contrôle des investissements étrangers en France.

"D'autres mesures" en 2026

Ainsi, ces annonces, portant sur la souveraineté de la filière, ne viendront pas répondre à l'atonie de la demande. Le ministère de l'industrie précise que ce premier mécanisme de "préférence européenne" sera complété par d'autres mesures adressées aux ménages, courant 2026.

L'objectif du gouvernement reste de développer cette filière, tel qu'inscrit dans sa Stratégie nationale bas carbone. L'Union européenne tablait, il y a deux ans, sur une multiplication par six du nombre de pompes à chaleur déployées d'ici à 2050.

En septembre 2023, Emmanuel Macron avait d'ailleurs annoncé un "grand plan" pour les pompes à chaleur, avec l'objectif d'atteindre une production d'1 million de systèmes en France à partir de 2027. Ce plan devait conduire à la création de 45.000 emplois, dont 30.000 installateurs. Mais en 2024, la production française est tombée à 88.000 appareils, un chiffre divisé d'un tiers par rapport à l'année précédente, précise Bercy. Environ 183.000 appareils ont été installés en France en 2024. Les chiffres de l'année 2025 ne sont, quant à eux, pas encore consolidés.