"Top Chef" saison 16: la promesse d'une étoile agace dans le milieu de la gastronomie

"L'enjeu de cette saison est exceptionnel et historique", annonce Stéphane Rotenberg en préambule de la saison 16 de Top Chef, programme emblématique de M6, qui commence ce mercredi soir. "Le gagnant aura l'opportunité d'ouvrir son restaurant. Mais ce n'est pas tout. Vous allez peut-être réaliser le rêve de tout jeune cuisinier, en étant récompensé, peut-être, d'une étoile".
Beaucoup de "peut-être", mais le mot est lâché, cette année, le gagnant de Top Chef pourrait repartir avec un restaurant et une étoile au guide Michelin, récompense suprême dans le monde de la gastronomie.
Pour ce faire, la production de Top Chef n'a pas lésiné sur les moyens. "La production ne nous a rien refusé, pour s'assurer du sérieux des épreuves", a affirmé fin janvier, Gwendall Poullenec, le directeur du célèbre guide lors de la conférence de presse de lancement de cette nouvelle saison de Top Chef.
Mais malgré les promesses de respecter la sacro-sainte méthodologie du guide, cette étoile suscite des réactions assez contrastées dans le milieu de la gastronomie.
"C'est très mal accueilli"
"C'est très mal accueilli", souligne Ezéchiel Zérah, journaliste spécialiste des sujets gastronomiques pour Le Monde et Les échos, et auteur de Marseille, un jour sans faim. Pour lui, ce partenariat est "un mauvais calcul" pour le Michelin. "Cela dévalue l'étoile aux yeux des gens".
"C'est quelque chose qui a beaucoup perturbé les chefs, parce que beaucoup pensent aujourd'hui que pour avoir une étoile, il faut un temps long", abonde auprès de BFMTV Remi Ohayon, président d'une agence de marketing et communication dédiée aux hôteliers et aux restaurateurs.
Comment comparer le cadre de Top Chef et un restaurant "normal", s'interroge Ezéchiel Zérah. Car si l'anonymat des inspecteurs est respecté, on ne joue pas "dans la même arène". Dans la réalité, les inspecteurs ne s'annoncent pas, et les établissements visités ne le savent pas. "Ce ne sont pas forcément les produits que les chefs utiliseraient dans leur restaurant, on ne note pas sur la même chose, le contexte n'est pas le même".
"Où est l'identité de l'homme, où est son lieu, où est sa maison, où est son histoire, sa vie? C'est tout ça le Michelin d'avant", interpelle le chef triplement étoilé Marc Veyrat auprès de BFMTV.
Chloé Charles, ancienne candidate de la saison 12 partage les mêmes réticences: "Comment est décernée cette étoile, quels sont les critères? On est en droit de se demander "qu'est-ce que c'est que ce partenariat-là?".
"On savait que ça allait faire causer"
"On savait que ça allait faire causer", balaie ce mercredi dans Le Parisien Philippe Etchebest, juré de l'émission, estimant que "ça a du sens" puisque "beaucoup d'anciens de Top Chef ont gagné leur étoile".
S'ils défendent l'idée, les jurés ont pourtant eu des doutes au début. Hélène Darroze n'a pas caché, en janvier dernier, lors de la présentation du programme, la "grosse surprise" et les "interrogations" du jury à l'annonce de cette nouveauté.
Stéphanie Le Quellec, gagnante de la saison, doublement étoilée, et jurée du concours culinaire reconnaît, elle aussi dans les colonnes du Parisien, que cette nouveauté "peut générer de la frustration", mais qu'"elle se justifie" par la qualité des plats. "Là, ce sera une étoile éphémère, si tant est qu’elle soit attribuée", ajoute-t-elle.
Mais si les candidats de cette saison ont des étoiles dans les yeux à l'évocation de celle du Michelin, ce n'est pas le cas de tous les chefs.
"Je pense que c'est une grosse bêtise", réagit Chloé Charles. Pour la cheffe qui exerce aujourd'hui comme indépendante, "on part du principe qu'à partir du moment où on fait de la cuisine notre métier, notre objectif c'est d'avoir une étoile au Guide Michelin. Mais pas du tout."
L'étoile, "pas un forcément un but en soit"
"Ce n'est pas forcément un but en soit. C'est résumer les cuisiniers à 'est-ce que tu es bon et tu veux avoir une étoile' ou 'est-ce que tu n'es pas bon et tu n'as pas d'étoile', c'est un gros raccourci".
Tout n'est pas à jeter, pourtant, dans ce partenariat, qui pour les uns sert l'image de Top Chef, et pour les autres, permet de moderniser celle du guide centenaire.
Car en 15 saisons, Top Chef a largement contribué à glamouriser et populariser le métier. Pour Remi Ohayon, "grâce à cette émission, et peut-être grâce à cette quête d'excellence du Michelin, on a des jeunes qui se disent 'moi je veux faire ce métier-là".
Enfin, Marc Veyrat, aujourd'hui très remonté contre le guide Michelin, qu'il a attaqué en justice après la perte de sa troisième étoile en 2019, y voit plutôt un gage de qualité. "Top Chef, c'est mieux que Michelin. Parce que Top Chef, ce sont des chefs qui vérifient le travail des cuisiniers qui se présentent."












