Ni Jean-Luc Mélenchon ni Raphaël Glucksmann, présence incertaine du PS: la primaire de la gauche pour la présidentielle doit faire face à de nombreux obstacles
Les principaux partisans de la primaire à gauche à Tours le 24 janvier 2026 - ROMAIN PERROCHEAU / AFP
Définitivement lancé, le train des "unitaires" arrivera-t-il à destination? Après que les différents partisans d'un candidat commun à gauche pour la présidentielle de 2027 ont acté ce samedi à Tours l'organisation d'une primaire le 11 octobre prochain, de nombreux obstacles persistent sur leur chemin.
Certes, la photo de famille faite pour l'occasion présente son lot de potentiels "présidentiables", dont le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, pas encore officiellement déclaré dans la course, mais aussi son homologue des Écologistes Marine Tondelier ou les anciens insoumis François Ruffin et Clémentine Autain, qui ont déjà acté leur candidature.
Pour autant, certains brillent par leur absence. Où est La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon avait réuni 21,95% des voix au premier tour en 2022? L'opposition des insoumis à ce système de départage est connue - "toutes les primaires jusqu'à maintenant ont échoué à donner un vainqueur", a encore tancé le député Éric Coquerel dimanche sur France 3 - mais elle n'en constituent pas moins une embûche sur la route des "unitaires".
D'autant que LFI n'est pas la seule à rouler en solitaire. Un certain Raphaël Glucksmann aussi. L'eurodéputé, premier à gauche lors des élections européennes, est resté loin du rendez-vous de samedi. Plus que cela, il est venu confirmer lundi sur BFMTV-RMC qu'il ne participerait pas à une primaire et "ne changerait pas d'avis", comme l'espèrent certains défenseurs de ce processus.
Un duel entre deux gauches
Seule une candidature commune permettra de vaincre l'extrême droite continuent néanmoins de marteler ces derniers, à l'image de Marine Tondelier qui a déclaré samedi: "Toutes les personnes qui prétendent pouvoir se qualifier au deuxième tour seules vous mentent, se mentent à elles-mêmes et mentent à leurs électeurs."
Problème: pour l'instant, Raphaël Glucksmann comme Jean-Luc Mélenchon sont les seuls à émerger à gauche dans les sondages, les deux apparaissant non loin d'une qualification au second tour.
L'un comme l'autre mettent en scène un potentiel duel entre deux gauches. Chacun à leur manière. Raphaël Glucksmann a évoqué "deux pôles" lundi. "D'un côté Jean-Luc Mélenchon, le populisme, la brutalisation du débat public, le refus de l'Union européenne et de l'autre, une gauche sociale démocrate qui assume de vouloir gouverner le pays, qui est viscéralement pro-européenne."
Côté insoumis, Éric Coquerel a opposé une candidature "d'accompagnement", c'est-à-dire "compatible avec le macronisme", à une autre, celle de La France insoumise "de rupture".
Cet affrontement n'est pas la seule épine dans le pied des "unitaires". Pour eux, un autre problème se situe chez les socialistes. Solidaires entre eux pour passer la tempête budgétaire, les roses n'ont pas hésité à afficher leurs divergences samedi, l'opposition interne d'Olivier Faure manifestant son mécontentement face à sa venue à Tours.
"Sa présence, alors qu'il n'avait pas de mandat du bureau national du Parti socialiste, qui est notre instance décisionnaire, ça me gêne, je le dis", a déclaré Patrick Kanner, patron des sénateurs PS, sur France Info dimanche, se disant "perplexe" concernant les primaires.
Quid du Parti socialiste?
Au sein du PS, certains poussent pour la désignation d'un candidat par consensus et dessinent un périmètre allant du PS à Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve ainsi que l'écologiste Yannick Jadot.
François Hollande est de ceux-là. Pour l'ancien président, cité par l'AFP, "la preuve que la primaire n'a pas de sens, c'est bien ce qui se passe à l'Assemblée, où Écologistes, Autain et Ruffin ont voté pour la censure de LFI et contre le budget au risque de faire sauter le gouvernement quand les socialistes cherchaient une issue".
Ex-premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis a également joué sur les divergences stratégiques récentes entre les différents protagonistes de la primaire, écrivant dans une note de blog:
"Comment comprendre qu'[Olivier] Faure ferraille le mercredi contre ceux qui mettent en cause sa démarche de compromis, se présente comme le chantre de la gauche réformiste, se gausse à raison de ceux qui se 'limitent à la critique', dont Les Écologistes, en déclarant: 'Où étaient-ils quand il fallait peser dans la discussion ?', et pactise avec eux le samedi autour du 'socle commun de la rupture' dans la conférence de presse annonçant la primaire?"
"Les socialistes ne penseront jamais tous pareil, c'est dans notre ADN", a relativisé Olivier Faure ce samedi, d'après des propos rapportés par Le Figaro, rappelant que le processus de primaire serait soumis après les municipales au vote des militants socialistes, qu'il tentera de convaincre.
"Nous avons des divergences, nous avons des différences. Simplement, nous estimons que le moment fait que ce que nous avons en commun est infiniment supérieur à ce qui nous divise", a également défendu Clémentine Autain.
Fabien Roussel également aux abonnés absents
En plus de dépasser le duel Mélenchon-Glucksmann et les oppositions internes au PS, les "unitaires" devront également, dans une moindre mesure, réussir à convaincre le Parti communiste français (PCF) de monter à bord. Ou plutôt son ambitieux secrétaire national, Fabien Roussel. Candidat à la présidentielle de 2022, l'ex-député ne montre que peu d'allant pour cette primaire et était également aux abonnés absents samedi.
Pas de quoi inquiéter les partisans de la primaire. "Quand le train (de la primaire) aura démarré ceux qui seront restés à quai auront l'air bien bête", a voulu croire François Ruffin ce samedi.












