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Procès de Frédéric Péchier: l'accusé réfugié derrière "une forteresse de mensonges", selon une anesthésiste

BFM A.Si. avec AFP
Frédéric Péchier à la cour d'assises du Doubs, à Besançon, le 8 septembre 2025

Frédéric Péchier à la cour d'assises du Doubs, à Besançon, le 8 septembre 2025 - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP

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Lors du procès du Dr Frédéric Péchier, accusé d’avoir empoisonné 30 personnes— dont 12 sont mortes—, une anesthésiste a déclaré ce mercredi 26 novembre devant la cour d’assises du Doubs qu’elle nourrissait "l’intime espoir d’aveux", alors que l’accusé se retranche derrière des "mensonges", selon elle.

Anesthésiste d'un des trente patients que le Dr Frédéric Péchier est accusé d'avoir empoisonnés, Loubna Assila a raconté ce mercredi 26 novembre à la cour d'assises du Doubs sa "descente aux enfers" et son "intime espoir" déçu d'entendre les aveux d'un accusé "enfermé" selon elle "dans une forteresse de mensonges".

Cette femme de 41 ans, qui s'est adressée à la cour avec des mots forts et une émotion contenue, prête à déborder, a raconté son arrivée en novembre 2015 à la clinique Saint-Vincent, à Besançon, où ont eu lieu la plupart des empoisonnements reprochés à son collègue.

"Je m'aperçois rapidement que je ne m'y plais pas: le rythme de travail est extrêmement soutenu; l'ambiance est extrêmement virile, avec une certaine hostilité à l'égard des jeunes femmes anesthésistes", a-t-elle déclaré, déplorant que "pour certains médecins, la priorité absolue c'est l'argent. La médecine n'est pas une fin en soi, mais un moyen de devenir très riche".

Une ambiance toxique et des alertes ignorées

Elle constate vite aussi le nombre anormalement élevé d'EIG (évènements indésirables graves) à la clinique Saint-Vincent.

Nommée gérante de la Société des anesthésistes de l'établissement, la jeune praticienne prend vite conscience des conflits qui gangrènent le groupe, et le rôle central de Frédéric Péchier dans ceux-ci. Alors qu'elle tente de remettre de l'ordre dans la société, Frédéric Péchier lui adresse un mail dans lequel il l'accuse d'être une "JEUNE ASSOCIEE indigne".

Eprouvée par ces accusations, enceinte, après avoir "perdu tardivement des jumeaux" peu de temps avant son arrivée à la clinique, elle part en arrêt maladie six semaines. Le jour de son retour, son premier patient, Henri Quenillet, 73 ans, est victime d'un arrêt cardiaque soudain.

À la barre, la praticienne n'a aucun doute: le septuagénaire est mort d'une "hyperkaliémie (excès de potassium) d'origine exogène, le mode opératoire à ce moment-là affectionné par monsieur Péchier".

"J'avais l'intime espoir qu'il fasse des aveux"

L'accusation soupçonne l'anesthésiste d'avoir introduit du potassium dans les poches de perfusion de plusieurs patients pour provoquer leur arrêt cardiaque et ainsi nuire à ses collègues anesthésistes qui en avaient la charge.

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Surdoué ou manipulateur? Accusé d'avoir empoisonné 30 patients, Frédéric Péchier clame son innocence
16:17

Le décès de son patient et la mise en examen du Dr Péchier en mars 2017 entrainent la "descente aux enfer" de la jeune mère dont "le mariage est parti en lambeaux" et qui a "sombré dans la dépression".

"J'avais l'intime espoir qu'il fasse des aveux", dit Loubna Assila, "mais je pense qu'il s'est enfermé dans une forteresse de mensonge et j'espère que les jurés auront du discernement et qu'il sera condamné pour ces 30 empoisonnements".

Frédéric Péchier, 53 ans, a toujours clamé son innocence. Il comparaît libre, mais encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu d'ici le 19 décembre.