"Lost Records: Bloom&Rage": la lettre d’amour à l'adolescence des années 1990
Lost Records: Bloom&Rage - Don't Nod
Des t-shirts à grosses rayures, des affiches au mur, un distributeur de bonbons PEZ sur le bureau, un troll hirsute sur l’étagère, des VHS qui traînent un peu partout: bienvenue dans la chambre de Swann, héroïne de Lost Records: Bloom & Rage, le nouveau jeu signé Don't Nod, dont la première partie Tape 1 est disponible depuis le 18 février.
Cela va sans doute raviver des souvenirs dans la tête de beaucoup de quadragénaires joueurs et ce n’est pas sans raison. Le jeu développé par la branche montréalaise du studio parisien est un hommage -d’une certaine manière- à la jeunesse des années 1990. Et pour cause, le jeu démarre en 1995 dans les pas de quatre adolescentes américaines parties faire les 400 coups. Mais un événement va venir porter un coup à leur amitié naissante. Elles se retrouvent 27 ans plus tard pour résoudre un mystère qui les a séparées, alors qu’elles s’étaient promis de ne jamais se revoir.
1995, l’année de la bascule
Et le choix de l’année 1995 n’est pas anodin pour l’équipe de développement.
"1995, c’est notre adolescence. On connaît cette époque, on l’a vécue. C’est une base authentique pour raconter une histoire forte", explique Michel Koch, directeur créatif du jeu.
"On a pris une auteure américaine, Desiree Seyfried, qui a notre âge et qui était donc vraiment ado dans les années 1990. Ses dialogues pouvaient totalement marcher avec cette période-là". "Il nous fallait le langage, les tics, mais aussi l’ambiance de ce monde d’avant la technologie omniprésente", ajoute Jean-Luc Cano, scénariste du jeu.
Car 1995, c’est aussi avant internet, avant le téléphone portable et les réseaux sociaux. "Le futur arrivait, on commençait à en entendre parler. Mais on n’était pas au téléphone avec nos amis quand on voulait, sans avoir nos parents qui disent 'c’est bon, tu raccroches. J’ai besoin du téléphone'", s’amuse-t-il. Jouer dans la nature, faire de la musique, se balader, s’ennuyer ensemble… "À l’époque, on vivait l’instant présent d’une manière différente. Il y avait moins de distractions, les conversations étaient plus longues, plus intenses. Cela changeait la dynamique des relations", ajoute Jean-Luc Cano, en charge du scénario.

Toutes ces choses que Swann, Kat, Autumn et Nora, le quatuor central du jeu aux tempéraments si différents, passent leur temps à faire, entre rires, différends, réconciliations… Et un terrible secret partagé qui met leur amitié à l’épreuve, même plus de 25 ans après.
La "fierté et la pression" après Life is Strange
De 1995 à 2022, il n’y a qu’un regard parfois de l’héroïne qui se retrouve projetée en arrière derrière l’objectif de son caméscope, élément clé du jeu et fil conducteur entre la réalité et le souvenir qu’elle deviendra. Car, dans ce point'n’click, la caméra sert à identifier des éléments à collectionner, ramasser des indices, mais agit aussi comme révélateur et boîte à souvenirs. Les vidéos que vous pourrez faire s’appellent d’ailleurs "Mémoires". "On voulait donner un outil d’expression à notre protagoniste. Et quoi de mieux qu’un caméscope à cette époque où tout le monde commençait à filmer ses souvenirs?", souligne Michel Koch.
Un souci du détail prépondérant dans les décors, dans l’ambiance musicale aussi toujours parfaitement étudiée et envoûtante. Tout appelle à regarder minutieusement la scène, pour le jeu et pour sa curiosité personnelle, notamment si cela vous parle. "L’objectif était de retranscrire cette décennie avec un réalisme fidèle, non seulement au niveau des références culturelles, mais aussi de l’expérience de la jeunesse à cette époque", expliquent ses créateurs.
On ne peut évidemment pas manquer de voir la patte Life is Strange dans ce Lost Records. "Une certaine fierté", mais aussi "une certaine pression" pour l’équipe derrière les deux jeux de voir que les aventures de Max et Chloé ont marqué durablement les joueurs et sont souvent citées comme référence. Dès ce premier épisode (le second arrivera en avril), Lost Record reprendrait presque là où Don't Nod, studio derrière aussi Banishers: Ghosts of New Eden, s’était arrêté dans sa quête du jeu narratif épisodique qui parle au plus profond de nous.

Swann est une adolescente rondouillarde, souriante, mais introvertie, cachée derrière l’objectif du caméscope. Un été, elle se lie d'amitié avec des filles très différentes (la mesurée, la rebelle, l’excentrique). Une représentation fidèle de la vie adolescente et un regard tendre sur cette jeunesse des années 1990, ces années d’insouciance rythmées par la découverte, l’amitié et l’apprentissage du danger aussi.
Un message intemporel sur l’amitié, les choix et les souvenirs
S’il conserve l’ADN des jeux narratifs maison, Lost Records va aussi un peu plus loin dans ses thématiques, en ajoutant la nostalgie à la quête d’identité. Ici, ce n’est pas le passage de l’adolescence à l’âge adulte qui est étudié, mais la bascule entre les deux se fait au fil du jeu par les multiples flash-backs qui servent à comprendre l’adulte que l’on est devenu. La dualité entre les deux temporalités du jeu est marquée: le passé, empreint d’authenticité et de spontanéité, et le présent, marqué par l’omniprésence du numérique et de la communication instantanée (la Swann ado appelle sa mère d’une cabine dès qu’elle peut pour la rassurer. L’adulte entend son téléphone portable sonner sans arrêt).

S’il est ancré dans les années 1990, Lost Records: Rage & Bloom porte un message transgénérationnel. "Nous voulions montrer comment les souvenirs et les choix de jeunesse nous façonnent, mais aussi comment l’âge adulte nous amène à réinterpréter ces souvenirs", résume Michel Koch. Car les thèmes restent universels. "Même ceux qui n’ont pas grandi dans les années 90 comprendront les émotions et les relations mises en avant. On parle d’amitié, d’identité, de souvenirs… des thèmes intemporels", conclut-il.
Avec son attention portée aux détails, son immersion dans une époque révolue et sa volonté de raconter une histoire sincère, Lost Records: Bloom & Rage s’impose dès sa première partie comme une lettre d’amour aux années 90 et aux amitiés qui marquent à jamais.
LOST RECORDS: BLOOM & RAGE - Disponible sur PS5, Xbox Series et PC.
