Les enfants impliqués dans des situations de harcèlement ont une santé mentale dégradée, selon une étude
Des enfants dans une école près de Bordeaux, en Gironde, le 2 septembre 2022. (Photo d'illustration) - Philippe LOPEZ / AFP
Si le constat n'est pas surprenant, il permet de mettre des chiffres sur la réalité de la santé mentale des enfants susceptibles d'être victimes ou auteurs de harcèlement. C'est ce qu'esquisse Santé publique France ce jeudi 22 janvier, en publiant les résultats de son étude Enabee 2022 en France hexagonale.
D'emblée, Santé publique France précise qu'il ne s'agit pas "d’une étude spécifiquement centrée sur le harcèlement". Les indicateurs utilisés ne peuvent pas affirmer avec certitude qu'un enfant est victime ou auteur de harcèlement.
Ils mentionnent des enfants "victimes probables de harcèlement", avec un "comportement agressif", ou qui cumulent ces deux facteurs, selon les déclarations de leurs parents et enseignants.
16% des 6-11 ans victimes probables de harcèlement
L'étude permet d'abord de dessiner une prévalence des situations liées au harcèlement pour les enfants de 6 à 11 ans. "Plus de 16% des enfants scolarisés en élémentaire sont victimes probables de harcèlement, près de 18% des enfants ont des comportements agressifs, et un peu plus de 6% des enfants cumulent le fait d'être victimes probables de harcèlement et d'avoir des comportements agressifs", résume Santé publique France dans un communiqué.
Les résultats se fondent sur les réponses de parents et enseignants de 8.200 élèves scolarisés du CP au CM2, recueillies en 2022, croisées avec des données sur la santé, l'environnement familial, le milieu socioéconomique, etc. Parents et professeurs devaient répondre aux questions suivantes: est-il harcelé ou tyrannisé par d'autres enfants? Se bagarre-t-il souvent avec les autres enfants ou les tyrannise-t-il?
"Les filles sont plus souvent identifiées comme des victimes probables de harcèlement et présentent moins souvent des comportements agressifs que les garçons", souligne aussi Santé publique France.
Une santé mentale plus dégradée
L'organisme public dépendant du ministère de la Santé a ensuite croisé ces résultats avec ceux concernant les troubles de santé mentale de ces enfants (troubles émotionnels, oppositionnels ou inattention/hyperactivité).
"Un peu moins de 7% d'enfants présente au moins un trouble de santé mentale chez ceux sans implication dans des situations de harcèlement, comparé à 40,9% des enfants cumulant victimation et agressivité", a déclaré Mariane Sentenac, chargée de projets scientifiques sur l'enquête Enabee - Santé publique France, lors d'une présentation de l'étude ce jeudi.
"Pour les victimes, l’agressivité peut en effet être un mécanisme de protection contre leur propre détresse émotionnelle, soulignant l’importance d’une prise en charge", souligne Santé publique France dans son communiqué.
Chez les enfants victimes probables de harcèlement, 22,6% présentent de possibles troubles de santé mentale, une proportion qui est de 18% chez les enfants au comportement agressif.
Des facteurs de vulnérabilité
Sans avancer d'explication ou de lien de causalité, l'étude note également que les enfants agressifs ou victimes probables de harcèlement "sont plus souvent issus de familles monoparentales, avec un parent ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile".
Les enfants "avec des troubles des apprentissages, ceux bénéficiant d’au moins un dispositif d’accompagnement à la scolarité, nés prématurément, en situation de surpoids ou d’obésité, ainsi que ceux avec de moindres compétences prosociales sont plus fréquemment victimes probables de harcèlement ou ont des comportements agressifs", ajoute le communiqué.
"Ces résultats confirment qu'il existe de multiples vulnérabilités, tant au niveau individuel que familial, chez les enfants impliqués dans des situations de type harcèlement", estime Mariane Sentenac.
Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France, insiste donc sur l'importance de la prévention et du repérage des situations de harcèlement à l'école.
3018: numéro unique contre le harcèlement
Le 3018 est le numéro national contre toutes les formes de harcèlement, y compris cyberharcèlement, concernant les jeunes, enfants et adolescents. Gratuit, anonyme et confidentiel, il est ouvert aux élèves, parents et professionnels 7 jours sur 7, de 9 heures à 23 heures pour tout renseignement ou signalement. Une application mobile est aussi disponible.












