BFM

"Amalgames", "haine": le jeu de société "Fachorama" pointé du doigt par un syndicat de police, le ministère de l'Intérieur porte plainte

BFM Laura Cambaud, Mathieu Lepeigne, Chloé Berthod avec Orlane Edouard
placeholder video
Téléchargez la nouvelle app BFM
Commercialisé depuis novembre dernier, le jeu de cartes Fachorama, met en scène des personnalités associées à l'extrême droite. Il fait grincer des dents le syndicat de police Alliance, mais aussi le ministère de l'Intérieur qui a porté plainte.

Une sorte de jeu des 7 familles, mais sur un sujet un peu particulier. "Fachorama", jeu de cartes créé par le collectif La Horde, suscite de nombreux débats, depuis son lancement le 7 novembre dernier.

Avec ses 40 cartes illustrées, le jeu met en scène des personnalités politiques, des policiers ou encore des journalistes que les concepteurs du jeu associent à l'extrême droite. Parmi eux, on retrouve les "antiféministes", les "complotistes", les "conservateurs", les "flics racistes", les "identitaires", les "intégristes" et les "islamophobes".

"Entre potes, ce jeu peut être super drôle!", s'amuse un jeune joueur au micro de BFMTV.

"On fait beaucoup de généralités sur tout ce qui est 'facho', 'flic raciste' etc. Je trouve que c'est un peu marrant de les utiliser pour l'humour", estime encore son ami.

Pour gagner, rien de plus simple: composer le maximum de familles. Elles sont au nombre de sept: "On est chez nous" (les nationalistes), "Fachosphère" (sur les réseaux sociaux), "Votez pour moi" (les politiques), "Dieu famille Patrie" (les réseaux religieux), "C'était mieux avant" (les réactionnaires) ou encore "Coup de poing" (les violents).

Une plainte déposée par le ministère

Toujours vendu en librairie, le jeu "Fachorama" provoqué la colère du syndicat de police Alliance. "Ce qui se cache derrière ce jeu, c'est de la haine anti-flic, de la haine assumé. C'est évidemment strictement inacceptable et insupportable pour mes collègues qui, tous les jours, payent sur le terrain le prix fort de cette haine qui est décomplexé", affirme à BFMTV Michel Corriaux, délégué national Alliance Police nationale.

Sur X, le syndicat a d'ailleurs demandé aux distributeurs de retirer le jeu de société des rayons et des catalogues. "FachoRama est une insulte lancée contre nos collègues — caricatures, amalgames, haine. La haine déguisée en dérision ne doit jamais servir à humilier ou stigmatiser", peut-on lire.

Certaines cartes de "Fachorama" font notamment grincer des dents le ministère de l'Intérieur qui porte plainte contre ce jeu pour diffamation envers une administration publique, a appris BFMTV de l'entourage du ministre Laurent Nuñez.

Veste marron, t-shirt tête de mort, brassard orange et cure dent dans la bouche... La carte "flic raciste" représente, par exemple, un agent de la BAC brandissant son insigne. Selon les règles du jeu, il appartient à la famille "Coup de poing".

Il s'accompagne de la description suivante: "Contrôle au faciès, harcèlement des jeunes racisé.es, chasse aux manifestant.e: s'il ne fait qu'accompagner le racisme d'État, il a à coeur de faire du zèle dans chacune de ses missions. Normal, il fait partie des 60% de policiers qui votent à l'extrême droite!"

Jeu "Antifa" en 2022

La maison d’édition Libertalia, cofondée par Nicolas Norrito et Charlotte Dugrand n'en est pas à son premier coup d'essai. En 2022, son jeu de société "Antifa" avait suscité la critique du côté des syndicats de police et de l'extrême droite.

Sous la pression des élus du Rassemblement national, la Fnac avait temporairement retiré le jeu de ses rayons avant finalement de revenir sur sa décision estimant qu'il ne comportait "rien de nature à justifier un refus de le commercialiser".

Victime de son succès, le jeu "Fachorama" est pour l'instant en rupture de stock sur le site internet de la maison d'Édition Libertalia. Elle a annoncé une réimpression de nouveaux jeux disponibles en janvier. Contactée par BFMTV, la maison d’édition Libertalia n'a pas souhaité répondre à nos questions.