L'écrivain Boualem Sansal entre à l'Académie française
L'écrivain Boualem Sansal, à l'Académie française à Paris le 29 octobre 2015. - FRANCOIS GUILLOT / AFP
Les immortels étaient réunis pour délibérer. L'écrivain Boualem Sansal a été élu à l'Académie française, ce jeudi 29 janvier, avec 25 voix sur 26, rapporte Le Figaro. Devenant ainsi le 746e immortel de l'institution tricolore, il prendra ainsi place sur le fauteuil numéro 3, celui de l'avocat français Jean-Denis Bredin disparu en 2021.
Six prétendants étaient en lice pour ce fauteuil, dont Boualem Sansal, de loin le plus connu d'entre eux, qui s'est déclaré à la dernière minute le 8 janvier. Un premier vote pour ce fauteuil avait eu lieu le 11 décembre, mais aucun candidat n'avait obtenu la majorité.
Boualem Sansal rejoint donc à 81 ans les "immortels", le surnom donné aux académiciens, qui sont actuellement 35, cinq sièges étant vacants. Parmi eux, figurent Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas ou Erik Orsenna.
L'écrivain franco-algérien en avait eu un avant goût le 4 décembre lorsqu'il a été honoré par l'Académie, qui lui a remis le prix mondial Cino del Duca trois semaines après sa libération le 12 novembre.
"Je goûte à la liberté"
"Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté, des petites choses. Je ne parle pas des grandes. Des petites choses. Des bons petits repas, des petits trucs. Vous n'imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs", a-t-il déclaré lundi en recevant à Strasbourg la médaille de la ville
La vie de cet ex-fonctionnaire algérien avait basculé le 16 novembre 2024 quand il était arrêté à son arrivée à Alger en provenance de Paris, avant d'être emprisonné. Son sort émeut aussitôt en France où une campagne se lance en faveur de cet athée revendiqué, adversaire acharné des jihadistes et critique féroce du pouvoir à Alger.
Il est condamné à cinq ans de prison, accusé d'"atteinte à l'unité nationale" après des déclarations en octobre 2024 au média français d'extrême droite Frontières sur l'Algérie et le Maroc. Avant de bénéficier d'une grâce accordée par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.
Critique du pouvoir
Boualem Sansal est l'auteur d'une trentaine de romans, recueils de nouvelles et essais depuis 1999. Il a reçu le grand prix du roman de l'Académie française en 2015 pour 2084. La fin du monde (Gallimard), inspiré du chef-d'oeuvre de George Orwell 1984, ex aequo avec Hédi Kaddour.
Boualem Sansal est également l'auteur de Rue Darwin, du Village de l'Allemand et de Vivre. En s'exprimant lundi à Strasbourg, l'écrivain a précisé avoir détaillé sa vision de la langue française dans Le français, parlons-en! (Cerf), publié en 2024. "Je crois qu'il faut redéfinir beaucoup, beaucoup de termes", a-t-il indiqué.
Fondée en 1635 par Richelieu, l'Académie a comme mission de "donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences". Elle rédige un dictionnaire et se prononce sur des règles orthographiques.
Pour y être élu, un candidat doit recueillir la majorité absolue des suffrages. Trois, voire quatre tours de scrutin peuvent être nécessaires pour l'atteindre. Au delà, les académiciens décident soit de poursuivre le vote, soit de l'abandonner, précise l'Académie.
Le nouvel "immortel" est intronisé lors d'une cérémonie à huis clos et reçoit alors un habit vert brodé de rameaux d'olivier et une épée. En novembre, l'Académie avait élu deux nouveaux entrants, les écrivains Florian Zeller et Éric Neuhoff.












