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L'Assemblée adopte une résolution contre les Frères musulmans dans une atmosphère électrique

BFM MPB avec AFP
Laurent Wauquiez à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2026

Laurent Wauquiez à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2026 - Quentin de Groeve/Hans Luca /Hans Lucas via AFP)

Dans une ambiance délétère, l'Assemblée a adopté jeudi une résolution appelant au lancement d'une procédure en vue d'inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, avec le soutien du camp gouvernemental et du RN, et malgré l'opposition de toute la gauche.

Au terme de près de cinq heures de débats houleux, le texte inscrit à l'agenda de l'Assemblée par Les Républicains dans leur journée réservée, a été adopté par 157 voix contre 101.

Non contraignant, il appelle la Commission européenne à engager une procédure pour inscrire "la mouvance des Frères musulmans et de ses responsables sur la liste européenne des organisations terroristes", et demande à l'UE "une évaluation juridique et factuelle du réseau transnational des Frères musulmans".

Le gouvernement en position de neutralité

Le rapporteur Éric Pauget (LR) a défendu un texte contre un "mouvement politique" dont le projet est de "faire triompher la charia sur la loi de la République", estimant qu'une telle classification permettrait de geler des financements et faciliterait l'échange d'informations entre Etats.

Après le vote, le patron du groupe Laurent Wauquiez a estimé que le texte permettrait de sortir "d'un déni", appelant le gouvernement à relayer l'initiative à l'échelon européen.

Peu allant, le gouvernement avait toutefois rendu dans l'hémicycle un avis de sagesse (ni pour, ni contre), la ministre de la Francophonie Éléonore Caroit partageant "l'objectif" d'agir "contre la mouvance des Frères musulmans et son idéologie séparatiste", mais estimant le texte fragile juridiquement.

"Ce texte ne constitue en réalité qu'une diversion politicienne opportuniste, minable, qui risque d'alimenter la stigmatisation d'une partie de nos concitoyens sans faire reculer d'un iota l'influence de celles et ceux que vous prétendez combattre", a tancé la députée écologiste Dominique Voynet.

Propos polémiques de Laurent Jacobelli

Face à la presse, Laurent Wauquiez a aussi dénoncé "un travail d'obstruction" pendant les débats, visant notamment les insoumis.

La séance a été marquée par de nombreux incidents de séance. Comme lorsque Laurent Jacobelli, député RN, a fustigé l'opposition des députés LFI au texte : "les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, et bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI", a-t-il lancé, suscitant de multiples réactions et demandes de sanction à gauche.

La question sera tranchée lors d'une réunion du bureau de l'Assemblée le 18 février, a annoncé Sébastien Chenu, député RN qui préside alors la séance.

Vives tensions entre Sébastien Lecornu et Antoine Léaument

"Je ne peux un seul instant tolérer que vous insinuiez que mon engagement aille à l'encontre de l'égalité humaine", a vertement répondu le député Insoumis Pierre-Yves Cadalen, se disant lui-même homosexuel. Un autre épisode a impliqué Sébastien Chenu et le député LFI Antoine Léaument.

"Il est descendu (vers le bas de l'hémicycle) en hurlant et remettant en cause ma présidence, puis ne se calmant pas il m'a menacé en disant 'descendez on va discuter 'face-à-face'", a indiqué l'élu RN. Antoine Léaument dément toute menace physique : "j'ai dit, 'très bien, descendez discuter avec moi'".

Fondé en 1928 en Égypte, le mouvement pan-islamiste sunnite des Frères musulmans a un temps étendu son influence sur le monde arabe, mais a connu un recul ces dernières années sous la pression des grandes puissances arabes.