INFO BFMTV. Incendie de Crans-Montana: ces manquements qui pourraient aussi incriminer la commune et son ancien chargé de sécurité
Le bar "Le Constellation" à Crans-Montana en Suisse le 2 janvier 2026, où un incendie dans la nuit du Nouvel An a fait 40 mortes et 119 blessés - MAXIME SCHMID
"L'enquête va prendre du temps", avertissait dès la première semaine de janvier Béatrice Pilloud, la procureure générale du canton du Valais. Et à la fin, qui sera responsable? Qui retrouvera-t-on sur les bancs du tribunal? Tout comme le couple Moretti - les propriétaires -, l'ancien chargé de sécurité de la commune de Crans-Montana est à présent poursuivi dans cette affaire. Il est convoqué pour être auditionné le 9 février prochain.
Cette nouvelle n'a surpris personne parmi les acteurs du dossier. Depuis le départ, beaucoup d'avocats et familles de victimes pensent qu'il y a de multiples responsabilités dans ce drame... Au vu des différents contrôles du bar Le Constellation, le chargé de sécurité a relevé des lacunes en matière de sécurité, et la commune ne pouvait les ignorer.
BFMTV a pu consulter les documents que le conseil communal de Crans-Montana a transmis à la justice.
Des manquements relevés, jamais corrigés
Cet ancien chargé de sécurité a signé les deux "rapports d'inspection" du Constellation. Ceux-ci sont les conclusions des "inspections périodiques", lors desquelles doivent notamment être vérifiées les mesures de "protection incendie" des commerces de la commune. Pour rappel, ces contrôles doivent être effectués annuellement. Pourtant, au Constellation, il n'y en a eu que trois en 10 ans, le dernier datant de 2019.
Dans ces deux derniers rapports, datés de 2018 et 2019, le chargé de sécurité relève de nombreux manquements à la sécurité.
Lors de son inspection en 2018, il ne pointe pas moins de sept défauts. La cage de l'escalier du sous-sol est en bois, alors qu'il ne faut pas de matériaux "combustibles" pour une voie de secours. L'une des sorties de secours, ne mène pas directement à l'air libre, comme recommandé, mais dans la galerie marchande. Les portes d'entrées ne s'ouvrent pas vers l'extérieur pour faciliter la fuite.
Du côté du matériel, le rapport indique qu'il n'y a pas d'extracteur de fumée, que les extincteurs ne sont pas fixés et qu'il manque des signaux pour indiquer leurs emplacements.
Par ailleurs, le fonctionnement des "signalisations des sorties de secours" n'a pas été testé. Et enfin, les salariés ne sont pas "formés et instruits" à la gestion d'un incendie. Il faut faire des "exercices d’évacuation.
Limiter la fréquentation de l'établissement
En conclusion de son rapport, le chargé de sécurité demande à Julien Beytrison, le propriétaire de l'époque, de régler ces défauts. Il ordonne, en outre, de limiter immédiatement la fréquentation de l'établissement à maximum 100 personnes au sous-sol, 100 au bar du haut et 50 dans le fumoir.
Le chargé de sécurité laisse trois mois au propriétaire pour mettre en place des "contrôles périodiques", équiper la porte d'entrée d'une poignée "antipanique" (ces barres qu'on met en travers d'une porte pour l'ouvrir) et mettre en conformité le fumoir.
Le Constellation est de nouveau contrôlé en 2019. Et les manquements relevés sont strictement les mêmes, à une exception près: la poignée antipanique a visiblement été installée entre temps sur la porte d'entrée. Malgré ces manquements, en 2018 comme en 2019, le chargé de sécurité de la mairie coche l'avis "POSITIF".
À l'époque, Jacques Moretti, qui fait aujourd'hui l'objet d'une instruction pénale pour "homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence", n'est que gérant du bar. Le Corse a racheté les murs du Constellation en 2022 auprès de Julien Beytrison, qui avait lui-même hérité du bar de son père.
L'ancien chargé de sécurité précise dans un autre document que, "les mesures de sécurité incendie, incombent au propriétaire de l'objet".
Mais le 5 janvier dernier, Julien Beytrison avait déclaré que son "père était uniquement propriétaire des murs, il leur a loué un local brut. Il a financé la ventilation et le chauffage mais tout le reste était de la responsabilité des gérants."
Une "insonorisation" connue de la mairie
Dans aucun des documents que nous avons pu consulter, la mousse anti-phonique, le combustible à l'origine du drame, ne semble inquiéter.
Ainsi en 2016, les Moretti qui gèrent le bar et le propriétaire Julien Beytrison, demandent à modifier l'horaire de fermeture du bar. Ils veulent prolonger les soirées, de minuit à 2 heures du matin. À l'époque, plusieurs voisins tentent de s'opposer à cette modification horaire.
Dans un courrier du 5 avril 2016, le Conseil communal de l'époque répond aux plaignants qu'il accepte la demande de modification d'horaire "car d’importants travaux d’insonorisation ont été réalisés dans cet établissement lors de sa rénovation."
Quelques mois avant le drame, les Moretti demanderont à étendre encore l'horaire à 3h du matin. À cette occasion "une expertise acoustique" sera commandée par le Conseil de la commune. Celle-ci dira le 15 septembre 2025 que le bar "respecte dans l'ensemble les exigences", sans relever le risque posé par les mousses.
La porte "de service" aurait dû être une porte de secours
Par ailleurs, en 2015 déjà, alors que Jacques Moretti reprend tout juste la gérance du bar Le Constellation, Julien Beytrison, fait une demande "d'autorisation de construire" pour agrandir la terrasse du bar.
À cette occasion, l'office cantonal du feu fait un contrôle des lieux. Il rend un avis favorable avec des conditions, notamment celle que "la porte existante ouest sera considérée comme sortie de secours et voie d'évacuation pour l'intérieur de l'établissement actuel et signalé comme tel". Cette "porte ouest", c'est la fameuse porte de service qui n'était pas signalée comme une porte de secours.
Le soir des faits elle était fermée, et Cyane Panine a notamment été retrouvée piégée derrière, avec d’autres personnes qui n’ont pas non plus survécu.













