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Viols de Mazan: Gisèle Pelicot dénonce "un procès de la lâcheté"

BFM S.C avec AFP
Gisele Pelicot au palais de justice d'Avignon lors du procès de son ancien compagnon Dominique Pelicot accusé de l'avoir droguée pendant près de dix ans et d'avoir invité des inconnus à la violer à leur domicile de Mazan, le 17 septembre 2024.

Gisele Pelicot au palais de justice d'Avignon lors du procès de son ancien compagnon Dominique Pelicot accusé de l'avoir droguée pendant près de dix ans et d'avoir invité des inconnus à la violer à leur domicile de Mazan, le 17 septembre 2024. - Christophe SIMON / AFP

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Le procès des viols de Mazan est celui "de la lâcheté", a accusé ce mardi 19 novembre Gisèle Pelicot, la victime principale de ce dossier hors norme, estimant qu'il était temps que la société "change de regard" sur le viol.

"Il est grand temps que la société machiste, patriarcale, qui banalise le viol, change. Il est temps qu'on change le regard sur le viol." Gisèle Pelicot a pris une dernière fois la parole devant la cour criminelle du Vaucluse ce mardi 19 novembre, dans le cadre du procès des viols de Mazan.

Elle a dénoncé "le procès de la lâcheté", après plusieurs mois d'audience lors desquels de nombreux accusés ont rejeté toute responsabilité dans les viols dont elle a été victime alors qu'elle était droguée par son mari, Dominique Pelicot.

"Je viens d’entendre le dernier co-accusé, a-t-elle dit en préambule. J’avoue que depuis le début de ce procès, j’ai entendu énormément de choses inaudibles, inacceptables. J’en ai pris conscience. Je savais à quoi j’allais m’exposer. Je reconnais que la fatigue se fait ressentir."

"J'ai vu défiler à la barre des individus qui nient le viol", pour la plupart, et "j'ai beaucoup de mal face à cette banalité. J'ai envie de dire à ces hommes: à quel moment quand vous pénétrez dans cette chambre Madame Pelicot vous a donné le consentement? A quel moment face à ce corps inerte vous prenez conscience? A quel moment vous n'allez pas le dénoncer à la police?", a-t-elle ajouté.

"J'ai entendu: 'j'étais téléguidé', j'ai entendu 'j'ai bu un verre d'eau, j'étais drogué'. Mais à quel moment ils n'ont pas percuté?".

"J'ai perdu 10 ans de ma vie"

Gisèle Pelicot a ensuite été questionnée par plusieurs avocats sur sa relation avec son ex-mari ou sur comment elle a pu ne rien déceler des quelque 200 viols subis entre 2011 et 2020, dont la moitié perpétrés par son mari. "Il y en a peu qui assument leurs actes. Ils ont violé ! J'entends ce monsieur qui dit 'un doigt, c'est pas un viol'. Qu'il s'interroge !", s'est-elle insurgée.

Elle a également réfuté le fait qu'elle ait pu pendant les 50 ans de sa vie avec son ex-mari être "sous emprise" ou "manipulée": "Est-ce que vous croyez que je serai restée pendant 50 ans avec quelqu'un qui me manipulait ? (...) Absolument rien ne m'a mis la puce à l'oreille!".

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"Comment as-tu pu me trahir à ce point?", la glaçante confrontation de Gisèle Pelicot face à son mari
16:47

"Monsieur Pelicot avait beaucoup de fantasmes, que je ne pouvais pas tous assouvir avec lui. Mais pourquoi on en arrive là ? Je pense que ce qu'il voulait, c'était madame Pelicot et pas une autre personne. Comme je ne voulais pas aller dans un club échangiste, il s'est dit avoir trouvé la parade en m'endormant".

"J'ai perdu 10 ans de ma vie que je ne rattraperai jamais. Jamais! Jamais cette cicatrice ne se refermera!", a-t-elle lâché.

Un verdict attendu fin décembre

La phase des plaidoiries débute cette semaine dans ce procès. Elle commence, comme c'est la règle, par celle des avocats des parties civiles, c'est-à-dire Gisèle Pelicot, ses trois enfants, ses deux belles-filles et certains des petits-enfants.

Puis ce sera le tour du réquisitoire, par les deux représentants du ministère public, prévu sur deux jours dans le calendrier initial, normalement jeudi et vendredi. La parole sera ensuite donnée, à partir du 25 novembre, aux avocats des 51 accusés, pendant trois semaines, avec pour dernière intervention celle de Me Béatrice Zavarro, conseil de Dominique Pelicot. Il restera alors une semaine aux cinq magistrats professionnels de la cour pour délibérer, avec un verdict attendu le 20 décembre au plus tard.