"Il y a quand même un énorme chemin à faire": le gouvernement réussira-t-il à faire adopter un budget en janvier?
Roland Lescure, ministre de l'Économie, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, et Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics le 22 décembre 2025 à l'issue du Conseil des ministres - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Maud Bregeon a pris un risque ce lundi sur BFMTV-RMC. Celui de voir l'une de ses déclarations être rapidement contredite. "Il y aura un budget en janvier", a assuré la porte-parole du gouvernement, désireuse de tourner ce chapitre si long et indécis dès le début de l'année.
Soucieuse, peut-être aussi, de mettre la pression sur les parlementaires. Lesquels pourraient se voir accusés de blocage, alors que le "monde avance à mille à l'heure", dixit la même Maud Bregeon, prenant pour exemple la récente capture du président vénézuelien Nicolàs Maduro par les États-Unis.
"Trop tôt pour dire qu'il y aura un budget en janvier"
Qu'importe: rien ne dit, pour l'instant, que la promesse de l'exécutif sera respectée, même si le calendrier joue en sa faveur, les parlementaires faisant une pause fin février pour laisser place à la campagne des municipales.
Certes, Sébastien Lecornu est parvenu à trouver un compromis permettant l'adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) mi-décembre, au prix notamment d'une suspension de la réforme des retraites, concédée aux socialistes.
Pour autant, l'entreprise s'annonce bien plus ardue pour le Premier ministre sur le projet de loi de finances (PLF), dont l'examen reprend à l'Assemblée en commission ce jeudi avant un examen en séance publique la semaine prochaine. Le budget de l'État n'a pu faire l'objet d'un accord au Parlement avant le 31 décembre, entraînant l'adoption d'une loi spéciale pour pallier provisoirement à son absence.
Symbole des difficultés autour de ce texte ô combien symbolique politiquement: seul un député avait voté pour l'adoption de sa partie "recettes" le 21 novembre dernier en première lecture. Les 404 autres parlementaires ayant pris part au suffrage s'étaient prononcé contre le texte.
Est-ce possible de renverser la tendance? Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure a assuré auprès de L'Humanité le 18 décembre que "jamais" sa formation ne voterait le PLF. Un propos sous-entendant qu'au mieux les socialistes s'abstiendront, alors qu'ils avaient voté pour le PLFSS.
Pour trouver une voie de passage, Sébastien Lecornu devrait également obtenir, a minima, l'abstention des écologistes et des communistes, comme sur le budget de la Sécu, alors que le Rassemblement national comme La France insoumise devraient à nouveau voter contre le PLF. Une source au sein du groupe parlementaire des Verts avait du mal à imaginer un tel scénario ce lundi. "Tout dépend des concessions et des bougés que le gouvernement est prêt à faire, mais en l'état cela me paraît compliqué", disait notre interlocuteur.
Le brouillard actuel invite forcément à la prudence. "Il y a quand même un énorme chemin à faire" pour parvenir à un accord, euphémise le député Les Républicains Jean-Didier Berger, jugeant qu'il est "trop tôt pour dire qu'il y aura un budget en janvier".
Le gouvernement utilisera-t-il le 49.3?
Pour le gouvernement, la situation semble d'autant plus inextricable que les uns et les autres poussent leur avantage. À gauche, le député socialiste Laurent Baumel plaide auprès de BFMTV pour des "recettes fiscales supplémentaires" et pour "rétablir certains budgets, au moins au niveau de l'année dernière". De l'autre côté de l'hémicycle, LR prône plutôt une baisse des dépenses.
Ces positions, bien que classiques à droite et à gauche, restent antagonistes et disent tout de la difficulté du moment. Sébastien Lecornu peut-il réellement trouver une issue favorable sur le budget de l'État via un vote?
Pour l'instant, le discours gouvernemental est toujours porté sur ce scénario. En ce sens, les différentes formations parlementaires hormis LFI et le RN sont reçues à Bercy ce mardi pour parvenir à un compromis.
Le spectre de la censure
Néanmoins, depuis des mois, plusieurs voix, notamment dans le bloc central et à droite, s'élèvent pour demander à Sébastien Lecornu de revenir sur sa promesse de renoncer à l'article 49.3. Même les socialistes, qui avaient exigé cette concession du Premier ministre, n'en font plus un casus belli.
Cet outil constitutionnel visant à faire adopter un texte sans vote permettrait au Premier ministre d'être certain d'obtenir un budget. Mais la contrepartie pourrait l'inquiéter, en l'exposant à une motion de censure des oppositions.
Autrement dit, 49.3 ou pas, le chef du gouvernement devra trouver un compromis avec les socialistes pour s'assurer, soit qu'ils s'abstiennent sur le PLF, soit qu'ils ne votent pas la censure.
Le député PS Laurent Baumel résume: "Rien ne permet de faire l'économie d'une discussion de fond. Le vrai sujet est: avons-nous une forme d'accord, une forme de consentement autour d'un budget qui n'est le budget de personne en particulier mais qui comporte des idées, des traces des uns et des autres? Si vous n’avez pas de compromis, vous n’avez aucune procédure qui vous permet de passer un budget."












