Salah Abdeslam dans une démarche de justice restaurative? Le parquet antiterroriste veut la limiter aux condamnés qui ont "rejeté la radicalité violente"

Salah Abdeslam (c) et Sofien Ayari (g) dans le box des accusés lors du procès des attentats jihadistes de 2016, le 3 avril 2023 à Bruxelles - John THYS
Salah Abdeslam peut-il s'engager dans une démarche de "justice restaurative" aux côtés des victimes de terrorisme? La question agite depuis que son avocate, Me Olivia Ronen, a fait savoir au micro de franceinfo mardi 11 novembre que son client "aimerait pouvoir expliquer la situation, discuter, ouvrir une porte aux parties civiles si celles-ci le souhaitent, pour pouvoir évoquer la détention et évoquer ce procès-là".
La justice restaurative, qui émerge depuis une dizaine d'années en France, ne se substitue pas à la justice pénale. Les rencontres entre auteurs et victimes d'une même infraction, mais pas de la même affaire, constituent la mesure la plus connue. D'autres dispositifs existent, comme la médiation restaurative, qui associe victime et auteur de la même affaire.
La réponse du parquet-national antiterroriste (Pnat) à Salah Abdeslam est mitigée ce 12 novembre. Dans un communiqué, les magistrats antiterroristes indiquent que "le rejet de la radicalité violente (sera) nécessairement un prérequis" pour participer à de telles rencontres.
Un terroriste toujours radicalisé
Si Salah Abdeslam n'est pas nommé directement, le seul survivant des commandos terroristes de Paris n'est, aux yeux du Pnat, pas éligible. Ce dernier n'a jamais désavoué l'État islamique ni regretté sa participation aux attentats du 13-Novembre, en accompagnant les commandos et en portant une ceinture d'explosifs.
Interrogée à son sujet sur RTL lundi 10 novembre, la cheffe de la DGSI, Céline Berthon, précisait d’ailleurs que Salah Abdeslam restait "un individu qui demeure radicalisé et convaincu de l'idéologie mortifère qu'il a suivi pendant des années et qui l'a conduit à passer à l'acte".
Un "comité de pilotage" pour déterminer l'accompagnement des victimes
Mais le Pnat n'écarte pas d'un bloc le recours à la justice restaurative pour des condamnés terroristes. "Certaines mesures de justice restaurative ont (…) déjà été initiées et parfois mises en œuvre en France en matière terroriste. Par ailleurs, plusieurs victimes d'infractions terroristes ont fait part au Pnat de leur souhait de se voir proposer la participation à une telle mesure", indique-t-il.
Le sujet fait son chemin. Le Pnat a déjà mis en œuvre un "comité de pilotage" et diligenté "de premiers travaux internes dès décembre 2024", en partenariat avec des associations de victime du terrorisme.
Ces travaux ne sont pas terminés. Charge reviendra à ce comité – dont on ignore la composition exacte - "de définir les modalités d'accompagnement des victimes désireuses de se voir proposer une telle mesure". Mais quels condamnés terroristes y auront droit? À ce comité de le dire et de fournir des critères. Mais le Pnat a d'ores et déjà fixé sa ligne rouge: le rejet de la violence.












