Calais: Human Rights Watch dénonce des violences policières contre les migrants

Les forces de l'ordre surveillent des migrants après qu'une distribution de nourriture a viré à l'affrontement, le 5 août 2014. - François Lo Presti - AFP
Qui croire? Dévoilées mardi dans un rapport dévoilé mardi par l'organisation humanitaire Human Rights Watch, les accusations de violences policières perpétrées à l'encontre de certains de 2.200 migrants espérant passer au Royaume-Uni, sont graves. L'étude a été réalisée par Izza Leghtas en novembre et décembre 2014 auprès de 44 migrants, dont trois mineurs, tous longuement auditionnés par une chercheuse, selon Le Monde. La moitié aurait subi des brutalités."Les demandeurs d'asile et migrants vivant dans le dénuement dans la ville portuaire de Calais sont victimes de harcèlement et d'exactions de la part de la police française", affirme l'ONG.
S'ils n'ont "rien de statistique", ces travaux mettent en lumière la brutalité du traitement réservé aux migrants clandestins, et peu compatible avec les "valeurs de la République" défendues dans un communiqué publié mardi en réponse à ces accusations, par les services de Bernard Cazeneuve.
Le ministre de l'Intérieur dément donc ces faits et déplore un problème de méthode: à savoir ne pas avoir "vérifié les allégations de violences policières dont elle fait état dans un document diffusé aujourd'hui (mardi, Ndlr)".
Lacrymogènes au visage et coups de bottes
"Dix-neuf personnes, dont deux des enfants, ont déclaré que la police les avait maltraitées au moins une fois, notamment par le biais de passages à tabac. Huit ont eu des membres fracturés ou d'autres blessures visibles, qui, selon leurs dires, ont été causées par la police à Calais et dans les environs. Vingt-et-un, dont deux enfants, ont confié que la police les avait aspergées de gaz lacrymogène", énumère Human Rights Watch.
La radio France Info précise de son côté la nature des violences qui seraient perpétrées par les 400 représentants des forces de l'ordre patrouillant jour et nuit à Calais. "Les coups de botte et matraque" entraînant "des fractures et plaies ouvertes" seraient ainsi monnaie courante. Tout comme les gazages à coups de lacrymogènes, y compris "aspergés dans le visage". Ainsi plusieurs hommes et femmes d'origine soudanaise, syrienne, érythréenne, auraient été littéralement passés à tabac. Une jeune femme a raconté s'être réveillée à l'hôpital après avoir perdu connaissance, sous la violence des coups. Autre pratique évoquée par Le Monde, le fait de confisquer leurs chaussures aux clandestins interpellés alors qu'ils tentaient de passer en Grande-Bretagne.
D'après les récits dont Human Rights Watch se fait l'écho, les brutalités policières ne répondraient en aucun cas à des infractions commises par ces migrants, dont la seule présence, "en ville, au bord d'une route, près d'une station-service" suffirait à déclencher cette répression apparemment gratuite.
Le ministère rappelle les efforts consentis par l'Etat et l'UE
Selon France Info, ces brutalités policières apparemment arbitraires viseraient en réalité à dissuader les migrants de demander l'asile à la France. Clémence Gautier-Pongelard, juriste à la plate-forme au service des migrants, explique au Monde, que ces violences dissuaderaient dans le même temps les victimes de porter plainte. Elle évoque même "des représailles" sur "un parking proche de la "jungle" (surnom de la zone forestière autour de Calais où s'étaient réfugiés des migrants après la fermeture du camp de Sangatte), après qu'une "main courante a été miraculeusement acceptée". Le préfet du Pas-de-Calais, Denis Robin, constate de son côté qu''"aucune plainte n'a été déposée par des migrants à Calais".
Le ministère de l'Intérieur rappelle pour sa part que "les policiers et gendarmes sont en effet soumis au contrôle de l’autorité judiciaire, d’autorités administratives indépendantes, comme le défenseur des droits, l’inspection générale de la police qui dispose d’une plateforme dédiée, ou de la gendarmerie nationale". Surtout les efforts mis en oeuvre par l'Etat et l'Union européenne pour améliorer les conditions de séjour sur le territoire français sont soulignés. Ainsi, est-il rappelé que les demandes d'asile sont examinées sous "un délai moyen 45 jours" par l'OFPRA. Sur le front humanitaire, "l'ouverture d'un accueil de jour, le Centre Jules-Ferry, depuis le 15 janvier", est rappelé, avec "un accueil de nuit exceptionnel dans le cadre du plan grand froid".












