Il concernera 2 milliards de personnes et 25% du PIB mondial: après 20 ans de négociation, l'UE et l'Inde concluent le plus grand accord commercial jamais signé (avec une baisse des droits de douane de 90%)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors d'une conférence de presse commune à New Delhi, en Inde, le 28 février 2025 (photo d'illustration). - MONEY SHARMA / AFP
L'Union européenne (UE) et l'Inde ont conclu leurs négociations en vue d'un accord de libre-échange qui sera annoncé, mardi 27 janvier, a rapporté, lundi, le secrétaire d'Etat indien au Commerce. Côté UE, l'accord doit désormais être traduit en 27 langues, être approuvé par le Parlement européen ainsi que les Parlements nationaux. Une application provisoire est possible dès 2027 et une pleine application est, elle, plutôt attendue fin 2027, voir début 2028.
"Les négociations entre responsables sont terminées et les deux parties sont prêtes à annoncer la conclusion des discussions sur le traité de libre-échange le (mardi) 27 janvier", a déclaré à l'AFP le secrétaire du ministère, Rajesh Agrawal.
L'accord, présenté comme historique par les deux parties dans un contexte de tensions commerciales avec Washington, ouvre la voie au libre-échange de biens entre les Vingt-Sept et New Delhi, qui représentent ensemble le quart du PIB mondial et un marché de 2 milliards de consommateurs.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a saluté mardi l'avènement d'une "zone de libre-échange de 2 milliards de personnes". Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a estimé que cet accord allait offrir "de nombreuses opportunités" aux deux parties. "On dit dans le monde que c'est l'acord de tous les accords", a-t-il ajouté.
"Ce sera un accord équilibré et tourné vers l'avenir pour une meilleure intégration économique avec l'UE. Cet accord stimulera le commerce et l'investissement entre les deux parties", a également déclaré le secrétaire d'Etat indien au Commerce Rajesh Agrawal.
L'accord devrait permettre une baisse des droits de douane de 90% pour les deux partis. L'Union européenne précise que l'Inde va drastiquement réduire ses taxes sur les voitures, le vin et les pâtes. Les produits agricoles et laitiers ont cependant été exclus des négociations, New Delhi cherchant à protéger ses agriculteurs. Les détails de l'accord seront eux annoncés mardi avant une procédure d'examen juridique qui prendra cinq à six mois, selon un responsable du gouvernement indien. "Nous nous attendons à ce que l'accord entre en vigueur dans l'année", estime-t-il.
Le Premier ministre indien Narendra Modi, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, coprésident un sommet bilatéral en Inde du 25 au 28 janvier. Le commerce bilatéral entre l'Inde et l'UE a totalisé 136,5 milliards de dollars (116,29 milliards d'euros) au cours de l'exercice 2024/25 qui s'est achevé en mars.
Un réponse à la hausse des droits de douane américains
La conclusion d'un accord intervient peu après la signature par l'UE d'un pacte commercial avec le bloc sud-américain Mercosur. L'année dernière, l'UE a conclu des accords commerciaux avec l'Indonésie, le Mexique et la Suisse. Au cours de la même période, New Delhi a finalisé des accords avec la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et Oman.
Cette série d'accords témoigne des efforts déployés à l'échelle mondiale pour se prémunir contre les Etats-Unis, alors que la tentative de Donald Trump de s'emparer du Groenland à coup de menaces douanières pèse sur les pays européens et met à l'épreuve les alliances traditionnelles occidentales. L'Inde et les Etats-Unis ont échoué à nouer un accord l'an dernier après que le dialogue a été rompu entre les deux pays.
Après presque deux décennies de négociations, l'accord entre Bruxelles et New Delhi verra l'Inde ouvrir son marché à l'UE qui reste son principal partenaire commercial. Les négociations, relancées en 2022, se sont accélérées sous l'impulsion de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Premier ministre indien, Narendra Modi, alors que le président américain Donald Trump infligeait des droits de douane à ses partenaires commerciaux, dont des surtaxes de 50% sur les biens indiens.
L'une des principales préoccupations de New Delhi concerne une série de barrières non douanières, telles que les taxes sur le carbone récemment introduites par l'UE sur les importations de biens tels que l'acier, l'aluminium et le ciment. Bruxelles a cherché à baisser les taxes à l'importation sur les voitures pour aider ses constructeurs automobiles à se développer en Inde, troisième marché automobile mondial, en rendant les modèles importés plus compétitifs en termes de prix. Reuters a rapporté dimanche que l'Inde prévoyait de réduire les droits de douane sur les voitures importées de l'Union européenne de 110% à 40% dans le cadre de cet accord.
Une future coopération en matière de défense ?
L'UE et l'Inde vont, par ailleurs, explorer les possibilités d'une participation indienne dans les initiatives européennes en matière de défense, selon un projet de document consulté par Reuters. Les discussions sur ce nouveau partenariat en matière de sécurité et de défense interviennent à l'heure où l'Europe entend nouer des liens économiques et diplomatiques avec de nouveaux soutiens pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine et des Etats-Unis.
"L'UE et l'Inde vont mener des consultations sur leurs initiatives respectives en matière de défense, notamment à travers des échanges sur des sujets liés à l'industrie de la défense", indique le projet, qui devrait être signé mardi.
"Ils exploreront, là où existe un intérêt mutuel et une convergence des priorités sécuritaires, des possibilités d'une participation indienne dans les initiatives de l'UE en termes de défense, le cas échéant, conformément aux cadres juridiques respectifs", est-il écrit. Le partenariat implique un dialogue annuel entre les deux parties sur les sujets de la sécurité et de la défense, ainsi qu'un renforcement de la coopération sur la sécurité maritime, les problèmes de cybersécurité et le contre-terrorisme.
"La complexité grandissante des menaces sécuritaires globales, les tensions géopolitiques croissantes et le changement technologique rapide soulignent la nécessité d'un dialogue et d'une coopération plus proche dans la sécurité et la défense", indique le document.












