Séquence "inacceptable", "polémiques inutiles": tensions à l'Assemblée nationale sur la présence de jeunes filles voilées en tribunes
L'Assemblée nationale le 30 octobre 2025 (illustration) - Photo par ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Que s'est-il passé dans les tribunes de l'Assemblée nationale? Depuis ce mercredi 5 novembre, des élus allant de la macronie au Rassemblement national (RN) s'insurgent contre la présence de jeunes filles voilées dans les tribunes de l'hémicycle dans le cadre d'une sortie scolaire.
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a jugé dans une publication sur X "inacceptable" la présence de "jeunes enfants" portant "des signes religieux ostensibles" au "cœur même de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, où a en particulier été votée la loi de 2004 sur la laïcité à l’école".
"Nous n’avions pas été confrontés à cette situation par le passé. J’ai appelé chacun à une extrême vigilance pour que cela ne se reproduise pas. C’est une question de cohérence républicaine", a-t-elle ajouté.
Le député et porte-parole du RN Julien Odoul a aussi dénoncé sur son compte X une "infâme provocation" et a déploré une "promotion du voilement des enfants".
Une classe d'une école privée en sortie scolaire
Les élus réagissaient à une photo publiée par le média d'extrême droite Frontières, sans que l'on ne connaisse l'identité ou l'âge des personnes portant un voile sur le cliché. Ce jeudi, le chef des députés Modem, Marc Fesneau, a pris la parole sur X pour clarifier les faits.
"Des élèves de deux établissements scolaires privés ont visité hier (mercredi, NDLR) l’Assemblée nationale, à leur demande, et dans le cadre d’un projet de l’un des établissements 'Démocratie et citoyenneté'. Cette venue a été organisée par mon équipe parlementaire, comme c’est l’usage pour toutes ces visites pédagogiques et donc, de facto, placée sous ma responsabilité. Retenu en Loir-et-Cher hier après-midi, je n’étais pas présent lors de leur visite", a-t-il écrit.
Or, la loi de 2004 qui prohibe, dans les écoles, collèges et lycées - et en sortie scolaire - le port de signes religieux ostensibles, ne s'applique pas aux établissements privés. Leurs élèves peuvent donc en porter lors de sorties scolaires, ce qui était le cas du groupe photographié à l'Assemblée.
Que dit le règlement de l'Assemblée?
L'autre question évoquée par plusieurs élus est celle des règles de l'Assemblée concernant le port de signes religieux. Comme l'ont souligné certains députés de gauche, le règlement intérieur de l'Assemblée nationale ne mentionne pas d'interdiction pour les visiteurs. L'article 8 indique seulement que "pour être admis dans les tribunes, le public doit porter une tenue correcte" et se tenir "assis, découvert et en silence".
Réagissant au message de Yaël Braun-Pivet, le député insoumis Éric Coquerel a déclaré: "pouvez-vous me dire à quel règlement de l’Assemblée vous faites référence pour interdire des signes religieux au public qui visite l’Assemblée? Je connais la loi de 2004 sur les écoles, mais pas celle que vous évoquez, ni même les lignes de notre règlement auxquelles vous faites référence".
"Je rêve ou la présidente de l’Assemblée nationale est en train de réagir à une polémique infâme lancée par le média d’extrême droite Frontières et de confirmer que de jeunes femmes musulmanes ne seraient pas les bienvenues pour assister aux débats publics?", s'est insurgée sur X la députée LFI Sarah Legrain.
En 2019, auprès de Public Sénat, le service communication de l'Assemblée nationale détaillait la règle concernant le port de signes religieux par le public. "Le port de tenues manifestant une appartenance religieuse n’est pas en soi interdit. Ce n’est que dans le cas où le président de séance estimerait que le port de telles tenues est de nature à troubler l’ordre ou le bon déroulement des débats qu’il pourrait être amené à prendre des mesures", expliquait-il.
L'Assemblée nationale précisait aussi que "cette tolérance permet d’accueillir en tribune des députées ou d’autres invitées étrangères voilées". Et soulignait que "l’article 8, qui dispose que le public qui assiste aux séances se tient 'découvert', n’est pas interprété à la lettre".
De son côté, Marc Fesneau dit "comprendre" que "la présence en tribune d'élèves portant un voile puisse choquer". "Je n'ai jamais transigé avec les règles communes qui sont celles de la République et cette situation ne me semble pas acceptable", a ajouté le député. Il appelle à "réellement appliquer" et à "expliciter" le règlement de l'Assemblée.
L'élu du Loir-et-Cher a néanmoins souligné que les élèves concernés "ont effectué leur visite sans difficulté et ont pu aborder tous les sujets y compris ceux ayant trait à la laïcité". "Ces polémiques sont inutiles et viennent surtout jeter des enfants à la vindicte populaire", a-t-il fustigé.











