Soumission chimique: "l'intention sexuelle" au cœur des débats au dernier jour du procès de Joël Guerriau
L'ancien sénateur Joël Guerriau, soupçonné d'avoir drogué la députée Sandrine Josso afin de la violer en novembre 2023, à son procès le 26 janvier 2026 au tribunal correctionnel de Paris. - Photo par STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Me Henri Carpentier fait les cent pas. L'avocat de Joël Guerriau s'apprête à plaider devant le tribunal judiciaire de Paris. Quelques minutes plus tôt, le procureur de la République a requis quatre ans de prison, dont trois ans ferme, à l'encontre de son client, l'ex-sénateur de Loire-Atlantique.
Au terme d'un long délibéré, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Joël Guerriau à 4 ans de prison, dont 30 mois avec sursis probatoire, ce mardi 27 janvier. Il a également prononcé un mandat de dépôt à effet différé, sans exécution provisoire, à l'encontre de l'ancien sénateur. Le tribunal n'a donc pas retenu la thèse accidentelle, écartant la version de Joël Guerriau qui évoquait un "acte d'inadvertance". Son avocat, Me Henri Carpentier a dores et déjà annoncé faire appel.
"La soumission chimique, ce n'est pas de la séduction"
Plus tôt dans la journée, Me Henri Carpentier avait envoyé un message clair au tribunal: son client, Joël Guerriau, "ne doit pas être le symbole de la soumission chimique". L'avocat avait refusé que ce dossier soit d'ailleurs celui de la soumission chimique. Il en a pourtant été question tout au long de cette seconde et dernière journée d'audience.
Me Arnaud Godefroy, l'avocat de Sandrine Josso, y a fait référence dès les premières minutes de sa plaidoirie. "Il a dit qu'il ne voulait pas séduire Sandrine Josso. Mais la soumission chimique, ce n'est pas de la séduction", a rappelé l'avocat aux lunettes arrondies.
Pour l'avocat, l'essentiel du dossier se jouait aussi ailleurs. "Joël Guerriau ne fait que mentir", a appuyé la robe noire. "Il a menti hier (...) il a menti à sa famille. Il nous a également menti sur son état dépressif au moment des faits (....) il nous ment aussi sur la connaissance du produit."
Si Joël Guerriau ment, "c'est parce qu'il est mal à l'aise", a estimé l'avocat. "Il est mal à l'aise, car la MDMA représente 22% des drogues utilisées dans la soumission chimique", a poursuivi Me Arnaud Godefroy, revenant en détail sur les différentes recherches internet de Joël Guerriau, un mois avant la soirée du 14 novembre 2023.
"Il nous ment sur l'intention qui est la sienne"
"Il nous ment aussi sur l'intention qui est la sienne", a ajouté l'avocat de la députée de Loire-Atlantique, rappelant la cohérence des propos tenus par sa cliente depuis cette soirée de novembre 2023. L'intention, cette pièce centrale du dossier. Joël Guerriau a-t-il intentionnellement mis de la drogue dans la coupe de champagne colorée de Sandrine Josso afin de la violer?
"La personnalité de M. Guerriau confirme l'intention sexuelle", a estimé Me Arnaud Godefroy, citant les recherches sur la drogue, ses effets, les sites pornographiques et d'escort-girls effectuées par le prévenu. "Monsieur Guerriau, qui n'a jamais été agressif, a fait comme toute personne qui drogue une fille (...) Il a mis de la poudre dans le verre en attendant que le produit fasse effet."
"Quand on juxtapose l'ensemble des éléments, la réalité, c'est que Monsieur Guerriau savait pour la MDMA, la vérité, c'est qu'il a intentionnellement intoxiqué Madame Josso dans un but de nature sexuelle", a tranché Benjamin Coulon, le procureur de la République. La version de Joël Guerriau, elle, reste inchangée depuis le début de l'affaire: il ne savait pas que cette poudre était de la drogue.
Des faits "d'une extrême gravité"
"Il est important que Joël Guerriau mesure un jour que les faits qui lui sont reprochés sont d'une gravité extrême", a encore dit Benjamin Coulon, rappelant le casier judiciaire vierge du prévenu qui avait voté en 2018 la loi sur la soumission chimique.
"Monsieur Guerriau a indiqué qu'il soutenait Madame Josso dans sa lutte contre la soumission chimique. Moi ce que je crois, c'est que c'est la condamnation de Joël Guerriau à l'issue de l'audience qui servira le mieux la cause contre la soumission chimique", a tranché le procureur de la République.
Retour à la plaidoirie de Me Henri Carpentier. Point par point, l'avocat a repris l'instruction judiciaire, mais aussi les déclarations de Sandrine Josso et celles du procureur de la République. Les sachets que Sandrine Josso dit avoir vus le soir du 14 novembre 2023 "ne prouvent rien". Les recherches internet? Elles ont été faites dans un train, au vu de tous dans un wagon bondé de première classe, un mois avant leur soirée. Et il l'a assuré au tribunal: elles ne permettent pas de retenir "l'intention sexuelle de Joël Guerriau".
Quant au jogging que Joël Guerriau portait le soir des faits (Sandrine Josso en a fait mention lundi en déposant à la barre; Ndlr), "ce n'est pas sérieux" de retenir "l'intention sexuelle de Monsieur Guerriau, qui consisterait à violer une femme, à sa tenue vestimentaire", a estimé Me Henri Carpentier.
"Je n'ai pas voulu créer une soumission chimique"
Me Marie Roumiantseva, qui assurait elle-aussi la défense Joël Guerriau, est entrée en jeu. "Il n'y a pas assez d'éléments de preuve pour caractériser" l'une ou l'autre infraction, a dit l'avocate sans faire durer le suspens: "Je demande la relaxe de mon client."
Le mot de la fin revient à Joël Guerriau. "Je suis totalement écrasé par ce que le procureur a requis et ses conclusions. Je n'ai jamais eu l'intention de commettre une agression et de faire du mal à Madame Josso. Je l'ai dit et répété. Je suis abattu", a dit d'un ton à peine audible l'ancien sénateur, sa parka de pluie sur le dos. "J'ai de la compassion pour Sandrine. J'ai l'impression qu'on me la reproche. Je n'ai pas voulu créer une soumission chimique. J'ai jamais eu cette intention là."
À sa sortie du tribunal correctionnel après le prononcé de la condamnation de Joël Guerriau, Sandrine Josso a exprimé son "immense soulagement" de voir sa qualité de victime être reconnue.












