Comment les États-Unis ont utilisé cyberattaques et renseignement électronique pour préparer et faciliter la capture de Nicolás Maduro
Un membre de la Garde nationale monte la garde à l'entrée du Fuerte Tiuna, le plus grand complexe militaire du Venezuela, à Caracas, le 3 janvier 2026, après que les forces américaines ont capturé le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro à la suite d'une "frappe à grande échelle" contre ce pays d'Amérique du Sud - Federico PARRA / AFP
C’est un coup de tonnerre. Vendredi soir à 22h46 à Washington (samedi 4h46, heure de Paris), Donald Trump a donné son feu vert à l’opération "Absolute Resolve", visant à capturer Nicolás Maduro, président de la République bolivarienne du Venezuela depuis 2013 et en conflit ouvert avec Washington depuis plusieurs mois. Plus de 150 appareils, avions de chasse, de reconnaissance, drones et hélicoptères, ont décollé de bases terrestres et maritimes.
Les aéronefs transportant la "force d’extraction" spéciale ont survolé l’océan à basse altitude dans l’obscurité, tandis que les chasseurs assuraient la couverture aérienne. Les premières frappes ont touché Caracas peu avant 2 heures (7 heures, heure de Paris), ciblant les défenses aériennes pour permettre aux hélicoptères d’atteindre leur objectif.
Selon le général Caine, chef d’état-major des armées américaines, et le président Donald Trump, le président vénézuélien, Nicolás Maduro, et son épouse, Cilia Flores, ont été "capturés" et évacués du pays peu après. Aucun Américain n’a été tué et le couple s’est rendu sans opposer de résistance, tandis que plus de 40 Vénézuéliens, civils et militaires, ont perdu la vie selon le dernier bilan.
Inculpés pour "narcoterrorisme et importation de cocaïne" aux États-Unis, ils ont été transférés sur le navire de guerre USS Iwo Jima à 3h29, et en l’espace de quelques heures, l’opération était terminée. Mais derrière le fracas des explosions et des hélicoptères, des attaques bien plus silencieuses ont très tôt neutralisé les défenses vénézuéliennes.

Ainsi, selon des sources militaires citées par CNN et The Telegraph, des cyberattaques américaines ont d’abord plongé de vastes zones de Caracas dans le noir afin de faciliter les frappes aériennes sur des sites militaires stratégiques et la capture de Nicolás Maduro. Le commandement cybernétique, le commandement spatial et d’autres agences ont coordonné leurs efforts pour permettre aux plus de 150 avions, drones et hélicoptères d’approcher la capitale sans être détectés.
Aux premières heures de samedi, les cyberopérateurs ont désactivé les systèmes de défense aérienne vénézuéliens, assurant un passage sécurisé pour les hélicoptères jusqu’au complexe de Maduro. "Il faisait sombre, les lumières de Caracas étaient en grande partie éteintes grâce à une certaine expertise que nous possédons, il faisait sombre et c’était mortel", s’est vanté Donald Trump lors d’une conférence de presse à Mar-a-Lago.
Le groupe de surveillance Internet NetBlocks a également signalé une coupure d’Internet à Caracas lors des interruptions de courant survenues tôt samedi matin.
Le renseignement électronique à la manœuvre
Les cyberopérations offensives sont généralement entourées de secret. Le mois dernier, Washington a déjà été accusé d’avoir orchestré une attaque de grande ampleur qui a paralysé les infrastructures pétrolières et gazières du Venezuela, provoquant, selon certains médias, la suspension des opérations dans les terminaux de chargement pendant trois jours, sans que les États-Unis ne fassent de commentaire.

Ce week-end, les agences de renseignement américaines ont de nouveau joué un rôle central lors de l’opération nocturne visant à capturer Nicolás Maduro. Selon un responsable américain, plusieurs services de renseignement ont constitué des équipes d’intervention en cas de crise et ont fourni en continu des informations cruciales au Commandement des opérations spéciales, tout au long de l’opération.
L’Agence nationale de sécurité (NSA) aurait aussi joué un rôle clé, selon le média spécialisé Defense One, en supervisant la géolocalisation et en menant des opérations d’indicateurs et d’alerte pour surveiller communications et signaux, détecter toute intention ennemie de déplacer des troupes ou d’activer des systèmes radar, et ainsi permettre aux forces américaines d’agir avec précision et rapidité.
Opération millimétrée
Mais on ne mène pas une opération de cette ampleur uniquement derrière des écrans. D’après des sources citées par Reuters et le New York Times, la CIA avait déployé dès le mois d’août une petite équipe sur place pour recueillir des informations sur le mode de vie de Nicolás Maduro, ce qui a facilité son arrestation. Selon le Wall Street Journal, ces agents communiquaient des renseignements "extraordinaires". En complément de ces sources humaines, l’agence aurait mobilisé une flotte de drones furtifs pour obtenir des informations clés sur les faits et gestes du président.
Mais l’élément le plus déterminant aurait été l’infiltration d’un agent de la CIA au plus profond du gouvernement vénézuélien, toujours selon Reuters et le New York Times. Intégré au cercle rapproché de Maduro, cet agent était chargé de surveiller chacun de ses déplacements et de transmettre en temps réel à sa hiérarchie les informations essentielles à l’opération, rendant ainsi l’arrestation du chef d’État vénézuélien, beaucoup plus simple.
