A Calais, les tensions exacerbées par l'afflux de migrants

Des CRS discutent avec des migrants, le 5 août 2014, à Calais. Des heurts ont éclaté à plusieurs reprises au port faisant des blessés, dont un grave transporté à l'hôpital de Lille. - -
En un peu plus de 24 heures, des groupes de Soudanais et d'Erythréens se sont affrontés à trois reprises, dans le centre et dans la zone portuaire de Calais, malgré l'envoi d'une quarantaine de CRS en renfort dès dimanche soir. Ces migrants qui tentent de passer en Angleterre affluent toujours plus nombreux de l'Italie voisine, explique un rapport de la Police aux frontières (PAF).
Ces heurts ont fait au total près de 70 blessés, dont l'un a dû être héliporté dans un état grave à l'hôpital de Lille, dans la nuit de lundi à mardi.
Pour les associations calaisiennes de soutien aux migrants, ces violences répétées sont la conséquence d'une "guerre de territoires" que se livrent à Calais les groupes d'exilés, "devenus trop nombreux" et "prêts à tout pour essayer de passer en Angleterre".
Une augmentation de 50% en quelques mois
Entre 1.200 et 1.300 migrants seraient actuellement présents à Calais, une augmentation "de l'ordre de 50% en quelques mois", avait souligné lundi le préfet du Pas-de-Calais Denis Robin, en déplorant un accroissement des violences entre migrants, mais aussi entre migrants et chauffeurs routiers.
"Le nombre de personnes remontant d'Italie après avoir traversé la Méditerranée va continuer à augmenter au moins jusqu'à l'automne (la navigation devenant ensuite plus difficile). Plus le passage (en Angleterre) sera difficile, plus les tensions vont augmenter", redoute Philippe Wannesson, militant associatif.
Pour le porte-parole de France Terre d'Asile, Pierre Henry, ce phénomène est la conséquence "du refus de l'Union européenne de venir en aide à l'Italie, qui l'a demandée depuis le début de l'année lorsque des migrants sont arrivés sur ses côtes".
Un rapport préoccupant
Selon un rapport de la PAF, dévoilé mardi par Le Figaro, "entre le 1er janvier et le 30 juin 2014, 61.591 migrants irréguliers ont débarqué en Italie" contre "7.913 pour la même période en 2013 et seulement 4.301 pour les six premiers mois de 2012. Les Erythréens représentent 31% de ces migrants (18.282). Les Syriens arrivent en seconde position, avec 10.371 (17%)".
Cet afflux massif a eu pour conséquence une accentuation de "la pression migratoire sur la frontière avec l'Italie", et l'interpellation par la PAF de 5.235 personnes au premier semestre 2014, souligne le rapport.
La France pays de "transit"
Le ministère de l'Intérieur a indiqué qu'il s'agissait d'un "phénomène connu". "Cependant, tout, à commencer par la baisse des demandes d'asile en France au 1er semestre 2014, indique que la France est pour ces migrants un pays de transit", a souligné le ministère.
"Il s'agit très certainement de gens qui ont fui par la Libye grâce à une organisation mafieuse, qui échouent en Sicile et remontent la péninsule pour se disperser en Europe (...). La France peut être un pays d'installation pour certains, de transit pour d'autres", souligne Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, selon laquelle de nombreux Erythréens trouvent refuge dans les pays nordiques.
A Calais, selon les chiffres officiels, près de 7.500 clandestins ont été interpellés depuis le début de l'année alors qu'ils tentaient d'embarquer clandestinement pour la Grande-Bretagne, considérée comme un Eldorado.












