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Mort d'Émile: pourquoi l'église du Haut-Vernet est désormais au cœur de l'enquête

BFM DICI La rédaction de BFM DICI
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Le 13 mars dernier, une quinzaine d'enquêteurs ont investi le hameau du Haut-Vernet, concentrant leurs recherches autour de l'église. Ils sont repartis avec une jardinière et de nombreuses questions en suspens.

Impossible encore aujourd’hui de savoir quel élément nouveau a pu pousser les enquêteurs à se déplacer au Haut-Vernet jeudi 13 mars dernier. Composée d’une quinzaine de militaires, essentiellement issus de la section de recherches de Marseille, la "cellule Émile" poursuit son minutieux travail d’investigation pour tenter de percer le mystère.

Jeudi, les enquêteurs ont concentré leurs recherches autour de l’église Saint-Martin. C’est sans doute la première bâtisse en pierre que l’on voit en arrivant dans le hameau du Haut-Vernet. Petite, en parfait état, elle se dresse sur la gauche en début de chemin qui mène ensuite à Saint-Pancrace ou Ville-Vieille, ces coins privilégiés par les randonneurs, les chasseurs et autres cueilleurs de champignons.

Du "BlueStar" pour détecter des traces de sang

L’église Saint-Martin fait partie intégrante du hameau du Haut-Vernet. Chaque habitant la connaît. Les autres, qui ne vivent pas là mais qui sont déjà venus, se sont tous surpris à contempler l’édifice du 17e siècle et son petit cimetière désordonné et attenant. Si le hameau du Haut-Vernet est un lieu paisible, l’église Saint-Martin l’est encore plus. Et rien ou presque n’est venu troubler la quiétude de l’endroit ces dernières années.

Jusqu’à ce jeudi 13 mars dernier à la nuit tombée. Plus d’une dizaine de gendarmes de la "cellule Émile" se sont rendus sur place. Ils y ont passé plusieurs heures et sont repartis avec une imposante jardinière après avoir aspergé les alentours avec du "BlueStar", un produit utilisé dans la pénombre par les scientifiques et enquêteurs pour détecter une trace de sang.

Ce n’est pas la première fois que les enquêteurs utilisent ce produit dans le cadre de l’affaire Émile. Quelques jours après la disparition de l’enfant, militaires et magistrat s’étaient déplacés de nuit et en toute discrétion dans le village pour arroser de nombreuses routes afin de trouver un éventuel indice.

"On comprend mieux pourquoi ils attendaient un horaire précis pour partir là-haut le soir", souffle un habitant du Vernet, qui a croisé les enquêteurs dans un restaurant de la vallée avant l’opération de jeudi.

La famille venait souvent dans l'église

Il faut dire qu’un tel déploiement de moyens ne s’était pas vu depuis plusieurs mois au hameau. Si la plupart des villageois se doutaient que les gendarmes continuaient à travailler dans l’ombre pour tenter d’expliquer la disparition puis la mort du petit Émile, très peu s’imaginaient voir débarquer une dizaine de véhicules dans la nuit noire sur un site connu de tous.

L’église Saint-Martin est située à une trentaine de mètres du lavoir où Émile se serait volatilisé le samedi 8 juillet 2023. Cinquante mètres plus loin encore, on trouve la maison d’Anne et Philippe Vedovini, les grands-parents de l’enfant.

L’église Saint-Martin, eux et leurs enfants la connaissent par cœur. Fervents catholiques, Anne et Philippe aiment y prier et s’y recueillir en musique. "Chaque été, ils y vont le matin et parfois le soir. Il n’est pas rare d’entendre résonner ces chants grégoriens qu’ils connaissent si bien", explique un habitué du Haut-Vernet.

La famille Vedovini avait d’ailleurs passé du temps ensemble pour nettoyer l’édifice le matin même de la disparition d’Émile. C’est encore là que les proches de l’enfant et quelques amis s’étaient retrouvés quatre jours plus tard, le mercredi 12 juillet 2023, pour un moment de communion et de prières alors que l’espoir de retrouver le petit vivant s’amenuisait.

S’ils y sont très attachés, l’église Saint-Martin n’est pas celle des époux et enfants Vedovini. Loin de là. "Il existe deux clés. Une en mairie et une autre chez le premier adjoint qui est un habitant du Haut-Vernet. Quand quelqu’un de correct demande la clé pour aller à Saint-Martin, on lui prête volontiers avant qu’elle ne soit rendue", atteste un Vernetois.

"Plus une chapelle qu'une église"

En 2024, au moins deux cérémonies publiques se sont tenues dans l’édifice. La messe de la Saint-Pancrace pour la Pentecôte en mai 2024 et les obsèques de Paulette Bayle, figure tutélaire du Haut-Vernet, en novembre dernier. Deux événements qui ont rassemblés plusieurs dizaines de personnes dans et autour de l’église Saint-Martin.

"S’ils cherchaient des ADN, ils ont dû en trouver un paquet. Je ne vois pas bien ce qu’ils peuvent espérer découvrir à cet endroit", s’interroge un villageois qui a assisté aux deux cérémonies en 2024.

"Franchement, c’est plus une chapelle qu’une église. Elle est toute petite. L’autel et la sacristie sont séparés du public par une barrière. Seuls ceux qui officient ont accès à cet endroit", décrit une source locale qui connaît parfaitement l’église Saint-Martin.

Les enquêteurs sont-ils repartis avec des objets trouvés dans l’église en plus de l'imposante jardinière? Une source officielle ne le confirme pas. Pas plus que le diocèse de Digne-les-Bains qui a découvert l’opération des gendarmes par voie de presse le lendemain matin. Choqué d’avoir été mis de côté, l’évêque s’en serait ému auprès du préfet des Alpes-de-Haute-Provence. Le maire du Vernet, lui, a bien été prévenu une fois l’opération terminée.

"Sachant que la jardinière emportée appartient à la mairie, il est assez logique que je puisse être prévenu par les gendarmes", commente simplement François Balique qui se refuse à toute autre déclaration. C’est son premier adjoint, présent sur site, qui a donc donné la clé aux enquêteurs jeudi dernier avant de la récupérer sur les coups de 23 heures.

Le "pape de l'ADN" mobilisé

Depuis, tout le monde attend avec impatience et anxiété le résultat des analyses pratiquées sur la jardinière. Avec le secret d’espoir d’obtenir enfin la vérité pour expliquer la disparition puis la mort du petit Émile.

Mais les questions et les inconnues restent nombreuses. Pourquoi cette jardinière a-t-elle été saisie par les enquêteurs? Quelles traces contient-elle? Du sang, de l’ADN? L’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) est évidemment mobilisé. Mais c’est aussi le cas du laboratoire d'hématologie médico-légale (LHML) de Bordeaux, dirigé par le professeur Christian Droutremepuich.

Considéré comme le "Pape de l’ADN" en France, ce biologiste est celui qui a réussi à isoler au moins un ADN étranger à celui de la famille lors des analyses sur les ossements et vêtements d’Émile.

Les résultats de ses futures expertises, mises en relation avec ses anciennes découvertes, pourraient donc être essentiels. Dans ce genre de dossiers complexes, les juges d’instruction savent que le professeur Doutremepuich peut s’avérer incontournable. C’est pour cette raison que son laboratoire privé a de nouveau été saisi.

"Il travaille sur toutes les tâches possibles. Dont le sang qui peut livrer de grandes révélations sur l’ADN", explique une source qui connaît parfaitement le travail du LHML de Bordeaux.

"Il n'a jamais été question de cet édifice"

Les précisions militaires de l’IRCGN et celles des équipes de Christian Doutremepuich ne seront pas de trop, après ce nouvel acte d’investigation. Cette massive jardinière en bois est installée devant l’église Saint-Martin depuis plusieurs années. Elle a subi la pluie, la neige, le gel et le froid durant de longs mois. Des mains l’ont touché, ne serait-ce que pour l’embellir de fleurs. Et des chats s’en sont servis parfois comme d’une litière.

Percer le mystère grâce à cette jardinière relèverait de l’exploit pour les enquêteurs, près d’un an après la découverte des ossements d’Émile. "Ce qui me surprend le plus, c’est que cette église a toujours été là et qu’on s’y intéresse que maintenant", se demande un villageois.

Il n’est pas le seul. "Le jour de la mise en situation, il n’a jamais été question de cet édifice, ni de la jardinière. On ne s’en est même pas approché", se remémore une source, présente à cette reconstitution qui avait rassemblé tous les protagonistes du dossier, deux jours avant la découverte du crâne de l’enfant par une randonneuse.

Pourtant, des actes d’enquête avaient déjà été pratiqués à proximité de l’église Saint-Martin. Quelques jours après la disparition de l’enfant, et dans le plus grand des secrets, les militaires avaient inspecté une à une toutes les tombes du cimetière du Haut-Vernet. À la recherche d’une sépulture de fortune donnée éventuellement au petit Émile, ils n’avaient rien trouvé de suspect.

Des recherches en dehors du Vernet

Dans l'attente des résultats, les enquêteurs vont continuer un travail de fourmi pour vérifier, encore et toujours, les témoignages des uns, les suppositions des autres. Et puis toutes ces lettres. Depuis 20 mois et le début de l’affaire, les gendarmes ont reçu des milliers de courriers. Si la plupart s’avèrent farfelus, certains suscitent la curiosité des enquêteurs qui n’hésitent pas à vérifier les dires d’expéditeurs le plus souvent anonymes.

La "cellule Émile" va également poursuivre ses recherches en dehors du Vernet. Au début du mois de mars, la section de recherches s’est par exemple déplacée en région parisienne et autour d’Orléans pour auditionner des personnes.

Récemment, ce sont des connaissances des grands-parents d’Émile, propriétaires d’un bien à Boulard, qui ont été entendus. Là encore, Jean-Luc Blachon, le procureur d’Aix-en-Provence "ne souhaite pas commenter" cet élément.

C’est à Boulard, hameau du village de Beaujeu situé à quelques kilomètres du Haut-Vernet, que plusieurs maisons ont été détruites ou endommagées par un incendie volontaire en mars 2019. Un acte criminel qui a intéressé les gendarmes en charge de l’affaire Émile.

L’arrière-grand-père maternel de l’enfant a toujours possédé une maison à Beaujeu. C’est aussi à Boulard que Philippe Vedovini a passé des étés en famille avant de choisir le Haut-Vernet comme lieu de villégiature, il y a longtemps maintenant. "La maison de l’arrière-grand-père n’était absolument pas visée par l’incendie. C’est encore de la rumeur pour essayer de nuire à Anne et Philippe", s’agace une proche des grands-parents de l’enfant.