"Les rats quittent le navire, on suit les dizaines de millions de dollars transférés": le trésor à peine croyable de 200 milliards de dollars des Gardiens de la Révolution en Iran

Officiellement, l’Iran est un État étranglé par les sanctions, au bord de l’asphyxie économique. Officieusement, le Guide suprême et les Gardiens de la révolution s’appuieraient sur un empire financier tentaculaire.
Au cœur de cet empire, il y a une structure assez méconnu: le Setad, le "Quartier général exécutif des ordres de l’imam".
Créé en 1989 par l’ayatollah Khomeiny pour gérer et vendre les biens abandonnés après la révolution, officiellement pour aider les pauvres, il a été transformé par son successeur, Ali Khamenei, en une structure présente dans tous les pans de l’économie iranienne.
Concrètement, le Setad a le pouvoir judiciaire de saisir des biens au nom du Guide suprême : propriétés de familles parties en exil, de minorités religieuses, d’hommes d’affaires tombés en disgrâce, revendues ensuite aux enchères ou conservées.
En 2013, après six mois d’enquête, Reuters estime que cet empire pèse environ 95 milliards de dollars: des participations dans la finance, le pétrole, les télécoms, soit plus que les exportations pétrolières annuelles de l’Iran à l’époque.
Depuis, certaines estimations américaines évoquent une valorisation qui pourrait approcher les 200 milliards pour l’écosystème économique contrôlé par le Guide et ses proches. Le Setad, combiné à d’autres fondations religieuses et conglomérats liés aux Gardiens de la révolution, fonctionne comme un État dans l’État, qui finance le pouvoir, les appareils sécuritaires et les réseaux régionaux, en dehors du budget officiel.
"Partout dans le monde"
Très difficile d’avoir une vue précise des circuits de financements en Iran, le réseau est très opaque et fonctionne en circuit fermé. Mais Washington surveille de prés les moindres flux. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, interrogé par la chaîne conservatrice Newsmax, le 14 janvier dernier :
"Nous voyons désormais les rats quitter le navire, parce que nous pouvons voir des millions, des dizaines de millions de dollars être transférés hors du pays, exfiltrés hors d’Iran par la direction du régime."
Bessent explique que ces flux arrivent dans des banques et des institutions financières "partout dans le monde", et que le Trésor suit ces mouvements aussi bien dans le système bancaire classique que via les actifs numériques, avec la promesse de "retracer ces actifs" pour empêcher les dirigeants iraniens de les conserver.
En parallèle de ces circuits bancaires, les gardiens de la révolution utiliseraient aussi les crypto-monnaies. Dans une analyse publiée début janvier, la société de traçage blockchain TRM Labs montre comment deux plateformes enregistrées au Royaume‑Uni, Zedcex et Zedxion, ont servi de véritable "infrastructure financière" au Corps des gardiens de la révolution islamique.
Selon TRM Labs, ces deux entités, ont fait transiter près d’un milliard de dollars en stablecoins depuis 2023.
Dans le même temps, une autre enquête, publiée mercredi par Bloomberg, montre comment le fils du Guide suprême, Mojtaba Khamenei, aurait bâti un portefeuille immobilier et financier à l’étranger. Via un enchevêtrement de sociétés écrans, ce réseau contrôle des propriétés de luxe à Londres, des villas à Dubaï, ainsi que des hôtels haut de gamme en Allemagne et en Espagne, pour des montants qui se chiffrent en centaines de millions.












