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"Vous avez brisé ma vie": menacée par un "contrat" de la DZ Mafia, l'ex-directrice de la prison des Baumettes raconte au procès les conséquences de cet "appel à un assassinat"

BFM Alexis Pluyette
Un gardien de prison aux Baumettes, à Marseille.

Un gardien de prison aux Baumettes, à Marseille. - NICOLAS TUCAT / AFP

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Deux ans de prison dont six mois avec sursis, avec mandat de dépôt ont été requis ce mardi par la procureure contre deux détenus soupçonnés d'avoir relayé sur les réseaux sociaux un "contrat" promettant 120.000 euros pour l'assassinat de la directrice de la prison des Baumettes.

Deux détenus devaient comparaître ce mardi 13 janvier devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille pour apologie publique de crime ou délit et pour menace, violence ou acte d’intimidation envers une personne dépositaire de l’autorité publique. Ils sont soupçonnés d’avoir relayé sur les réseaux sociaux en mars dernier un "contrat" provenant de la DZ Mafia qui promettait 120.000 euros pour l’assassinat de la directrice de la prison des Baumettes.

L'une des deux prévenus, Sabrina M., a refusé de comparaître. Elle est actuellement incarcérée à la prison de Rennes pour vol avec violence, recel et outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

De son côté, Othmane B. a comparu en visio-conférence depuis la prison de Nantes où il a été récemment transféré. Il était incarcéré depuis juin 2024 à la prison de Val de Reuil pour vol aggravé, viol, séquestration et proxénétisme aggravé.

"Je prends d’énormes risques à être là aujourd’hui"

Karine L., directrice de la prison des Baumettes au moment des faits, était présente, sous protection des ERIS, les unités d’intervention de l’administration pénitentiaire et vêtue d'un gilet pare-balles. Pour des raisons de sécurité, Karine L. a dû quitter son poste peu après les faits en mars. Elle est actuellement en poste à Paris.

"Vous avez brisé ma vie! Ce que vous avez fait a bouleversé ma vie. C’est un appel à un assassinat avec un risque majeur de mourir, un risque pour mes amis, pour ma famille, pour la France", a-t-elle lancé à la barre.

Karine L. explique qu'elle a "dû partir de Marseille en 15 jours, pour un poste à Paris qu'(elle) n’a pas choisi". "Je suis partie toute seule. Je prends d’énormes risques à être là aujourd’hui. Ça fait un an que je suis à l’isolement. J’ai été arrachée en plein vol à six mois de l’ouverture des Baumettes 3 (ndlr: une extension du centre pénitentiaire). Je ne vais pas bien tout", raconte-t-elle.

Un prévenu qui "n'a aucun lien avec le narcotrafic"

De son côté, Othmane B. reconnaît avoir relayé "sans faire attention au contenu" le message de la DZ Mafia. Il a fait une capture d’écran sur TikTok puis relayé sur Snapchat. "Je n’ai pas fait attention à ce qui était écrit en petit. Je suis désolé d’avoir relayé, je m’en veux énormément, j’ai fait le con", regrette-t-il aujourd'hui.

Le prévenu explique posséder un compte de pari sportif sur Snapchat dont le nom commence aussi par DZ, une référence à sa nationalité algérienne. "J’ai fait ça pour avoir plus de gens pour mes pronostics", se justifie Othmane B.. Ce dernier explique "n'avoir aucun lien avec Marseille et le narcotrafic".

"J’ai relayé et j’ai supprimé le message une heure après", poursuit-il, précisant ne pas connaître Karine L.

Ces explications confuses n’ont pas convaincu la présidente du tribunal et les avocats de la défense. Ces derniers ont évoqué les conséquences durables sur la vie quotidienne de leur cliente.

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"La peur n’empêche pas de mourir, elle empêche de vivre. En mars 2025, c’est le départ précipité de Marseille. Puis elle est placardisée en Paris. Après avoir servi la justice pendant 30 ans", a soutenu Kevin Lefebvre-Goirand, l'avocat de Karine L.

La procureure a requis deux ans de prison dont six mois avec sursis, avec mandat de dépôt contre les deux prévenus, estimant que "les réseaux sociaux sont un levier majeur du crime organisé pour propager la haine et mieux s’organiser." "Une publication n’a rien d’anodin. Avec Othmane B, nous ne sommes pas au cœur de la DZ MAFIA, nous sommes dans ses marges diffuses et opaques (...). Des gens comme Othmane B. élargissent la base de diffusion de la DZ Mafia. Il faut donc une grande vigilance et une grande fermeté", détaille la procureure.

De son côté, l’avocate d'Othmane B. ne nie pas la gravité des faits, mais conteste la qualification des faits pour "apologie" et "intimidation". Elle a demande la relaxe de son client. Le jugement a été mis en délibéré au 28 janvier prochain.