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Assassinat de Samuel Paty: pourquoi une députée insoumise est au cœur d’une polémique?

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La députée insoumise Nathalie Oziol le 16 février 2023 à Montpellier

La députée insoumise Nathalie Oziol le 16 février 2023 à Montpellier - BFMTV

Une enquête de Libération indique que la députée de l'Hérault a déclaré ne "pas être d'accord" pour dire "comme le maire de Montpellier", Michaël Delafosse (PS), "que c'est un fanatique musulman" qui a tué l'enseignant Samuel Paty en 2020. L'intéressée accuse le média de détourner ses propos.

"Clientélisme", "honte à vous", "à vomir"... La députée insoumise Nathalie Oziol se retrouve sous le feu des critiques de nombreux élus politiques après la publication d'une enquête en début de semaine du journal Libération portant sur des soupçons de communautarisme électoral envers le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

En cause: des propos tenus par la parlementaire de l'Hérault, également tête de liste de LFI pour les municipales 2026 à Montpellier, concernant l'attentat terroriste contre Samuel Paty en 2020.

Nathalie Oziol, apprend-on dans Libération, a déclaré en juin 2024 ne "pas être d'accord" pour affirmer "comme le maire de Montpellier", Michaël Delafosse (Parti socialiste, NDLR), "que c'est un fanatique musulman" qui a tué l'enseignant d'histoire-géographie.

De quoi faire largement réagir, alors que l'auteur de cet acte meurtrier, Abdoullakh Anzorov, avait revendiqué le fait d'avoir "vengé le prophète", jugeant, dans un message audio sur Instagram, que Samuel Paty l'avait "montré de façon insultante". "Frères, priez pour qu'Allah m'accepte en martyr", a aussi déclaré le jeune réfugié russe d'origine tchétchène, finalement abattu par la police.

LFI est accusée d'"instrumentaliser les cultes à des fins électorales", pour paraphraser la députée socialiste de l'Hérault Fanny Dombre-Coste, qui a asséné, sur le réseau social X: "À Montpellier, Nathalie Oziol semble confondre campagne municipale et clientélisme communautaire."

Les réactions ont fusé aussi au niveau national; le député RN Kévin Pfeffer taxant Nathalie Oziol de "députée LFIslamiste", tandis que son collègue de Renaissance, Charles Rodwell a écrit: "OUI, l’aveuglement de LFI vis-à-vis de l’islamisme est RÉEL."

Une boucle Whatsapp au cœur de l'enquête de Libération

Nathalie Oziol a tenu ces déclarations au moment où elle était interrogée par un certain Taibi Bouklit dans sa permanence de parlementaire. Lequel est présenté dans Libération comme l'administrateur d'une boucle WhatsApp intitulée "Oumma Montpellier". Déjà évoquée dans un article de l'Opinion, celle-ci a soutenu LFI lors des élections européennes et souhaite une défaite de Michaël Delafosse aux municipales 2026.

Dans cette boucle, il est reproché au maire d'avoir "projeté les caricatures de notre Prophète sur l'hôtel de région" après l'assassinat de Samuel Paty, selon Libération. Aussi, toujours d'après le quotidien, l'édile a dit que l'assassin de Samuel Paty était "un 'fanatique musulman' au lieu de parler de terroriste ou criminel barbare ou assassin extrémiste", déplore Taibi Bouklit.

En toile de fond, une supposée islamophobie de Michaël Delafosse, qui a fait de l'application ferme de la laïcité un cheval de bataille. Dans l'Opinion, Nathalie Oziol accusait ce dernier, élu en 2020, d'avoir "dévoyé la laïcité pour jeter la suspicion sur les musulmans".

LFI s'en prend à Libération

En réaction à l'enquête de Libération, Nathalie Oziol s'en est pris directement à la journaliste qui l'a écrite, Charlotte Belaïch, l'accusant de "ment(ir) dans son article au titre bien pourri en truquant (s)es propos et sans respect du contradictoire". La parlementaire a même qualifié la rédactrice de "menteuse récidiviste".

La raison? L'ouvrage La Meute - dont Charlotte Belaïch est la co-autrice - que LFI ne cesse de dénoncer, parlant d'un "collage de ragots et de fausses informations".

Le livre, paru en mai dernier, revient, avec de nombreux témoignages à l'appui, sur le fonctionnement interne de LFI en décrivant sa violence, la toute-puissance du leader Jean-Luc Mélenchon, ou encore les purges réservées à celles et ceux ayant critiqué le mouvement.

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Assassinat de Samuel Paty: le procès de l’entourage du terroriste au cœur de l’engrenage meurtrier
17:30

En août dernier, le mouvement insoumis avait interdit à l'autre auteur de La Meute, le journaliste Olivier Pérou (Le Monde), de se rendre à son université d'été. Libération, qui avait envoyé un autre rédacteur que Charlotte Belaïch, s'était alors retiré de l'événement pour protester contre cette décision.

Libération a diffusé un extrait vidéo de ces propos

Face au démenti et aux accusations de Nathalie Oziol, Libération a ensuite publié une vidéo ce jeudi 6 novembre avec les fameux propos de la parlementaire insoumise. L'élue déclare très exactement:

"En fait, la République, et la laïcité au sein de la République, est là pour garantir que tout le monde puisse être et croire en tranquillité, en sérénité. Là, ce n’est pas ça qui se passe depuis quelque temps. Moi, je ne suis pas d’accord pour que, lorsque l’attentat de Samuel Paty a eu lieu, on dise, et en tout cas tu l’as redit aussi, moi je l’ai retrouvé aussi ce tweet du maire de Montpellier, qui dit que c’est un fanatique musulman. En fait, on amalgame absolument tout (sic)."

La vidéo fait ensuite l'objet d'une coupure au montage, puis Nathalie Oziol explique:

"Il y avait un vrai problème avec l’attentat de Samuel Paty: c’est que lui-même avait alerté sur le fait qu’il se sentait en danger. [Il] avait alerté sa hiérarchie et en fait, à un moment donné, il n’y a que nous qui avons parlé du fait qu’il y a un problème d’écoute au sein de l’institution (sic)."

Et la députée insoumise, auparavant enseignante d'anglais, ajoute un peu plus tard:

"Il a été laissé seul ce monsieur. Et là, il y a un problème. Ce n’est pas une question de religion ou quoi. C’est une question de moyens, c’est une question de hiérarchie, c’est une question de comment le gouvernement considère l’Éducation nationale. (sic)"

Réactions de LFI et de la famille de Samuel Paty

Face à la diffusion de la vidéo, LFI a défendu sa députée. "Oui, vous êtes des menteurs et des truqueurs. Vous avez tronqué les propos de Nathalie Oziol dans cette vidéo où elle dit simplement que le fait que les alertes de Samuel Paty n’ont pas été traitées sérieusement par sa hiérarchie n’est pas une affaire de religion. Et vous essayez de lui faire dire autre chose", a accusé Manuel Bompard, coordinateur de LFI, sur X.

Sans réussir à éviter certaines critiques. Au-delà des politiques, Carine Chaix, avocate de Mickaëlle Paty, sœur de Samuel Paty, a publié un communiqué jeudi où elle dénonce des propos "indignes de la part d'une représentante de la nation".

"Le fanatisme musulman que vous refuser de nommer - par clientélisme, aveuglement, ou ignorance - a un nom, une doctrine, des relais et des victimes. En l'occurrence, Samuel Paty en fut l’une des plus tragiques incarnations", écrit-elle.