"C'est devenu complètement incontrôlable": au Royaume-Uni, plus de 100.000 personnes exhortent leurs députés à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans

Des boîtes mail saturées. Comme le rapporte The Guardian, au Royaume-Uni, des députés ont reçu des milliers de lettres de citoyens réclamant une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Au total, plus de 100.000 personnes ont contacté leur député local dans ce but.
À l’origine de cette mobilisation massive: l’organisation citoyenne Smartphone Free Childhood, qui a appelé mardi 14 janvier à instaurer "des limites raisonnables et adaptées à l’âge" dans l’usage des plateformes numériques. Selon Joe Ryrie, cofondateur de Smartphone Free Childhood, tous les députés ont été contactés, certains recevant parfois plus de 1.000 mails de la part de leurs électeurs.
"Toutes les options sont envisagées"
"C'est devenu complètement incontrôlable", lance-t-il. "Partout dans le pays, les familles disent la même chose: les enfants ont besoin d’une protection efficace contre ces plateformes conçues pour retenir l’attention et maximiser les profits."
Longtemps opposé à une telle mesure, le Premier ministre britannique Keir Starmer estimait encore récemment qu’une interdiction serait difficile à faire respecter et risquerait de pousser les adolescents vers des espaces moins contrôlés, comme le dark web. Mais depuis, les frasques de Grok et les nombreuses études sur les effets des réseaux sociaux sur les mineurs sont passées par là.... et le ton a changé.
"Nous devons mieux protéger les enfants des réseaux sociaux", a-t-il déclaré devant la presse jeudi 15 janvier, tout en soulignant son inquiétude croissante face au temps d’écran excessif.
"Toutes les options sont envisagées quant aux mesures de protection supplémentaires à mettre en place, qu'il s'agisse de la présence des moins de 16 ans sur les réseaux sociaux ou d'un problème qui me préoccupe beaucoup, celui des enfants de moins de cinq ans et du temps d'écran", explique-t-il. "Des enfants arrivent à l'école à l'âge de 4 ans après avoir passé beaucoup trop de temps devant les écrans."
Un vote imminent
Un avis partagé par le ministre de la Santé, Wes Streeting. Tout en reconnaissant que les réseaux sociaux peuvent favoriser le lien social et le sentiment d’appartenance, il a mis en garde contre leurs effets délétères sur les plus jeunes, comme la perturbation du développement cognitif ou l'exposition à des contenus "vraiment sinistres et extrêmes".
"Quand j’étais enfant, personne ne contestait que savoir utiliser des outils comme un marteau ou une scie était une compétence précieuse à acquérir", note-t-il, le mardi 14 janvier, sur le plateau de Today. "Jamais on n’aurait laissé un enfant de maternelle ou de primaire sans surveillance avec une boîte de clous. C’est pourtant ce que nous avons fait avec les téléphones portables." Une métaphore parlante.
Lundi 13 janvier, le Premier ministre a assuré devant les députés travaillistes vouloir "examiner toutes les options pour limiter l’accès des jeunes aux plateformes". Le débat va atteindre son point culminant dès la semaine prochaine. La Chambre des Lords se prononcera sur un amendement visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans dans le cadre du projet de loi "Children’s Wellbeing and Schools Bill". En cas d’adoption, la Chambre des communes devra se prononcer par un vote contraignant dans les prochains mois.
Si des responsables politiques de tous bords et le puissant syndicat enseignant NASUWT soutiennent une interdiction pure et dure, la mesure divise. La Fondation Molly Rose, spécialisée dans la santé mentale des jeunes, estime qu’une interdiction "n'est pas la solution". Cela reviendrait à "pénaliser les enfants pour les manquements des entreprises technologiques et des gouvernements successifs".
Une mesure difficile à appliquer
De son côté, le ministère des Sciences, de l’Innovation et de la Technologie temporise. "L’interdiction des réseaux sociaux n’est pas notre politique actuelle", rappelle un porte-parole au Guardian, tout en assurant que toutes les options sont étudiées. Objectif affiché: trouver "le juste équilibre" entre protection des mineurs et accès sécurisé au monde numérique.
Le débat britannique s’inscrit dans un contexte international tendu. En Australie, l’entrée en vigueur en décembre dernier d'une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans a entraîné la suppression de plus de 4,7 millions de comptes soupçonnés d’appartenir à des mineurs, dès les premiers jours. Plusieurs pays, dont la France, envisagent de prendre des mesures similaires.

Mais encore faut-il réussir à appliquer ces interdictions et surtout, à vérifier l'âge des internautes. En Australie, certains adolescents ont réussi à duper les systèmes de vérification de l'âge. Au programme? Des dates de naissance falsifiées, des VPN ou encore l'IA.
Même constat au Royaume-Uni. Depuis juillet et la mise en application de l'Online Safety Act, le pays oblige les sites et plateformes diffusant des contenus pornographiques à vérifier l’âge de leurs utilisateurs et à mettre en place des outils pour empêcher les mineurs d’accéder à des contenus inappropriés.
Là encore, les VPN et des photos d'IA avaient été utilisés pour contourner les restrictions. Certains s'étaient même amusés à utiliser le mode photo du jeu Death Stranding pour duper les systèmes de reconnaissance faciale.